Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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LOUIS XVI
(né le 23 août 1754, mort le 21 janvier 1793)
Roi de France : règne 1774-1791. Roi des Français : règne 1791-1792
Partie 4/7

Le résultat de cette audacieuse révolte, qui éclata sous les yeux de l'assemblée restée impassible, fut qu'on entraîna ce jour-là même à Paris Louis XVI et sa famille. Il y fut conduit au milieu d'une populace ivre de sang et de vin ; il était précédé par les têtes de deux de ses gardes fidèles égorgés sous ses yeux, et, ce qui est plus déplorable, escorté par une troupe disciplinée qui protégeait de sa présence et de ses armes cet horrible cortège. L'assemblée avait voulu, pour éprouver moins de retard dans ses plans de destruction, se mettre sous la protection de la capitale sans se séparer du monarque.

Les forfaits de cette nuit fatale qui, pour lui et son auguste épouse, devait être la dernière, l'arrachèrent donc de Versailles ; et sa longue détention commença aux Tuileries, pour ne finir que dans la tour du Temple. Si son défaut de liberté personnelle avait eu besoin d'être constaté, il l'aurait été par l'obstacle que mit la garde nationale, le 18 avril 1791, à son départ pour Saint-Cloud ; obstacle dont il vint le lendemain se plaindre, mais inutilement, à l'assemblée nationale.

Les projets des factieux se développaient rapidement dans cette assemblée sans frein et sans contrepoids, qui avait au dedans des tribunes pour applaudir, et au dehors des bras pour exécuter. Les parlements, le clergé, la noblesse, l'armée, les finances, les propriétés publiques et particulières, tout fut détruit ou envahi par l'assemblée nationale, et toujours au nom du roi, réduit à joindre aux décrets une sanction, tardive quelquefois, mais toujours obtenue de son horreur pour le désordre et la violence à force de massacres et d'insurrections.

Le malheureux prince accordait tout, espérant sauver quelque chose, et sacrifiait l'État par compassion pour les particuliers menacés ou poursuivis sur tous les points de la France. Dès lors, il prit ou renvoya ses ministres sous le bon plaisir de l'assemblée, et ces ministres, choisis presque tous parmi ses ennemis, étaient forcés d'admirer la bonté de son cœur, la justesse de ses vues, l'étendue de ses connaissances. La religion toute seule l'aurait sauvé, si, renfermé dans l'asile inviolable de sa conscience, assuré qu'il était d'être soutenu par un peuple encore chrétien, il eût refusé sa sanction aux décrets spoliateurs de l'Église et à la constitution civile du clergé. Mais deux ministres d'État, et même ecclésiastiques, lui cachèrent les lettres du souverain pontife, qui condamnaient toutes ces innovations.

Enfin, éclairé trop tard sur les projets des factieux, et enhardi par ses plus fidèles serviteurs, il prit le parti de fuir sa capitale et de chercher un asile sur la frontière d'où il pût traiter avec son peuple. Ce fut à Montmédy où M. de Bouillé avait réuni un petit nombre de troupes considérées encore comme fidèles, que le monarque voulut s'établir. Avant son départ il laissa à l'assemblée une déclaration qui renfermait des plaintes trop fondées et les motifs de son éloignement (21 juin 1791).

Mais trahi par ses précautions mêmes, surveillé par les factieux, poursuivi par la fatalité qui s'attachait à toutes ses démarches, il fut reconnu à Varennes, arrêté et ramené à Paris au milieu de tous les outrages et de toutes les violences. Toutefois, cet événement qui semblait devoir être le terme de sa malheureuse existence, intimida ses persécuteurs, et même lui en gagna quelques-uns. Effrayés de leurs propres succès et tremblant d'être ensevelis sous les débris de l'édifice dont ils avaient sapé les fondements, ils se hâtèrent de clore une assemblée discréditée et que menaçait l'indignation publique.

Cette orgueilleuse Constituante, devenue honteuse et presque ridicule, disparut sans bruit, ne laissant après elle que des ruines, et la plus vaste de toutes, sa constitution. L'assemblée législative qui lui succéda (1er octobre 1791), ne trouva debout rien de nos antiques institutions qu'elle pût détruire. La royauté avait été renversée par la Constituante. Le 20 juin 1792 lui vit prodiguer des outrages qui surpassent tout ce que l'histoire raconte des fureurs des peuples et des malheurs des rois. Dans cette journée commencée avec les plus horribles desseins, Louis XVI, la reine et Madame Elisabeth, montrèrent le seul courage qui convint à leur position, et imposèrent aux factieux par la sérénité de leur âme et la dignité de leur douleur.

Vingt mille hommes armés de piques avaient pénétré dans le château des Tulleries. Les canonniers avaient traîné une de leurs pièces jusque dans le haut du grand escalier, et la tinrent pointée sur les appartements avec la mèche allumée, tandis que d'autres rompaient à coups de pique et de hache tout ce qui s'opposait à leur passage. Bientôt ils ne furent séparés de la famille royale éplorée et sans secours que par une dernière porte : Louis ouvre lui-même cette porte ; seul, sans armes, il se présente aux brigands, et dans une aussi terrible circonstance, conservant toute sa dignité et tout le calme de la vertu, il leur dit : « Je crois n'avoir rien à craindre de la part des Français. »

Tant de fermeté étonna ces furieux, et ils hésitèrent un moment devant la majesté royale ; excités par leurs chefs ils s'approchent du monarque, et n'osant pas encore attenter à sa personne, ils l'insultent de leurs paroles et de leurs gestes. L'un lui tend insolemment une bouteille, en lui disant de boire à la santé de la nation ; l'autre, armé d'un pistolet et d'un sabre nu crie à ses oreilles : « A bas le veto ! »

Enfin, un troisième place sur sa tête sacrée un bonnet rouge et lui ordonne de jurer qu'il ne trahira plus Français. « Nous savons, ajoute cet audacieux, que tu es un honnête homme ; mais ta femme te donne de mauvais conseils. » Le monarque lui répond froidement : « Le peuple peut compter sur mon amour comme sur celui de ma famille. » Dans ce moment le maire Péthion se montre ; et placé sur une estrade, il s'écrie : « Sire, vous n'avez rien à craindre. - L'homme de bien qui a la conscience pure, ne tremble jamais, reprit aussitôt le roi avec dignité ; il n'y a que ceux qui ont quelque chose à se reprocher qui peuvent avoir peur. » Et prenant la main d'un grenadier, qu'il place sur son cœur : « Dites à cet homme s'il bat plus vite qu'à l'ordinaire. »

Cette journée devait encore être la dernière de sa vie, et toute la famille royale était vouée aux poignards : les chefs des conjurés l'avaient décidé ; mais le courage et la fermeté de Louis XVI furent plus grands que l'audace des assassins. Ces chefs étaient à la tête de toutes les autorités, et surtout dans l'assemblée nationale : ainsi l'attentat resta impuni. Quelques pétitions et quelques adresses des gens de bien qui demandèrent vengeance, ne servirent un peu plus tard qu'à étendre les listes de proscription ; pour lors les factieux continuèrent impunément leurs trames.

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