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LOUIS XV le Bien-Aimé
(né le 15 février 1710, mort le 10 mai 1774) Roi de France : règne 1715-1774 Partie 7/7
On cite de lui plusieurs bons mots. « Qu'avez-vous fait en Angleterre ? » disait-il au comte de Lauraguais, qui se piquait un peu de la philosophie à la mode. « Sire, répondit le courtisan, j'y ai appris à penser. - Des chevaux », reprit le roi, importuné de cette ostentation. Le peintre Latour, en faisant son portrait, se mit un jour à disserter sur les affaires de l'Etat, et dans sa franchise étourdie, il en vint jusqu'à dire : « Il faut convenir que nous n'avons point de marine. - N'avez-vous pas Vernet ? » reprit le roi, en ramenant le peintre à son métier. Le duc de Choiseul s'étudiait à modérer l'opposition du parlement de Paris ; mais le pouvoir et l'ambition de ce corps s'accroissaient par des concessions tacites. Le parlement, vainqueur des jésuites, voulut réprimer l'audace des philosophes. Le duc de Choiseul parut un moment montrer l'intention d'arrêter la licence ; mais peu après il s'arrangea pour rester à la fois et le courtisan et le protecteur du parlement et des philosophes. Le parlement sévit avec une incroyable rigueur dans l'affaire du chevalier de la Barre. Mais comme il se voyait à la fois abandonné par la cour et désavoué par le public, il se borna bientôt à quelques arrêts insignifiants qui accréditaient des ouvrages en voulant les noter d'infamie. Louis XV ne tentait rien pour arrêter ce prodigieux mouvement des esprits qui allait donner une face nouvelle aux institutions sociales. On peut présumer que la douceur de son caractère arrêta souvent des persécutions commencées contre d'illustres écrivains. On croit surtout qu'il eut quelque part à cet arrêt du conseil qui couronna le plus noble des travaux de Voltaire et réhabilita la mémoire de l'infortuné Calas. L'administration du duc de Choiseul rendit un peu d'honneur à la couronne de France par plusieurs actes d'une médiation imposante. La possession de la Corse, qu'il fallut acheter aux Génois et conquérir ensuite, fit oublier aux Français les conditions ignominieuses du traité de Paris. Louis XV cependant montrait une jalousie secrète contre son ministre principal. A l'aide d'agents particuliers et clandestins, il épiait et contrariait ses opérations. Ce qu'il y eut de pis, c'est que ces agents du roi furent sacrifiés au ressentiment du ministre dès qu'il fut instruit de leur correspondance. Un magistrat éloquent et intrépide, La Charolais, procureur général du parlement de Rennes, soutenait, avec l'appui de tous les parlements de France, une lutte opiniâtre contre le duc d'Aiguillon, qu'il accusait d'actes violents, arbitraires et même de concussion dans son gouvernement de la Bretagne. Le duc de Choiseul, qui se rangeait toujours de l'avis des parlements, sentait sa haine animée contre le duc d'Aiguillon par la protection secrète, mais évidente, que celui-ci obtenait du monarque. Le parlement de Paris, formé en cour des pairs, rendit un arrêt par lequel le duc d'Aiguillon était entaché dans son honneur. Le duc de Choiseul triomphait ; mais le roi cherchait tous les moyens d'échapper à la double tutelle de son parlement et de son ministre. On doutait à la cour qu'il en eût le courage. Une femme dont la jeunesse avait été souillée par une prostitution publique, madame du Barry, apprit au roi qu'il pouvait encore vouloir. L'apparition de cette femme à la cour fut un scandale au-dessus de ceux de la régence. Le duc de Choiseul, sa sœur la duchesse de Grammont et bientôt la plupart des femmes s'éloignèrent avec indignation d'une telle favorite. Louis s'étonna, mais ne s'offensa pas beaucoup que son ignominieux caprice ne fût pas respecté par sa cour. La nouvelle favorite savait avec art répéter les leçons que lui donnaient le duc d'Aiguillon, le chancelier Maupeou et l'abbé Terray. Le duc de Choiseul fut exilé. Presque toute la cour parut vouloir s'unir à sa disgrâce : on abandonnait le roi pour aller visiter le duc à Chanteloup et se purifier auprès de lui, disait-on, de l'air de Versailles. Ce qu'il y eut de remarquable, c'est que le monarque sembla respecter dans ses courtisans des démonstrations si nouvelles de dévouement pour un ministre disgracié. Les parlements ne devaient pas survivre longtemps à leur ambitieux protecteur. Le chancelier Maupeou avait concerté avec ses deux collègues l'abolition de ces grands corps de magistrature. Louis doutait fort que ses nouveaux ministres pussent réussir dans un coup d'autorité qu'on avait vainement essayé à différentes reprises sous son règne. Il consentit seulement à les laisser agir, résolu à mêler ses railleries à celles du public s'ils venaient à échouer. En peu de mois, une nouvelle cour royale fut substituée à cette importante et antique puissance du parlement de Paris. Les lettres de cachet furent multipliées ; mais on n'eut pas besoin de dresser des échafauds. On prit soin de donner une satisfaction apparente à l'un des vœux des philosophes en abolissant la vénalité des charges. D'abord les princes avaient fait cause commune avec le parlement de Paris : le prince de Conti persévéra seul dans sa résistance. Les avocats s'étaient ligués pour ne point exercer leurs fonctions devant une cour qui paraissait avilie dès sa naissance ; mais plusieurs d'entre eux cédèrent aux conseils de la crainte et de la nécessité. Les membres de l'ancien parlement sortirent par degrés de l'exil ; le gouvernement mit de l'orgueil à montrer qu'ils n'étaient plus à redouter. Le même coup frappa tous les parlements de province. L'obstacle partout fut moins sérieux et moins prolongé qu'on n'avait lieu de s'y attendre. Cette opération était à peine terminée, que le gouvernement se hâta d'en recueillir les fruits par une banqueroute partielle. L'autorité royale fut avilie au dehors par le partage de la Pologne, dont la France resta spectatrice immobile. Ces deux événements ajoutaient beaucoup au mépris et à la haine publique, qui ne cessaient de se prononcer contre le triumvirat. La nouvelle cour était journellement insultée jusque dans l'exercice de ses fonctions. Trop de scènes abjectes s'étaient mêlées à ces coups violents de l'autorité pour ne pas éveiller un esprit de satire, d'inquiétude, de malaise, qui pouvait par degrés devenir un esprit général de rébellion. Ce fut dans un tel état du royaume que Louis XV, atteint subitement pour la seconde fois de la petite vérole, mourut le 10 mai 1774 dans sa 64e année, après un règne de cinquante-neuf ans. Ses obsèques furent troublées par de sanglants outrages que la multitude proféra contre sa mémoire. Les vingt et surtout les trois dernières années de son règne, avaient permis d'oublier le bonheur, le calme et la judicieuse économie de sa première administration. La nation était profondément humiliée d'avoir fait des pas rétrogrades vers le despotisme. L'exemple de Louis XV prouva que, chez un monarque, la paresse peut triompher de toutes les qualités heureuses qui n'ont point la force des vertus. Cependant l'histoire lui doit un éloge sans restriction : il fut humain. :: Biographie de Louis XV le Bien-Aimé - Partie 1/7 - Partie 2/7 |
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