Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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PHILIPPE VI de Valois ou le Bien Fortuné ou le Vrai catholique
(né en 1293, mort le 12 août 1350)
Roi de France : règne 1328-1350
Partie 2/6

Cet hommage imparfait (rendu le 6 juin 1329) ne fut accepté que par provision, et sur la parole que donna Édouard de déclarer, par un acte exprès, que c'était un hommage-lige, s'il résultait de la compulsation des archives d'Angleterre, qu'il y fût tenu. Les deux rois se séparèrent, intérieurement peu satisfaits l'un de l'autre. Il fut bientôt résolu, dit Froissart, qu'on presserait Édouard de se déclarer. Le duc de Bourbon, les comtes de Harcourt et de Tancarville, d'autres chevaliers et plusieurs jurisconsultes, furent envoyés en Angleterre pour examiner avec le parlement, qui se tenait à Londres, les actes des hommages précédemment rendus aux rois de France par les rois d'Angleterre.

En même temps, le comte d'Alençon s'avançait avec une armée vers la Guyenne pour châtier les Anglais, qui venaient de commettre quelques désordres sur les terres de France. La ville de Saintes fut attaquée, emportée, et le comte d'Alençon fit raser les murailles de la ville et du château. A cette nouvelle Edouard signa l'acte de son hommage-lige tel qu'il est rapporté par Froissart (t. 1, ch. 25) ; et on le conserve dans le trésor des chartes. Édouard y prend les titres de roi d'Angleterre, seigneur d'Irlande et
Hommage de Edouard III a Philippe VI de Valois
Hommage du roi d'Angleterre Edouard III
au roi de France Philippe VI de Valois en 1329
duc d'Aquitaine ; il déclare que l'hommage fait à Amiens à son très cher seigneur et Philippe, roi de France..., doit être entendu lige, et qu'il doit foi et loyauté porter comme duc d'Aquitaine et de France, et comte de Ponthieu de Montreuil. « Nous promettons, ajoute-t-il, pour nous et nos successeurs ducs d'Aquitaine, que ledit hommage se fera en cette manière : le roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine tiendra ses mains ès mains du roi de France ; et celui qui adressera ces paroles au roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine, et qui parlera pour le roi, dira ainsi : Vous devenez homme-lige au roi mon seigneur qu'ici est, comme duc de Guienne et per de France, et lui promettez foi et loyauté porter. Dites, voire. Et le roi d'Angleterre et duc de Guienne, et aussi ses successeurs, diront voire. »

Le fier Edouard, en scellant de son sceau cet hommage pur et simple, ne songeait guère alors à se dire roi de France, comme il le fit quelques années après. Ce fut à la persuasion d'un prince du sang que le monarque anglais renouvela ses prétentions à la cour de France, et commença une guerre qui dura plus de cent ans. Après la mort de Robert II, un grand procès s'était élevé (1318) pour la possession du comté d'Artois, entre Mathilde, fille de Robert, et Robert III son neveu.

On remarquera comme une singularité que l'Artois fut donné à Mathilde, tandis qu'on faisait valoir la loi salique contre Jeanne, fille de Louis le Hutin, en faveur de Philippe le Long ; et c'était en effet une espèce de contradiction. « La loi salique, dit le président Hénault, n'était-elle donc pas la même pour l'Artois que pour la France ? » Il fut décidé à la suite d'une enquête, que la représentation n'avait point lieu dans le comté d'Artois. Le neveu se pourvut inutilement sous Philippe V et sous Charles le Bel. Il fit sous Philippe de Valois une troisième tentative ; il en espérait le succès en produisant, pour la première fois, un testament par lequel Robert, comte d'Artois, l'appelait à sa succession. Cette pièce était décisive si elle eût été véritable ; mais elle fut reconnue fausse et fabriquée, suivant le continuateur Nangis, par une femme nommée Divion, qui fut brûlée vive à petit feu comme sorcière.

Telle était l'ignorance de ces temps, où quelques clercs seulement savaient écrire, que, pour faire de faux titres, on croyait la participation du démon nécessaire. Robert III perdit son procès, et en même temps son honneur. Beau-frère de Philippe de Valois, il était de tous les seigneurs du royaume celui qui avait le plus contribué à lui mettre la couronne sur la tête ; mais il se trompa en croyant que le roi consentirait à s'acquitter par une injustice. Robert, dans son ressentiment, sortit de France, confondant dans sa haine son prince et sa patrie.

Philippe l'envoya citer devant la cour des pairs. Robert n'eut garde de comparaître. Il fut déclaré atteint et convaincu, et ses biens furent confisqués. Réfugié dans les États du duc de Brabant, il y fut réclamé. Déguisé en marchand, Robert se sauva en Angleterre, où Édouard ne négligea rien pour le consoler de sa disgrâce. Il lui assigna le comté de Richmont, et l'admit dans son conseil. Philippe de Valois fit renfermer dans le château de Chinon sa propre sœur, femme de Robert, qui intriguait pour son mari ; et les enfants du comte furent conduits au château de Nemours.

Dans le même temps, sans prévoir ou sans craindre ce que pouvaient la haine et les artifices de Robert, Philippe s'engageait avec ardeur dans les projets d'une croisade. Il avait offert au roi d'Aragon (1331) de se joindre à lui pour exterminer les Maures en Espagne. Il négociait avec les rois de Castille, d'Aragon et de Portugal pour qu'à l'expédition contre les Maures succédât la guerre contre les Sarrasins d'Orient. Il avait envoyé Pierre de la Palu, patriarche de Jérusalem, dans la Palestine, moins pour traiter avec le Soudan de la liberté des pèlerinages des chrétiens que pour examiner s'il serait possible d'en chasser les infidèles.

A son retour, le patriarche ayant fait un rapport qui déclarait le succès facile, le roi écrivit au pape pour le prier de publier et de faire prêcher la croisade. Le pape l'en nomma généralissime. Philippe se croisa avec les rois de Bohême, de Navarre et d'Aragon ; il fit équiper une flotte à Marseille, nomma lieutenant général du royaume Jean, son fils aîné, et le terme du départ général des croisés fut fixé au 1er août 1336. Mais l'ambition d'Édouard vint refroidir le zèle de Philippe : ce monarque proposa au pape de remettre la croisade à un autre temps, et le pape y consentit. Édouard et Philippe s'étaient réciproquement donné des sujets de mécontentement.

Si le roi d'Angleterre avait accueilli Robert d'Artois, le roi de France avait donné asile à David Bruce, et soutenait le parti de ce dernier en Écosse. Il reçut assez froidement l'archevêque de Canterbury, qui était venu proposer un nouveau traité de paix ; et les deux rois refusant d'abandonner, l'un Robert, l'autre le fils du dernier roi d'Écosse, il fallut se préparer à la guerre. Édouard s'allia secrètement avec l'électeur de Cologne, les ducs de Gueldre et de Brabant, le comte de Hainaut, le marquis de Juliers ; et quand la ligue fut déclarée, chacun de ces princes envoya selon l'usage de ce temps, défier Philippe de Valois : soit qu'Édouard eut fait des tentatives inutiles pour engager le comte de Flandre dans cette ligue, soit qu'il eut jugé que la politique de ce prince l'empêcherait de se déclarer, il fit partir l'évêque de Lincoln pour traiter avec Jacques Artevelle, chef populaire qui s'était rendu redoutable à la noblesse de Flandre et à son souverain.

Mais le souvenir de la bataille de Cassel n'était pas encore effacé, et Artevelle n'osa promettre qu'une secrète intervention. Philippe voyant l'orage se former, fit entrer dans son parti le comte palatin du Rhin et le duc de Bavière, Albert et Othon, ducs d'Autriche, le comte de Deux-Ponts, etc. En même temps il s'assura du roi de Navarre, du duc de Bretagne, du comte de Bar et de ses autres vassaux ; et il compta sur la diversion que pourraient faire en Écosse les partisans de David Bruce. Cependant les négociations entre les deux rois continuaient toujours. Les ambassadeurs de France et d'Angleterre ne cessaient de passer et de repasser la Manche. Les nonces du pape employaient toute leur adresse pour prévenir une rupture qui de jour en jour paraissait plus imminente.

Philippe fit publier (7 mars 1337) un édit qui déclarait Robert d'Artois ennemi de l'État, criminel de lèse-majesté ; défendait, sous peine de confiscation, à tous ses vassaux demeurant dans le royaume ou hors du royaume, de lui donner asile, conseil ou secours ; et leur enjoignait de l'arrêter prisonnier et de le mettre à sa disposition. Ces mots : vassaux demeurant hors du royaume, menaçaient ouvertement le roi d'Angleterre de la saisie de la Guyenne et du Ponthieu s'il continuait à protéger Robert d'Artois. Édouard se rendit dans les Pays-Bas pour réchauffer l'ardeur des princes ligués, et traita avec l'empereur Louis de Bavière, qui était sous le poids des foudres de l'Église, et avec lequel Philippe n'avait osé faire alliance sans le consentement du Saint-Siège. Des commissions furent adressées au sénéchal de Périgord et au bailli d'Amiens pour la saisie de la Guyenne et du Ponthieu.

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