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Personnages : biographies

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Desaix (Louis-Charles-Antoine) : sa mort à Marengo, détails sur sa vie
(D’après un article paru en 1834)
Publié le mercredi 13 janvier 2010, par LA RÉDACTION

 
 

De toutes les victoires de Bonaparte, celle de Marengo fut une de celles qui excitèrent en France le plus d’enthousiasme. L’Italie entièrement délivrée du joug autrichien, l’espoir d’une longue paix, les brillants exploits qui signalèrent cette journée, tout contribua à faire de cette fameuse bataille une des plus populaires de notre révolution. Mais la joie universelle fut troublée par la mort d’un homme, dont le courage avait contribué à décider le succès de la journée.

Appelé de l’Egypte par Bonaparte pour prendre sa part de gloire dans la campagne d’Italie, Desaix se hâta de se rendre à l’invitation de son général, et arriva peu de jours avant la bataille de Marengo, où il commanda la réserve, le 25 prairial an VIII.

Déjà les ailes de l’armée française étaient tournées et sa cavalerie enfoncée, lorsque Desaix accourut, et chargea les Autrichiens avec une vigueur qui détermina le succès. Ce fut dans cette charge qu’il reçut un coup mortel, et il n’eut que le temps de proférer ces mots : « Allez dire au premier consul que je meurs avec le regret de n’avoir pas assez fait pour la postérité ». A peine revenu à Paris, Bonaparte s’occupa de faire rendre des honneurs à son illustre général ; il fit publier l’arrêté suivant :

1. Le corps du général Desaix sera transféré au couvent du Grand-Saint-Bernard, où il lui sera élevé un tombeau.
2. Les noms des demi-brigades, des régiments de cavalerie, d’artillerie, ainsi que ceux des généraux et chefs de brigades, seront gravés sur une table de marbre, placée vis-à-vis du monument.

Tous les autres corps de l’Etat s’empressèrent d’exprimer leur douleur sur la mort de Desaix ; il y eut une séance du tribunat uniquement consacrée à la mémoire de ce brave général. Tous les membres se réunirent revêtus de leur grand costume et portant le deuil ; un sarcophage, décoré de trophées, fut élevé au milieu de l’enceinte ; on lisait sur ses deux faces principales :

AUX MANES DE DESAIX
Aux braves morts aux champs de Marengo

Puis le président se leva, et rappela tous les souvenirs de la vie du guerrier dont on déplorait la perte. Nous empruntons à cette oraison funèbre les principaux renseignements biographiques sur Desaix.

Louis-Charles-Antoine Desaix de Voygoux, né de parents nobles, à Saint-Hilaire-d’Ayat, en Auvergne, au mois d’août 1768, venait d’achever ses études à l’école militaire d’Effiat, quoiqu’à peine âgé de quinze ans, quand il entra en qualité de sous-lieutenant dans le régiment de Bretagne, où il se fit remarquer par un caractère grave et studieux.

Monument élevé à la mémoire du général Desaix par l'armée du Rhin, entre Strasbourg et le pont de Kehl.
Monument élevé à la mémoire
du général Desaix par l’armée du Rhin,
entre Strasbourg et le pont de Kehl.
Lorsque les guerres de la révolution éclatèrent, il entra en campagne avec son régiment. Son zèle et son activité le firent bientôt distinguer par les généraux Victor Broglie et Custines, qui lui conférèrent les grades d’aide de camp et capitaine-adjoint à l’état-major. Ayant montré une rare bravoure et une grande présence d’esprit à la prise des lignes de Weissembourg, il fut nommé général de brigade.

Desaix exerça promptement une salutaire influence morale sur les soldats. Il leur donnait surtout l’exemple de la constance et de la bravoure ; aussi l’avaient-ils surnommé le guerrier sans peur et sans reproche.

Moreau, juste appréciateur du mérite militaire, le nomma général de division dans l’armée du Rhin et Moselle ; Desaix eut la plus grande part aux victoires de cette brillante campagne de l’an IV, qui a illustré le nom de Moreau.

Bonaparte s’associa Desaix pour son expédition d’Egypte. A la prise de Malte, à la bataille de Chebreïss, à celle des Pyramides, il développa de si grands talents et une si merveilleuse bravoure, que le général en chef lui fit solennellement présent d’un poignard d’un très beau travail et enrichi de diamants, sur lequel étaient gravés les noms des combats que nous venons de citer.

Mais de tous les témoignages d’estime qu’il reçut de Bonaparte, celui qui le flatta le plus, fut l’ordre d’aller faire la conquête de la Haute-Egypte, et d’y achever la destruction des Mamelucks : cette entreprise était périlleuse et difficile ; il l’exécuta avec courage et succès. Il livra divers combats à Sonaguy, à Thèbes, à Sienne, à Gosseys ; partout il fit triompher les armes de la république. Il fit plus, il sut gagner les coeur des habitants du pays qu’il avait soumis, et leur fit connaître, le premier, les bienfaits d’un gouvernement. Son administration fut telle, qu’elle lui valut, de la part des vaincus eux-mêmes, le glorieux titre de sultan-juste.

Il s’occupa aussi de rendre son administration utile aux arts et aux sciences, en procurant aux hommes éclairés chargés de reconnaître ce pays, non seulement tout ce qui dépendait de son autorité pour rendre leur voyage le plus sûr et le plus commode possible, mais encore tous les renseignements qu’il avait recueillis en recherchant lui-même, en homme instruit, les ruines et les monuments importants.

C’est dans ces circonstances que Desaix, rappelé par Kléber de la Haute-Egypte, signa par ses ordres, avec les Turcs et les Anglais, un traité en vertu duquel il s’embarqua pour revenir en Europe. A peine arrivé à Livourne, l’amiral anglais Keith déclara prisonnier, au mépris des conventions, le général français. L’amiral joignit l’insulte à la perfidie, en affectant de confondre Desaix avec les soldats qui l’accompagnaient. Desaix ne répondit à ces lâchetés que par ces mots : « Je ne vous demande rien que de me délivrer de votre présence ; faites, si vous le voulez, donner de la paille aux blessés qui sont avec moi. J’ai traité avec les Mamelucks, les Turcs, les Arabes du grand désert, les Ethiopiens, les Noirs de Darfour ; tous respectaient leur parole lorsqu’ils l’avaient donnée, et ils n’insultaient pas aux hommes dans le malheur. »

Délivré des mains de l’amiral Keith, Desaix rejoignit l’armée d’Italie, et, comme on l’a vu, ce fut pour mourir glorieusement à Marengo. Des monuments lui furent élevés à Paris, l’un sur la place Dauphine, et l’autre sur la place des Victoires, qui a été remplacé par la statue équestre de Louis XIV.

 

 


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