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PHILIPPE VI de Valois ou le Bien Fortuné ou le Vrai catholique
(né en 1293, mort le 12 août 1350) Roi de France : règne 1328-1350 Partie 1/6
Premier roi de France de la branche collatérale des Valois, il naquit en 1293, et était âgé de trente-quatre ans lorsqu'il monta sur le trône. Son prédécesseur, Charles IV dit le Bel, avait laissé en mourant (le 1er février 1328) sa femme grosse de sept mois. Édouard III, le premier roi d'Angleterre dont la haine avait été fatale à la France, n'avait alors que quinze ans. Il commença par disputer la régence et ensuite la couronne à Philippe de Valois. Les jurisconsultes anglais et français débattirent longuement les droits des deux princes. Édouard était fils d'Isabelle, sœur du dernier roi ; et Philippe n'était que le cousin germain de ce monarque, étant fils de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel. L'un fondait ses droits sur la proximité du degré, l'autre sur la loi salique. Philippe réfutait les prétentions d'Édouard, par cette seule raison que la mère ne pouvait transmettre à ses enfants un droit qu'elle n'avait pas elle-même. Il alléguait l'usage constant dès le commencement de la monarchie, et
Froissart dit (Chroniques, t. I, ch. 22) qu'au lit de mort, Charles le Bel déclara que si la reine accouchait d'une fille, ce serait aux barons à adjuger la couronne à celui qui aurait le droit par droit. Les barons s'assemblèrent : le droit de Philippe de Valois fut solennellement reconnu ; et, à défaut du droit, il eût suffi de l'aversion invincible que les Français avaient pour la domination anglaise. La régence fut donc unanimement déférée à Philippe, et, six semaines après, la reine étant accouchée d'une fille, ce prince se fit sacrer à Reims le 29 mai 1328. Il reçut le surnom de Bien Fortuné, parce qu'il était parvenu de fort loin à la couronne, ayant devant lui les trois fils de Philippe le Bel. Les Flamands, qu'il avait maltraités dans les précédentes guerres, ne l'appelaient que le roi Trouvé, c'est-à-dire un roi de rencontre. Ils ne tardèrent pas à être châtiés de leur insolence. Philippe venait à peine de l'emporter sur Édouard, que celui-ci succomba encore dans une semblable dispute élevée pour la succession de Navarre. Il fondait ses prétentions sur ce que Isabelle sa mère était fille de Philippe le Bel et de Jeanne de Navarre ; mais Philippe de Valois, qui eût pu retenir pour lui-même le royaume de Navarre, saisissant l'exemple de Louis le Hutin et de Philippe le Long, le rendit à Jeanne, fille de Louis le Hutin, qui avait épousé Louis, comte d'Évreux, frère de Philippe le Bel. Le règne de Philippe de Valois fut, comme celui des douze autres rois de la même branche qui occupèrent le trône pendant deux cent soixante ans, mêlé de quelques succès et de grands revers, lesquels conduisirent la monarchie sur le penchant de sa ruine lorsqu'après la mort de Henri III (1589) elle reprit sa force et son éclat sous la dynastie des Bourbons. Les premières années du règne de Philippe de Valois ne furent pas sans gloire. Les Flamands, toujours prêts à la révolte, ne voulaient obéir ni à leur comte ni au roi son suzerain. Louis de Cressy, comte de Flandre, qu'ils avaient longtemps tenu en prison, avait vu se déclarer contre lui les principales villes. Philippe, son parent, son seigneur et son ami, vint à son secours avec une armée de 30 000 hommes. Celle des Flamands révoltés, forte de 16 000 artisans et paysans, avait pour chef un petit marchand de poisson appelé Collin Zannec ou Zannequin, qui ne manquait ni de cœur ni d'esprit. Cet homme, que quelques historiens appellent le général Chasse-marée, avait fait placer à l'entrée de son camp la figure d'un coq, avec ces deux vers : Quand ce coq chanté aura, Le roi Cassel conquêtera. Le camp, retranché sur le penchant de la montagne de Cassel, tenait l'armée française en échec : Zannequin se rendit trois jours de suite, comme marchand de poisson, dans le camp des Français, où il vendait à bon marché, et observait sans difficulté ce qu'il lui importait de connaître. Ayant remarqué qu'on jouait, qu'on dansait, qu'on était longtemps à table, qu'on dormait après le dîner, et que le camp était mal gardé, il projeta de surprendre le roi dans sa tente ; et afin de l'entretenir dans une dangereuse sécurité, il lui présenta la bataille pour le 24 du mois d'août. C'était alors l'usage, quand le jour de la bataille était dénoncé, qu'il y eût trêve jusque-là ; et celui qui violait cette trêve passait pour traître et pour infâme. Mais s'inquiétant peu d'acquérir ce fâcheux renom, pourvu qu'il défît l'armée de Philippe, dès la veille du jour marqué pour le combat, Zannequin fit avancer ses troupes en silence : tout dormait dans le camp lorsqu'elles y pénétrèrent sur les deux heure après midi. Les Flamands arrivèrent sans être reconnus jusqu'à la tente de Philippe. Le confesseur du roi (c'était un dominicain) ne dormait pas encore, et s'il eût été livré au sommeil, tout était perdu. Promptement éveillé par ce religieux, Philippe fait sonner le boute-selle ; les troupes s'arment, et tombent sur les Flamands avec une furie si impétueuse, que tout le camp fut bientôt jonché de morts. Dans une lettre à l'abbé de Saint-Denis, ce prince dit qu'il périt 18 800 Flamands, tués dans le camp ou dans la fuite. Le continuateur de Nangis ne porte le nombre des morts qu'à 11 ou 12 000, et dit que les Français ne perdirent que 17 hommes dans la mêlée. Zannequin aima mieux se faire assommer que de survivre à sa défaite. Telle fut la bataille dite de Mont-Cassel, qui livra la Flandre à la merci du vainqueur. Les ducs de Bourgogne et de Bretagne, Bouchard de Montmorency et plusieurs autres seigneurs y furent blessés. Philippe fit des prodiges de valeur, et le connétable Gaucher de Châtillon, âgé de quatre-vingts ans, se couvrit de gloire. Cassel fut rasé et réduit en cendres ; les principales villes de Flandre, Bruges, Ypres, Courtrai, furent démantelées et perdirent leurs privilèges. Deux ou trois cents de leurs habitants furent pendus ou noyés. Avant son départ pour rentrer en France, le roi rassembla les seigneurs de son armée, et parla au comte de Flandre en ces termes : « Je suis venu ici sur la prière que vous m'en avez faite. Peut-être avez-vous donné occasion à tant de révoltes par votre conduite, en ne rendant pas assez bonne justice ou en ne punissant pas assez sévèrement les coupables. Il m'a fallu faire de grandes dépenses pour cette expédition : j'aurais droit de vous en demander le dédommagement ; mais je vous tiens quitte de tout, et je vous remets toutes vos places. Faites en sorte que je ne sois plus obligé de revenir en Flandre pour un pareil sujet car alors j'aurais plus d'égard à mes intérêts qu'aux vôtres. » Édouard, mécontent de l'exclusion qui lui avait été donnée pour la couronne de France et pour celle de Navarre, s'était dispensé d'assister au sacre de Philippe, quoiqu'il y fût obligé en qualité de pair de France. Il différait aussi de faire son hommage comme duc de Guyenne et comte de Ponthieu. Philippe le fit sommer de remplir ce devoir par Pierre Roger, abbé de Fécamp, qui fut depuis pape sous le nom de Clément VI. L'abbé étant de retour sans avoir pu obtenir audience, le roi fit saisir les revenus du duché de Guyenne et du comté de Ponthieu. Il envoya une nouvelle sommation à Édouard : ce prince se rendit enfin à Amiens avec une cour nombreuse, et, devant une cour plus brillante encore, en présence des rois de Bohême, de Navarre et de Majorque, et d'un nombre infini de princes, de prélats et de barons, il fit hommage au roi, mais de bouche seulement et en ternes généraux, sans se mettre à genoux, tête nue, et sans avoir ses mains dans celle du roi, son seigneur. :: Biographie de Philippe VI de Valois - Partie 2/6 - Partie 3/6 |
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