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PHILIPPE VI de Valois ou le Bien Fortuné ou le Vrai catholique
(né en 1293, mort le 12 août 1350) Roi de France : règne 1328-1350 Partie 6/6
L'histoire a consacré le généreux dévouement d'Eustache de Saint-Pierre, de Jean d'Aire, de Jacques et Pierre de Wissant, frères. Toute la ville pleurait déjà leur mort et Édouard la prononçait, quand la reine, sa femme, tombant à ses genoux, désarma sa colère par ses larmes. Cette grâce fut suivie d'une grande rigueur. Tous ceux des habitants de Calais qui ne voulurent pas prêter serment, dépouillés de leurs biens, furent exilés et sortirent de la ville pour aller chercher ailleurs une meilleure existence. Touché de tant de courage et de tant d'infortune, Philippe accorda aux Calaisiens tous les offices qui viendraient à vaquer, soit à sa nomination, soit à celle de ses enfants, « jusqu'à ce qu'ils fussent suffisamment pourvus ». Le 3 août 1347, Édouard fit son entrée dans cette place, qu'il peupla d'Anglais et dont il augmenta les fortifications. Elle resta plus de deux cent dix ans sous la domination anglaise et ne fut reprise qu'en 1558 par le duc de Guise, sous le règne de Henri II. Après sa conquête, Édouard souscrivit à une trêve qui fut prorogée jusqu'à l'an 1350. Mais la France n'en fut pas plus heureuse. La famine la désolait, et la peste, qui se répandit dans d'autres parties de l'Europe, fit, surtout à Paris, d'effroyables ravages pendant deux ans. Ce fléau réveilla la piété, mais fit naître en même temps les Flagellants, qui passèrent, dit Hénault, de la folie au brigandage. Les juifs furent accusés, comme sous le règne précédent, d'avoir empoisonné les eaux. On en fit périr un grand nombre. La trêve ne fut pas trop bien observée en Écosse, en Guyenne, en Bretagne. Geoffroi de Charni, qui commandait à Saint-Omer, projeta de surprendre Calais : il agissait sans ordre ; mais convaincu que le succès de cette entreprise ne serait pas désavoué, il pratiqua des intelligences avec un Italien nommé Aimeri, de Pavie, à qui Édouard avait confié le commandement de la place. Aimeri se laissa séduire à l'appât de vingt mille écus qui lui furent offerts. Il consentit à livrer Calais et le jour était convenu ; mais le traître Aimeri fut trahi lui-même. Édouard le força d'avouer son crime et lui fit grâce à condition qu'il feindrait de trahir encore ; qu'il attirerait les Français dans la place et les livrerait à son maître. Édouard et le prince de Galles se déguisèrent en soldats et arrivèrent secrètement à Calais avec 300 hommes d'armes et 600 archers, sous le commandement de Mauni. Le seigneur de Charni se présenta dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 1349. II envoya 112 des siens, et à peine étaient-ils entrés que les Anglais fondirent sur eux en criant : « Mauni, Mauni, à la rescousse ! » et ils les firent prisonniers. Le roi et sa troupe à cheval sortant à l'instant, se présentèrent devant Charni, qui dit alors à ses chevaliers : « Messeigneurs, si nous fuyons nous sommes perdus, car nous serons coupés avant de pouvoir gagner le pont de Nieullai : il faut faire ferme ; arrive qui pourra ». Il commençait à faire jour : le choc fut terrible ; presque tous les Français furent tués ou faits prisonniers. Pendant la trêve, dont la peste empêcha peut-être la rupture, Philippe de Valois perdit sa femme, Jeanne de Bourgogne. Il ne tarda pas à épouser Blanche, fille de Philippe, roi de Navarre, et mourut bientôt après à Nogent-le-Rotrou, 12 août 1350, dans la 57e année de son âge et la vingt-troisième de son règne. On douta si la mort de ce prince devait être pleurée, tant le malheur semblait s'être attaché à sa personne, comme pour démentir le surnom de Bien-Fortuné, qu'il avait reçu en montant sur le trône. Ce prince ne manquait ni de vertu ni de courage, mais ce courage était sans discernement. Il entra dans sa destinée d'avoir pour rival un prince aussi vaillant que lui, mais plus grand capitaine et plus habile politique. Philippe fut par lui toujours prévenu, toujours surpris, toujours trompé. A des desseins bien concertés n'opposant que l'impétuosité et mettant au hasard d'une bataille ce qu'il pouvait obtenir sans tirer l'épée, il échoua dans toutes ses entreprises et eut la douleur de voir deux Français traîtres à leur pays, Robert d'Artois et Geoffroi d'Harcourt, imprimer la direction et donner l'ascendant aux armes de son ennemi. La clémence de Philippe lui fit accorder un généreux pardon à ce Geoffroi d'Harcourt, lorsque, après avoir ravagé la France, celui-ci sentit le remords et vint tomber aux pieds de monarque, l'écharpe au cou en guise de corde, témoignant ainsi qu'il se dévouait lui-même au plus infâme supplice, qu'il avait trop mérité. Philippe de Valois avait eu de sa première femme, Jeanne de Bourgogne, Jean, duc de Normandie, qui lui succéda, et dont le règne fut encore plus malheureux que le sien ; Philippe de France, duc d'Orléans et comte de Valois, qui fut nommé dauphin par Humbert en 1343. Philippe laissa en mourant sa seconde femme, Blanche de Navarre, enceinte d'une princesse qui mourut à Béziers lorsqu'elle allait épouser le fils du roi d'Aragon. On vit cependant la France s'agrandir dans les malheurs du règne de Philippe. Il avait réuni à la couronne les comtés de Champagne, de Brie, d'Anjou et du Maine. Le roi de Majorque lui rendit la baronnie de Montpellier, et lui céda ou lui engagea du moins le Roussillon. Le Dauphiné fut réuni par un premier traité passé en 1343, confirmé en 1344, et consommé en 1349. Ainsi Philippe fut plus heureux dans les négociations que dans les combats. Peu s'en fallut que la Bretagne ne lui fût aussi cédée par le duc Jean ; et si cette cession avait eu lieu, l'Angleterre n'eût pu prévaloir, comme elle le fit trop longtemps, contre la France. On attribue aussi à Philippe l'érection des pairies d'Évreux, d'Alençon, de Bourbon. de Clermont en Beauvaisis, et de Beaumont-le-Roger. Sa libéralité, poussée à l'excès, avait épuisé les finances. On poursuivit les financiers, dont plusieurs furent pendus. La confiscation des biens de Pierre Remi, général des finances, qui fut aussi conduit au supplice, montait, dit-on, à douze cent mille francs. Il remit, par une autre ordonnance (1328), les monnaies sur le même pied où elles étaient du temps de Saint-Louis : mais les besoins qui naquirent des malheurs de son règne le forcèrent d'altérer les espèces et d'augmenter les impôts. C'est en 1330 que commencèrent les différends sur la distinction des deux puissances et sur la juridiction ecclésiastique, attaquée par Pierre de Cugnières. C'est alors que fut introduite la forme de l'appel comme d'abus, qu'on nommait auparavant la voie des recours au prince. Philippe se prononça pour les ecclésiastiques, et reçut le nouveau surnom de Vrai catholique. La querelle élevée à cette époque est le fondement de toutes les disputes sur l'autorité des deux puissances qui agitèrent les esprits sous les règnes suivants. C'est à la même année qu'on rapporte l'établissement de la gabelle ; mais il paraît que le premier impôt sur le sel fut mis par Philippe le Long. Une ordonnance du même règne confirme l'inaliénabilité du domaine. :: Biographie de Philippe VI de Valois - Partie 1/6 - Partie 2/6 |
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