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LOUIS XV le Bien-Aimé
(né le 15 février 1710, mort le 10 mai 1774) Roi de France : règne 1715-1774 Partie 6/7
Les débats du parlement et du clergé avaient un peu troublé les goûts et les amusements frivoles de la France et surtout ceux de la cour, pendant une guerre aussi longue que funeste. Les jésuites enfin étaient près de succomber : ce fut du Portugal et de l'Espagne, les deux royaumes les plus religieux de l'Europe, que partirent les premiers et les plus terribles coups qui leur furent portés. La marquise de Pompadour avait longtemps flotté entre eux et les parlements : le duc de Choiseul, qui prenait un grand empire sur l'esprit de cette dame, la persuada qu'il était essentiel pour le repos du roi et pour celui de la France de faire cesser une lutte qui affaiblissait l'autorité royale. La marquise crut pouvoir désarmer une opinion dont elle éprouvait les trop justes rigueurs, en sacrifiant les jésuites aux jansénistes parlementaires, et à un parti déjà beaucoup plus nombreux, celui des philosophes. D'abord, il ne fallut que laisser agir les parlementaires, qui rendaient arrêt sur arrêt contre des ennemis étourdis des attaques nouvelles qu'ils recevaient dans toutes les parties de leur empire. Lorsque le duc de Choiseul proposa dans le conseil du roi l'abolition de cette société en France, les jésuites ne manquèrent ni d'apologistes ni de défenseurs ; plusieurs même de ceux qui condamnaient leurs principes et criaient sans cesse contre leur morale et leurs esprit de domination, craignaient que les jansénistes vainqueurs ne succombassent à leur tour sous le ridicule lancé par les philosophes, contre les deux parties et contre la religion elle-même. Louis XV, habitué à la fois à dissimuler ses pensées et à les sacrifier à celles d'une femme légère, n'exprima sa volonté que par ce mot si peu digne d'un roi : « Il sera plaisant de voir en abbé le P. Pérusseau ! » c'était son confesseur. L'ordonnance royale parut enfin. Les biens des jésuites, consumés par des procès et des séquestres, purent à peine suffire à payer la pension alimentaire qui était assignée à chacun d'eux. Le triomphe que venait de remporter le duc de Choiseul sur des hommes qui avaient dominé pendant vingt ans le fier Louis XIV, fut célébré par les philosophes et leurs nombreux adeptes. Mais, quant à la marquise de Pompadour, on ne lui sut aucun gré d'avoir concouru à cette mesure ; et ceux qui s'en réjouissaient le plus ne purent y voir une compensation pour tous les fléaux de la guerre de Sept ans, son ouvrage. L'opinion publique se plaisait à lui opposer un ministre qui avait consenti d'abord à paraître son protégé : la jalousie du duc de Choiseul et celle de la favorite, formaient à la cour deux puissantes cabales, entre lesquelles le roi affectait la neutralité. Depuis quelque temps la marquise était atteinte d'une maladie de langueur, causée peut-être et certainement accrue par le chagrin de se voir haïe des Français. Elle n'éprouva plus dans ses derniers moments que de l'indifférence de la part du roi : seulement, pour en adoucir l'horreur, il lui permit de continuer de donner ses ordres jusqu'à son heure suprême. Elle mourut en reine, et ses restes furent transportés hors du château, comme ceux d'une obscure courtisane. Le duc de Choiseul put alors régner sans partage. Ce ministre avait conçu une profonde inimitié contre le dauphin. Louis, depuis plusieurs années, éprouvait un secret déplaisir en écoutant les éloges qu'on donnait à son fils. On connaissait l'attachement de ce prince pour les jésuites, et ce fut peut-être la principale raison qui décida le roi, la marquise de Pompadour et le duc de Choiseul à prononcer l'abolition de cette société religieuse. Le duc de Choiseul s'emporta un jour contre ce prince au point de lui dire : « Monsieur, je puis être condamné au malheur d'être votre sujet, mais je ne serai jamais votre serviteur ». Des études littéraires, les soins d'une épouse distinguée par les plus heureuses qualités de l'esprit et de l'âme, l'éducation de ses enfants, consolaient le dauphin, délaissé à la cour. Sa santé, longtemps florissante, avait subi depuis deux ans une altération manifeste. Il voulut, malgré sa langueur, se rendre à un camp de plaisance qu'on avait établi à Compiègne ; de là il suivit le roi à Fontainebleau. Bientôt on le vit succomber à des fatigues que sa constitution affaiblie ne pouvait plus supporter (20 décembre 1765). Louis XV, qui n'avait pas voulu s'absenter de Fontainebleau pendant la maladie de son fils, fut vivement ému de sa mort, et surtout par la manière dont il l'apprit. Le duc de la Vauguyon vint présenter au roi l'aîné des princes, ses élèves, et l'on annonça Monsieur le dauphin. En voyant paraître son petit-fils, au lieu d'un fils qui pouvait si glorieusement le remplacer sur le trône, il se troubla et dit en soupirant : « Pauvre France ! un roi âgé de cinquante-cinq ans, et un dauphin de onze ! » Ce dauphin était Louis XVI. Cette douloureuse exclamation semble faire croire que Louis XV reconnaissait combien la monarchie était fortement ébranlée, et quels orages attendaient son petit-fils. Il lui arriva plusieurs fois d'exprimer le même pressentiment avec plus de clarté, mais non avec le même accent d'intérêt et de douleur. Cependant, l'impression qu'il avait reçue de la mort du dauphin le rapprocha pour quelque temps de la dauphine, de la reine et de ses filles. Toutes ces princesses conspiraient entre elles pour arracher le roi à l'ivresse des voluptés. La dauphine, surtout, prenait de l'ascendant sur son esprit ; mais le chagrin de survivre à son époux la poursuivait toujours. A sa langueur succéda, au bout de deux ans, une maladie mortelle. La reine suivit de près au tombeau la dauphine, sa belle-fille et son amie. La tendresse de Louis XV se réveilla vivement pendant la maladie extrêmement douloureuse de son excellente et malheureuse compagne. Il la pleura plusieurs jours au milieu de ses filles. La mort venait de lui ravir coup sur coup les seules personnes qui pussent rendre de la vigueur à son caractère et de la pureté à ses pensées. Cependant, le peuple ne recevait aucun soulagement de la paix. Louis XV s'était abandonné à la malheureuse facilité de signer des acquits au comptant, qui étaient devenus la proie d'une foule de personnages avides ou corrompus. Il conservait dans son palais la magnificence de Louis XIV, mais n'y mêlait aucun caractère de grandeur. Il subissait, comme un esclave résigné, l'ennui d'étiquettes qu'il n'avait point inventées et qui n'étaient de nul usage pour sa politique : l'insupportable ennui qu'il en ressentait irritait son goût pour les plaisirs clandestins. Tout son bonheur était de se réfugier dans ses petits appartements et d'échapper furtivement à son rôle de roi. Ce goût devint en lui si vif, ou du moins si habituel, qu'il en vint presque à se considérer comme un particulier dispensé de tout devoir envers l'État. De là, ce trésor particulier qu'il aimait à se former, et qu'il grossissait par des spéculations sur les grains ; de là, ces bizarres distractions qu'il portait jusque dans le conseil ; la déplorable promptitude avec laquelle il abandonnait un avis qu'il avait judicieusement énoncé ; enfin, cet égoïsme paresseux qui lui faisait dire beaucoup de mots, tels que ceux-ci : « Si j'étais lieutenant de police, je défendrais les cabriolets. » En public, son maintien était froid, son esprit un peu sec. Dans le commerce privé, c'était un homme aimable ; un maître obligeant, facile, plein de compassion ; un Français habitué à observer envers les femmes les prévenances de la galanterie les plus délicates, et richement doué de l'esprit vif de sa nation. :: Biographie de Louis XV le Bien-Aimé - Partie 1/7 - Partie 2/7 |
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