Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
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LOUIS XV le Bien-Aimé
(né le 15 février 1710, mort le 10 mai 1774)
Roi de France : règne 1715-1774
Partie 2/7

On vit dès lors s'établir, dans une cour si longtemps fastueuse et prodigue, un ordre exact et minutieux. La France éprouva, comme sous Louis XII, que la plus utile bienfaisance d'un monarque consiste dans l'économie. Le roi se montrait aussi modeste, aussi régulier que son ministre. La cour ne se piquait pas d'un grand scrupule pour suivre cet exemple ; mais du moins les scandales éclatants cessèrent.

Les nouveaux impôts qu'avait levés le duc de Bourbon furent d'abord modérés, puis supprimés entièrement. Le sage vieillard s'occupa ensuite d'une réduction sur les tailles, et chaque année il offrait ce genre de soulagement aux Français. De judicieuses épargnes aidaient à réparer les calamités locales. Plus de projets aventureux dans les finances, plus de ces spéculations que l'on nomme hardies et que l'événement montre souvent ruineuses ou infâmes. La vivacité française se trouvait amortie, ou ne se produisait plus que par des jeux frivoles. On se reposait des travaux du génie en se livrant un peu trop aux recherches du bel esprit, aux inventions de la mollesse, aux inquiétudes de la pensée.

La sagesse du mentor du roi, le cardinal de Fleury, était mêlée de quelques teintes d'égoïsme. C'était en effet le Fontenelle des ministres. Il eut à lutter contre un parti qui, par ses intrigues, ses écrits, ses miracles, ses convulsions, mettait le trouble dans l'État comme dans l'Église. Le parlement prit feu pour les appelants, sous prétexte de maintenir les libertés de l'Église gallicane. De là, quelques actes d'opposition où le parlement essayait ses forces contre le trône. Louis XV, dans le commencement de ces querelles, montra un sentiment très vif de son autorité.

Au milieu de remontrances que le parlement était venu lui présenter en corps, il arrêta le premier président pas ces seuls mots : « Taisez-vous ! » Des lettres de cachet furent souvent expédiées contre les conseillers obstinés. Mais le monarque et son ministre, par un esprit de douceur et de modération qui leur était commun, mettaient un terme assez prompt à ces rigueurs. Les Français marchaient alors d'un pas bien inégal vers les nouvelles lumières qui étaient annoncées. Les prétendus miracles opérés sur la tombe du diacre Paris amusaient des dévots crédules par esprit de parti, tandis qu'un public plus nombreux et plus jeune était bien près du moment où il allait applaudir aux Lettres philosophiques de Voltaire.

Ce public railleur intervint à son tour dans l'affaire des convulsions, et le ridicule vint fort à propos seconder le pouvoir royal. Malheureusement, de si petites et de si étranges agitations entretenaient l'esprit d'inquiétude parmi les Français, qui n'appréciaient pas tout le bonheur de leur situation nouvelle.

Louis XV s'impatientait quelquefois du régime un peu monotone auquel il était soumis par son instituteur. Il en fit un jour des plaintes à deux de ses jeunes compagnons, les ducs d'Épernon et de Gesvres. Très peu de temps après, ceux-ci lui présentèrent un mémoire dirigé contre le cardinal. Le roi l'eut à peine en sa possession qu'il trembla, et se fit mille reproches de son ingratitude. Il remit à ce ministre une pièce dont le secret devait être garanti par le sceau de la parole royale. Fleury, qui n'aimait point les vengeances à la Richelieu, se contenta de renvoyer les deus étourdis à leurs parents ; et bientôt ils purent reparaître à la cour. Cette intrigue fut appelée la conspiration des marmousets.

Le calme de l'administration du cardinal fut traversé par la guerre de 1733 ; mais cette guerre fut courte, entremêlée d'assez brillants succès et terminée par une paix avantageuse. Les Français n'y furent entraînés qu'à la suite de débats très vifs, allumés entre les puissances du Nord. Dans cette guerre où la France eut surtout à se mesurer contre l'Autriche, ni le prince Eugène, ni Villars, son vainqueur à Denain, ne firent plus rien de digne de leur haute réputation. Le maréchal de Berwick, digne émule de ces deux grands guerriers, fut tué sous les murs de Philisbourg. Cette ville fut prise après un siège mémorable.

En Italie, les Français, sous la conduite des maréchaux de Coigny et de Broglie, remportèrent les victoires de Parme et de Guastalla. Comme le cardinal de Fleury ne se piquait point de l'orgueil de paraître à la tête des armées, le roi, dans tout le feu de l'âge, ne prit aucune part à ses exploits. Une petite expédition qui avait pour objet de soutenir dans le Nord une seconde élection de Stanislas au trône de Pologne n'eut qu'un résultait déplorable, et fit accuser le ministre de parcimonie et de pusillanimité. Il répondit à ce reproche en signant, en 1735, la paix de Vienne, par laquelle la Lorraine fut enfin cédée à la France ; c'était là un glorieux et utile complément des victoires et des conquêtes de Louis XIV.

Cette gloire militaire achetée sans de trop fortes dépenses jeta un nouvel éclat sur ce règne jusqu-là si doux et si bien ordonné. Les plaisirs s'animèrent ; les impôts continuèrent à décroître. Fleury s'occupa de maintenir une paix solide dans l'Europe. Il fit entre les diverses puissances plusieurs actes de médiation, qui rappelaient les plus beaux jours du règne de Saint-Louis et de celui de Henri IV.

Le ciel avait béni le mariage de Louis XV : un dauphin avait comblé l'espoir des Français et le bonheur du roi. Ce jeune prince, dès son enfance, annonçait les plus heureuses qualités. On aimait à le comparer à ce duc de Bourgogne dont tous les vieillards parlaient avec des regrets profonds et touchants. La cour était égayée par quatre jeunes princesses, filles du roi. Rien de si modeste et de si respectable que les dépenses de la reine. Son zèle charitable s'occupait, nuit et jour, des besoins des pauvres ; et, si elle se plaignait de la stricte économie du cardinal, c'est qu il prescrivait des bornes trop étroites à ses judicieuses aumônes. Elle se montrait accessible, familière, et savait concilier une gaieté facile avec la piété la plus régulière et la plus tendre.

Louis XV n'avait point cet heureux don : mais si ses paroles étaient rares et brèves, on croyait à tout ce qu'exprimait son aimable figure. Fleury, peu sensible aux productions dispendieuses des beaux-arts, et n'appréciant guère dans les productions de l'esprit que le mérite de la grâce, protégeait les sciences avec un goût plus éclairé et plus magnifique. Sa paisible administration fut illustrée par les voyages des savants, qui allèrent, les uns sous l'équateur, les autres près du cercle polaire, vérifier par des mesures exactes l'hypothèse de Newton sur la figure de la terre.

Il semblait que Louis, déjà sorti de l'âge où les passions s'annoncent dans toute leur violence, où des faiblesses trouvent le plus d'excuses, n'avait plus à craindre aucune révolution fâcheuse dans ses goûts ni dans son caractère. Mais l'extrême vieillesse du cardinal n'invitait que trop ce prince à sortir d'une réserve qui prouvait plus sa docilité que l'énergie de ses résolutions. La cour insultait à l'excessive économie du ministre, et plus encore à son esprit pacifique. Les jeunes seigneurs imaginaient que hors des conquêtes, il n'y avait plus de dignité pour un roi de France.

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