Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
de la rubrique
Rois, empereurs, présidents
CLIQUEZ ICI

PHILIPPE V le Long
(né en 1293, mort le 3 janvier 1322)
Roi de France : règne 1316-1322
Partie 2/2

Philippe se rendit avec peine à cet avis ; et, sans renoncer à son dessein, il en ajourna l'exécution. La croisade occupait encore sa pensée, lorsque attaqué d'une fièvre quarte, accompagnée de dysenterie, il mourut à Longchamps, après cinq mois de souffrances, non sans quelque soupçon de poison, le 3 janvier 1322, après cinq années de règne, et n'étant âgé que de 38 ans. Il avait perdu un fils au berceau : il ne laissa que des filles ; Jeanne, mariée au duc de Bourgogne ; Marguerite, femme de Louis, comte de Flandre ; Isabelle, qui épousa le dauphin de Viennois ; et Blanche, qui embrassa la vie monastique.

Il eut pour successeur son frère Charles IV, dit le Bel. Philippe était un prince religieux, de mœurs douces, et porté à la modération. Les courtisans le pressaient un jour de châtier l'évêque de Paris, prélat inquiet, ennemi de son maître : « Il est beau, dit le monarque, de pouvoir se venger et de ne le pas faire ». Il aima les lettres et protégea ceux qui les cultivaient. La plupart des officiers de sa maison étaient poètes. Emeric de Rochefort, Pierre Hugon, Pierre Millon, qu'il fit son maître d'hôtel ; Bernard Marchès, poète provençal, qu'il promut à la dignité de chambellan, entretenaient son goût pour les muses. Il composa lui-même des poésies en langue provençale.

Il rendit son règne recommandable par de sages ordonnances, qui déterminaient les fonctions des magistrats, fixaient leur nombre dans le parlement, défendaient d'y admettre des prélats, réglaient le temps et la durée de leurs assemblées, réduisaient le nombre des suppôts de la justice, et réformaient les abus qui s'étaient introduits dans les tribunaux. Il destina les confiscations à l'extinction des rentes sur son trésor : il proscrivit toutes les grâces héréditaires, et révoqua les dons excessifs faits par ses deux prédécesseurs.

Il défendit de conseiller au monarque toutes lettres contraires aux anciens règlements, et déclara le chancelier coupable de prévarication s'il en scellait de cette espèce. C'est de la même époque que fut reçue, dit du Tillet, la maxime, qu'en fait de justice on n'a égard à lettres missives. En donnant des lettres d'anoblissement à des familles roturières ; en exigeant les droits d'amortissement et de franc-fief ; en vendant la liberté aux serfs de ses domaines ; en donnant aux seigneurs cet exemple, qu'ils suivirent, et qui amena dans les campagnes une révolution à peu près semblable à celle que l'établissement des communes avait produite dans les villes ; en établissant dans chaque bailliage un capitaine général pour commander les milices, et dans les principales villes un capitaine pour commander la bourgeoisie ; Philippe continua le grand ouvrage de l'affermissement progressif de l'autorité royale sur la ruine du gouvernement féodal.

Le continuateur de l'histoire de Nangis l'accuse d'avoir trop chargé la France d'impôts. Girard de la Guette, surintendant de ses finances, convaincu d'avoir détourné douze cent mille livres, fut arrêté après la mort du roi ; et il allait périr sur l'échafaud, lorsqu'il expira dans les tortures de la question. Cet exemple, celui d'Enguerrand de Marigny, celui de la Brosse, et d'autres encore, rendaient ce poste bien dangereux.

Mais l'ambition ne s'en trouvait pas moins empressée à le remplir. Philippe avait formé le projet d'établir en France l'uniformité des poids et des mesures, qui n'a pu être introduite que dans le changement de toutes choses qui a marqué la fin du XVIIIe siècle. Ce prince avait aussi le dessein de se réserver à lui seul le droit de battre monnaie ; droit qui, depuis la décadence de la monarchie, sous les faibles successeurs de Charlemagne, avait été concédé à un grand nombre de seigneurs et d'évêques, ou usurpé par eux.

Il envoya dans toutes les provinces des commissaires pour préparer l'exécution d'une mesure si importante, mais dont le succès était alors trop difficile. On voit, par une commission du 13 décembre 1320, que Pierre de Cahours, maître des monnaies, fut chargé d'aller à Bordeaux saisir les coins des monnaies d'Edouard. Le roi acheta de Charles de Valois, son oncle, les monnaies de Chartres et d'Anjou ; et de Louis de Clermont, seigneur de Bourbon, celles de Clermont et du Bourbonnais ; mais les commissaires trouvèrent partout beaucoup d'opposition et de difficultés ; la mort précipitée du roi ne lui permit pas de les surmonter.

Les ligues s'étaient renouvelées entre le clergé, la noblesse et plusieurs villes du royaume ; et il est permis de douter que, dans le cours d'une plus longue vie, le succès eût couronné les généreux efforts du monarque. Le règne de Philippe fut marqué par la création de dix-sept évêchés et par l'érection du siège de Toulouse en métropole. On voit par deux lettres de Jean XXII, qu'il demanda l'agrément du roi pour ces créations.

Philippe reçut et fit publier le Recueil des constitutions de Clément V, vulgairement appelées Clémentines : mais les décrétales de Boniface VIII, connues sous le nom de Sexte, ne purent obtenir la même faveur.

On découvrit, sous le règne de Philippe le Long, une bien singulière conspiration (1320). Les juifs, chassés de France par Philippe le Bel, rappelés par son successeur, et qui, répandus dans la France et souvent persécutés, occupaient, à Paris, les rues de la Juiverie, de Nazareth et de Jérusalem, avaient éprouvé les plus cruels traitements contre la volonté du roi.

Une troupe de bandits, de fainéants et de bergers, à qui on donna le nom de Pastoureaux, n'ayant pour armes que la mallette et le bourdon, et se disant croisés pour la Palestine, poursuivit partout les juifs, ne leur offrant que le choix du baptême ou de la mort, et en fit périr un très grand nombre. Elle osa venir forcer le Châtelet de Paris, précipita le prévôt du haut de l'escalier, se rangea ensuite en bataille sur le pré aux Clercs, sortit de la capitale, sans être poursuivie, parcourut les provinces, et arriva en Languedoc, où elle fut enfin attaquée et dissipée.

Mais les violences de ces misérables avaient exaspéré les juifs jusqu'à la fureur. On accusa ceux-ci d'avoir, à l'instigation des rois de Tunis et de Grenade, qui craignaient une nouvelle croisade, engagé les lépreux à empoisonner les puits et les fontaines, en y jetant des sachets remplis d'herbes vénéneuses, mêlées de sang humain. On pendit, on brûla un grand nombre de juifs et de lépreux ; et tous les juifs furent de nouveau chassés de France.

:: Biographie de Philippe V - Partie 1/2


 

:: HAUT DE PAGE    :: ACCUEIL

Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
de la rubrique
Rois, empereurs, présidents
CLIQUEZ ICI