Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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PHILIPPE VI de Valois ou le Bien Fortuné ou le Vrai catholique
(né en 1293, mort le 12 août 1350)
Roi de France : règne 1328-1350
Partie 3/6

C'est vers ce temps que les Normands offrirent au roi de réunir une armée expéditionnaire et de la conduire à la conquête de l'Angleterre, dont la couronne serait conférée au duc de Normandie, fils de Philippe de Valois. Le roi accepta cette offre ; mais Édouard avait mis les côtes d'Angleterre à l'abri de toute invasion. Enfin la guerre fut déclarée par Édouard, et l'évêque de Lincoln fut chargé d'aller défier le roi de France. La campagne s'ouvrit par le siège de Cambrai, que les alliés furent contraints de lever.

Philippe s'avança dans la Picardie. Les deux armées se trouvèrent en présence : néanmoins il n'y eut point de bataille. Froissart raconte que c'était un vendredi, jour auquel il ne fallait pas, sans y être réduit, verser le sang humain ; et que Philippe ayant remis l'attaque au lendemain, Édouard, dont les forces étaient trop inférieures à celles des Français, décampa pendant la nuit et se retira dans les Pays-Bas. Les historiens anglais prétendent qu'Édouard avait envoyé un héraut offrir la bataille, et que les deux armées étaient près d'en venir aux mains, lorsqu'une lettre du roi de Naples annonça à Philippe que d'habiles astrologues prédisaient une victoire complète à Édouard ; que d'ailleurs Philippe céda à l'observation qui lui fut faite que s'il gagnait la bataille, le roi d'Angleterre pourrait se replier sur les Pays-Bas ; et que s'il la perdait, la France serait à la merci de ses ennemis.

Les mêmes historiens ajoutent qu'après avoir été en présence tout le jour sans combattre, les deux armées se retirèrent chacune de leur côté. La guerre commença en Guyenne sous de plus heureux auspices : Bourg, Blaye et plusieurs autres forteresses furent enlevées aux Anglais. Dans les combats sur mer l'avantage resta aussi aux Français, qui prirent plusieurs gros vaisseaux et tuèrent plus de 1 000 Anglais. Portsmouth fut surpris et pillé, l'île de Guernesey ravagée. Édouard sentit alors la nécessité d'entraîner les Flamands dans son parti. Il négocia avec Artevelle, avec les consuls et les maires des principales villes de Flandre. Il offrit de garantir la réunion au comté de Lille, de Douai, de Béthune et de toutes les autres places qui en avaient été démembrées.

Mais les Flamands se trouvaient arrêtés par les serments qu'ils avaient faits dans les derniers traités. « Sire, dit Artevelle, il est un moyen aisé d'accommoder les choses. Vous avez fait valoir votre droit sur la couronne de France après la mort de Charles le Bel ; ce droit est assez bien fondé pour vous autoriser à prendre le titre de roi de France : prenez ce titre, et écartelez dans vos armes les lis avec les léopards ; nous vous reconnaîtrons aussitôt. Nous vous supplierons, en qualité de notre roi, de nous délier de nos serments, et ensuite nous serons entièrement à vous aux conditions que vous nous proposerez. »

Édouard hésita : il avait lui-même renoncé authentiquement à ses prétentions sur la couronne de France, par l'hommage qu'il avait fait à Philippe comme à son légitime souverain. La guerre ne lui donnait encore aucun nouveau droit de victoire et de conquête. Robert d'Artois, l'âme de son conseil secret, le décida de se rendre au vœu des Flamands. Le traité fut conclu entre Édouard et Artevelle. Le roi d'Angleterre prit le titre et les armes du roi de France. Les Flamands lui firent hommage, et lui prêtèrent serment comme à leur souverain (1339). Philippe fit d'inutiles efforts pour les regagner, en leur offrant de nouveaux privilèges.

Le pape s'offrit en vain pour médiateur entre la France et l'Angleterre. L'ambitieux Édouard avait résolu de pousser la guerre à toute outrance. Les Français obtinrent d'abord quelques succès. Les comtes de Salisbury et de Suffolk, qui commandaient l'armée anglaise, donnèrent dans une embuscade, et furent faits prisonniers par les habitants de Lille. La ville d'Haspre fut brûlée ; le duc de Normandie ravagea tout le Hainaut ; Thuin-l'Evêque se rendit. Artevelle, suivi de 60 000 hommes, n'osa rien entreprendre.

Cependant Édouard allait arriver en Flandre, et il devait débarquer à l'Écluse. Une flotte française composée de 120 gros vaisseaux, portant 40 000 Normands, Picards et Génois, attendit les Anglais vers l'embouchure de l'Escaut. La flotte d'Édouard s'avança en ordre de bataille, gagna le vent sur les vaisseaux français, mit le sol derrière eux, et commença le combat avec cet avantage. L'air fut en un instant obscurci par une nuée de flèches ; ensuite on se mêla et l'on vint à l'abordage. On se battait avec un égal acharnement, lorsque tous les vaisseaux flamands sortirent de leurs ports et vinrent se joindre aux Anglais. Alors la lutte devint trop inégale ; plusieurs bâtiments français furent enlevés, et la flotte anglaise entra triomphante dans l'Escaut.

Édouard était blessé à la cuisse ; il avait perdu 4 000 hommes ; mais Philippe en perdit 10 000 qui furent tués, et à peu près un pareil nombre qui fut fait prisonnier. On attribua cette défaite à la mésintelligence des deux amiraux qui commandaient la flotte, et dont l'un fut pris, l'autre tué, et ensuite pendu par les Anglais au mât de son vaisseau. A la nouvelle de ce désastre, Philippe se retira sous Arras avec son armée. Robert d'Artois crut la circonstance favorable ; et voulant profiter pour son propre compte de la guerre qu'il avait allumée, y vint avec Artevelle assiéger Saint-Omer ; mais l'un et l'autre furent battus et repoussés par le duc de Bourgogne.

Le siège de Tournai ayant été résolu par Édouard et les Flamands, le comte d'Eu, connétable, Robert Bertrand et Matthieu de Trie, maréchaux de France, et un grand nombre de seigneurs français se jetèrent dans cette place, qui fut abondamment pourvue de vivres et de munitions. Le roi d'Angleterre l'investit à la tête de 100 000 hommes. Philippe se montra avec son armée entre Lille et Douai ; les rois de Bohême, de Navarre et d'Écosse, les ducs de Lorraine, de Bretagne et de Bourbon ; les comtes de Flandre, de Savoie et de Genève, étaient dans le camp français. Ce camp se trouva bientôt à deux lieues de celui d'Édouard.

Le siège de Tournai était vainement pressé depuis deux mois et demi, lorsque le roi d'Angleterre envoya un cartel au roi de France : « J'ai passé la mer, disait Édouard, pour venir me mettre en possession du royaume de France qui m'appartient. Vidons notre querelle par le duel ou par le combat de cent chevaliers choisis dans chacune des deux armées, ou par une bataille générale. » Philippe répondit que le roi d'Angleterre s'étant reconnu vassal du roi de France, il ne lui appartenait pas de défier son seigneur ; qu'il espérait, malgré toutes ses intrigues et la révolte des Flamands qu'il avait soulevés contre leur souverain, le chasser des frontières de France ; qu'au reste il fallait que le risque fût égal de part et d'autre ; que dans le duel proposé Édouard ne hasardait rien ; que s'il voulait mettre en jeu le royaume d'Angleterre contre le royaume de France, quoique le marché fût encore trop inégal, il était prêt à le combattre en champ clos quand il lui plairait.

Édouard n'insista pas davantage. Une bataille semblait prochaine lorsque, par la médiation de Jeanne de Valois, sœur de Philippe et belle-mère d'Édouard, on signa, le 20 septembre 1340, une trêve qui devait durer jusqu'à la Saint-Jean-Baptiste de l'année suivante, et dans laquelle furent compris les rois d'Écosse, d'Aragon et de Castille ; les Flamands, les Génois, les Provençaux. Édouard repassa la mer, et Philippe congédia son armée et reprit le chemin de Paris. Les deux rois étaient convenus d'accepter, pour la conclusion de la paix, la médiation du Saint-Siège. Édouard entreprit alors de soutenir par écrit son prétendu droit à la couronne de France ; mais il paraît, par un mémoire qu'il fit remettre au pape à Avignon, que si Philippe avait voulu lui laisser posséder la Guyenne en toute souveraineté, il s'en serait contenté.

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