Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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LOUIS XV le Bien-Aimé
(né le 15 février 1710, mort le 10 mai 1774)
Roi de France : règne 1715-1774
Partie 5/7

Vers ce temps, le parlement de Paris avait excité une assez vive fermentation dans le peuple, en refusant d'enregistrer un édit qui créait un impôt de deux vingtièmes pour les besoins de la guerre. L'autorité royale supprima toutes les chambres, hormis une seule dont on ne put obtenir que de faibles soumissions. Ce coup d'État avait fait naître une fermentation sourde : le 5 janvier 1757, le roi montait en voiture pour se rendre de Versailles à Trianon. Le Dauphin et plusieurs officiers de la couronne étaient à ses côtés. La nuit commençait. Un homme s'avance entre les gardes, frappe le roi d'un coup de canif au-dessus de la cinquième côte, et rentre au milieu des spectateurs. Louis reconnaît l'assassin, qui avait conservé son chapeau sur la tête, et lui dit : « C'est cet homme qui m'a frappé ; qu'on l'arrête, qu'on ne lui fasse point de mal ».

On crut d'abord l'arme empoisonnée et la blessure mortelle. Le roi, vivement alarmé, se laissa, comme à Metz, prescrire plusieurs actes de repentir, tels que le renvoi de la marquise de Pompadour. L'assassin était un homme obscur, fanatique ou plutôt fou. Les jansénistes et les jésuites s'accusèrent réciproquement d'avoir armé le régicide. Le Dauphin, à qui toute l'autorité avait passé pendant la maladie du roi, montra toute l'étendue de son jugement et toute la noblesse de son âme, en s'abstenant de soupçons calomnieux contre les jansénistes qu'il n'aimait pas. Le parlement, rappelé par ses soins, instruisit le procès du régicide : on n'en obtint aucune nouvelle lumière ; il subit un affreux supplice.

Le roi, guéri de sa blessure légère, reprit ou parut reprendre les rênes de l'État. Son premier soin fut de renvoyer les deux ministres rivaux, Machault et d'Argenson, qui se battaient, disait-on, à coups de parlement et de clergé. L'abbé, depuis cardinal de Bernis, scella une imprudente alliance avec la maison d'Autriche. On vit avec admiration la manière dont Frédéric II, roi de Prusse, se défendit seul contre les forces de l'Autriche, du corps germanique, de la Russie et de la Suède. Il avait su prévenir ses ennemis par la conquête de la Saxe, et par une invasion dans la Bohême : mais la fortune enfin lui devint contraire.

Après la bataille de Kollin il fut chassé de la Bohême, et presque réduit à se former une armée nouvelle. Les Français, à la bataille de Hastenbeck, battirent un corps d'Anglais et d'Hanovriens, seuls alliés du roi de Prusse. Le maréchal d'Estrées avait remporté cette victoire ; et par une fantaisie de la marquise de Pompadour, ce fut le maréchal de Richelieu qui eut à en recueillir les fruits. Il poursuivit le duc de Cumberland jusqu'à la mer, et força une armée fugitive depuis trois mois à capituler ; mais il ne lui imposa d'autre condition que celle de ne plus porter les armes ; et six mois après ils rentrèrent en campagne.

La situation du roi de Prusse paraissait désespérée, et lui-même la jugeait telle, lorsqu'il rencontra près de Rosbach l'armée française commandée par le prince de Soubise, unie à l'armée des cercles de l'Allemagne. Ces troupes alliées ne mirent aucun concert dans leurs opérations : leurs généraux eurent à se reprocher plusieurs fautes grossières ; et elles furent vaincues presque sans combat. Ce qu'il y eut de pis que cette déroute, ce fut la gaieté maligne avec laquelle en France on en apprit la nouvelle. Les ressorts généreux semblaient épuisés ; la discipline était perdue : l'armée avait à peine le temps de connaître ses généraux ; les colonels manquaient souvent au poste du devoir et de l'honneur. L'abbé de Bernis sut juger toute la profondeur du mal, et il eut le patriotisme de diriger ses vues vers la paix ; mais la marquise de Pompadour sacrifia le ministre pacifique aux ombrages et au ressentiment du cabinet d'Autriche.

Cette déplorable guerre fut continuée. Les Français éprouvèrent une nouvelle déroute à Crévelt, sous les ordres du comte de Clermont, et bientôt après une défaite plus sanglante a Minden, sous M. de Contades. Le maréchal de Broglie répara seul l'honneur de nos armes à Bergen. Ces revers sur le continent étaient loin d'égaler nos désastres maritimes. Malgré les exploits par lesquels le brave Montcalm avait ouvert la campagne dans le Canada et vengé la patrie, l'honneur et l'humanité de l'assassinat de Jumonville, les Français avaient fini par perdre cette colonie, objet de tant de dépenses et cause fatale de cette guerre.

La prise de Pondichéry. malgré les efforts de Lally qui ne fut point secondé, les avait fait également chasser des Indes orientales, ou Labourdonnaye et Dupleix s'étaient avancés en conquérants. Ils avaient perdu deux grandes batailles navales, l'une à la sortie du port de Toulon, l'autre à celle du port de Brest. Les deux escadres furent presque anéanties. Le duc de Choiseul, qui exerçait alors l'autorité d'un premier ministre, ne résista ni sans courage, ni sans habileté, à des revers si accablants. Il invoqua l'appui de l'Espagne, et cette puissance eut la générosité de se déclarer pour les vaincus. Les deux branches de la maison de Bourbon s'unirent par un traité qui porta le nom de pacte de famille, et qui réalisait les vœux de Louis XIV.

Alors la puissance de la Russie pesait de tout son poids sur le roi de Prusse, vainqueur de l'Autriche, de la France, de la Suède et des cercles d'Allemagne. Les armées, qu'il avait rendues si savantes, si légères et si intrépides, périssaient dans des combats où les Russes, par le seul effet de leur immobilité, faisaient échouer tous les efforts du génie et d'une bravoure désespérée. Grâce à cette imposante diversion, les Français soutinrent avec un peu plus d'honneur les derniers combats dans la guerre de Sept ans. Il fut permis au prince de Soubise de réparer, quoique imparfaitement, la honte de sa défaite à Rosbach par une petite victoire.

Le duc de Castries en remporta une plus éclatante, quoique peu décisive, à Clostercamp, illustré par le dévouement du Décius français. Le prince de Condé eut la gloire de se mesurer avec quelque avantage contre le prince héréditaire de Brunswick, l'un des célèbres lieutenants du roi de Prusse. La mort de l'impératrice de Russie, Élisabeth, mit fin à une guerre qui, contraire à tous les vœux de la politique, féconde en froids massacres, contrastait si cruellement avec l'esprit d'humanité dont plusieurs éloquents écrivains voulaient faire l'heureux partage de ce siècle.

Le tsar Pierre III, à peine monté sur le trône, mit son bonheur et sa gloire à relever la fortune de Frédéric II, qui lui avait inspiré une admiration presque fanatique. On parla de paix ; elle fut signée à Paris au mois de février 1763. Après avoir sacrifié 1 500 hommes, les puissances rentrèrent dans leurs limites, excepté l'Angleterre, dont la force maritime s'accrut aux dépens de la France et de l'Espagne, et qu'on n'espéra plus troubler dans l'empire des mers.

A peine avons-nous eu à nommer Louis XV dans le cours de cette guerre, entreprise dans le seul but de satisfaire la vanité de sa favorite, et dont il lui laissa conduire tous les événements. Voici cependant un fait qui prouve que sa mollesse et son asservissement à une femme n'avaient point éteint en lui cet amour de l'humanité qui semblait devoir être le précieux attribut de son caractère, et qui du moins vient servir d'excuse à ses fautes nombreuses.

Pendant que les Anglais dispersaient et anéantissaient nos vaisseaux, un Dauphinois, nommé Dupré, inventa un feu plus dévorant que le feu grégeois, et qui, alimenté par l'eau même, pouvait brûler la flotte la plus considérable ; les expériences en furent faites dans plusieurs de nos ports et parurent répondre aux promesses de l'inventeur. Dès que Louis XV se fut convaincu de l'effet désastreux de cette invention, il craignit d'ajouter un tel moyen de destruction à tous les fléaux de la guerre. Il acheta le secret, et fit défense à Dupré de le communiquer, sous les peines les plus sévères.

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