Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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PHILIPPE VI de Valois ou le Bien Fortuné ou le Vrai catholique
(né en 1293, mort le 12 août 1350)
Roi de France : règne 1328-1350
Partie 5/6

Malgré l'infériorité de ses forces et la difficulté de se procurer des vivres autrement que par le pillage, instruit que 30 000 Flamands étaient en marche pour le joindre, il retrancha son armée sur le penchant d'une colline, au-dessus du village de Crécy. Philippe approchait avec 100 000 hommes ; mais il y avait dans cette armée plus de rois et de princes que de chefs et de capitaines, et plus d'individus que de soldats. Édouard rangea ses troupes, consistant encore en 4 000 hommes d'armes et 30 000 archers, sur trois lignes : la première sous le commandement du prince de Galles, son fils ; la seconde, sous les ordres des comtes de Northampton et d'Arundel.

Édouard, ayant sous lui le comte de Warwick, d'Harcourt et Geoffroi, transfuge français, se mit lui-même à la tête de la troisième. L'armée française fut bientôt en présence. Quatre chevaliers chargés d'aller reconnaître la position des ennemis, rapportèrent qu'ils étaient dans un très bel ordre de bataille, et leur avis était que l'armée française étant fatiguée d'une longue marche et s'avançant en désordre, il fallait camper, différer l'attaque jusqu'au lendemain et former un ordre de bataille plus régulier. Philippe adoptant ce conseil, ordonna aux troupes qui étaient déjà fort avancées de s'arrêter : mais cet ordre ne fut pas suivi.

Les corps qui marchaient à la tête crurent qu'on voulait leur ravir l'honneur du premier choc. Les troupes qui étaient derrière refusèrent de faire halte en voyant marcher devant elles, et le roi fut entraîné dans cet enthousiasme et dans cette confusion. L'avant-garde, composée de 15 000 arbalétriers, la plupart Génois, était commandée par Charles Grimaldi et Antoine Doria. Le corps de bataille où se trouvait la grosse infanterie était conduit par le comte d'Alençon, frère du roi. Philippe commandait l'arrière-garde, ayant auprès de lui Jean, roi de Bohême, avec son fils Charles, de roi des Romains, et un très grand nombre de princes et de seigneurs.

Un gros orage avait relâché les cordes des arbalètes : les Génois commencèrent l'attaque (26 août 1346) ; mais ne pouvant se servir de leurs armes, ils plièrent d'abord en se renversant sur la seconde ligne. Le comte d'Alençon, soupçonnant ces Italiens de trahison, cria : « Tuez cette canaille qui ne fait que nous embarrasser. » Cet ordre ne fut que trop bien exécuté et la confusion devint extrême.

Les Anglais en profitèrent : le prince de Galles s'avança avec ses gendarmes et fut pris en flanc lui-même par le comte d'Alençon et le comte de Flandre. Le comte de Warwick envoya demander du renfort ; Édouard répondit : « Je veux que mon fils et ceux à qui je l'ai confié aient tout l'honneur de la victoire. J'ai affaire de mes troupes pour d'autres usages ; qu'il vainque avec les siennes. » Bientôt le comte d'Alençon fut tué et le corps de bataille enfoncé et mis en déroute. Philippe se porta alors en avant avec l'arrière-garde et eut un cheval tué sous lui ; mais tout fuyait.

Resté presque seul sur le champ de bataille, le roi refusait de se retirer, lorsque Jean de Hainaut saisissant la bride de son cheval l'emmena malgré lui. Déjà depuis deux heures le soleil était sous l'horizon : on s'était battu dans les ténèbres et les Anglais n'étaient pas sûrs de leur victoire. Édouard fit allumer des feux, et, voyant la campagne abandonnée par les Français, il descendit de la colline avec sa troisième ligne qui n'avait point combattu. C'est alors qu'il embrassa le prince de Galles et lui dit : « Beau fils, vous avez gagné vos premiers éperons et êtes digne de terre tenir. »

Philippe, suivi de quelques-uns des siens, se présenta devant le château de Broie, qu'il trouva fermé. Il fit appeler le châtelain et lui cria : « Ouvrez, ouvrez, châtelain, c'est la fortune de la France ». Après avoir pris à la hâte un léger repas, il se rendit à Amiens. Édouard dut la victoire moins à la bravoure de son armée qu'à la témérité et à cette imprudente confiance des Français qui avait déjà manqué leur être si funeste aux batailles de Mons-en-Puelle et de Cassel. Les historiens varient sur le nombre de ceux qui périrent dans cette fatale journée de Crécy : les uns la portent à 20 000 ; les autres l'élèvent à 30 000.

Le roi de Bohême, le comte de Blois, neveu de Philipe, le comte de Flandre, le duc de Lorraine, le duc de Bourbon, Grimaldi et Doria, qui commandaient les Génois, et plus de 1 200 chevaliers, restèrent sur le champ de bataille avec quatre-vingts bannières. Le vieux roi de Bohême, qui était aveugle, voulut qu'on le menât sur les lieux où combattait son fils, roi des Romains : « Je veux faire, dit-il, un coup d'épée, et il ne sera pas dit que je serai venu ici pour rien ». Pour ne pas le prendre dans la mêlée, quelques chevaliers attachaient la bride de son cheval à la selle de leurs coursiers, et le lendemain ils furent trouvés morts avec leurs chevaux encore attachés ensemble.

Jean Villani rapporte que Philippe fut blessé ; mais Froissart et le continuateur de Nangis n'en parlent point : « L'Anglais, dit un de nos historiens, se saoula de sang et ne fit quartier à personne. » Il y eut peu de prisonniers, parce que la nuit empêcha la poursuite des fuyards. On croit que l'usage du canon dans les batailles fut introduit par Edouard à celle de Crécy. Il ne paraît pas que les Français en missent dans cette journée, qui remplit la France d'épouvante et de deuil.

Édouard sut profiter de sa victoire. Il décampa de Crécy le 28 août, et, dès le mois de septembre, Calais fut investi. Mais cette place ne pouvait être prise que par la famine. Jean de Vienne, qui commandait, en fit sortir dix-sept cents bouches inutiles. Pendant la durée de ce siège mémorable, les troupes d'Edouard obtinrent quelques succès en Guyenne ; la guerre se fit avec acharnement en Bretagne : la fortune trahit Charles de Blois, qui fut fait prisonnier avec le maréchal de Beaumanoir et transporté en Angleterre. La femme d'Edouard imitant la comtesse de Montfort et la duchesse de Bretagne qui combattaient l'une pour son fils en bas âge, l'autre pour son mari prisonnier, prit le casque, marcha contre le roi d'Ecosse qui était entré en Angleterre par le Northumberland, fit ce monarque prisonnier, et se rendit au camp devant Calais pour y recevoir les honneurs dus à sa vaillance.

Philippe s'était en vain flatté que les rigueurs de l'hiver obligeraient Édouard à lever le siège. Le printemps arriva et la disette commençait à se faire sentir dans Calais. Pour empêcher que cette place ne fût secourue, Edouard fit construire un fort sur une langue de terre à l'entrée du port, et les assiégés furent réduits à manger leurs chevaux. Philippe rassembla une armée de 100 000 hommes, prit l'oriflamme et parut bientôt à la vue de Calais. Mais le camp d'Édouard trop bien fortifié fut jugé inaccessible.

Le roi de France envoya offrir la bataille, et le roi d'Angleterre répondit que Philippe lui retenait injustement la couronne de France ; que depuis près d'un an il l'attendait devant Calais ; que son ennemi pouvait chercher à le forcer dans son camp et qu'il n'avait point d'autre réponse à lui rendre. L'armée française se contenta de rester à la vue du camp pour soutenir le courage des assiégés ; les nonces du pape arrivèrent pour proposer la paix, ou du moins une trêve. Édouard, par déférence pour le Saint-Siège, consentit à une conférence entre des commissaires qui se réunirent trois jours de suite et ne purent s'accorder.

Philippe demandait pour première condition que le siège de Calais fut levé, tandis qu'Édouard voulait qu'avant toute négociation Calais fût remis entre ses mains. Les nonces du pape prirent alors congé des deux rois, et Philippe décampant le lendemain avec son armée, annonça par sa retraite aux assiégés qu'ils ne devaient plus compter sur son secours. Leur consternation fut extrême : les vivres manquaient entièrement. Pressé par la bourgeoisie de capituler, le gouverneur monta sur la muraille, fit signe aux sentinelles avancées qu'il voulait parler, et, s'adressant aux chevaliers bretons : « Messeigneurs, dit-il, vous êtes vaillants chevaliers ; le roi mon maître m'avait confié cette place. Il y a près d'un an que vous m'y assiégez ; j'y ai fait mon devoir aussi bien que ceux qui y sont renfermés avec moi ; nous n'avons plus aucune espérance de secours. Je sais que vous n'ignorez pas l'état où nous a réduits la disette de vivres : nous sommes résolus de nous rendre ; l'unique grâce que nous demandons, c'est qu'on nous assure la vie et la liberté. »

Le seigneur Gautier de Mauni lui répondit que le roi, irrité de la longue résistance des habitants, était résolu de ne les recevoir qu'à discrétion, pour tirer d'eux tel châtiment et telle rançon qu'il jugerait à propos. Il fallut se soumettre. Édouard exigea que « six des plus notables bourgeois, les chefs tout nus et tous déchaussés, la hars au col » vinssent lui présenter les clefs de la ville et se soumettre « à ce qu'il fît d'eux à sa volonté ».

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