Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
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LOUIS XIII le Juste
(né le 27 septembre 1601, mort le 14 mai 1643)
Roi de France : règne 1610-1643
Partie 4/4

La longue stérilité de la reine et plusieurs circonstances de la naissance de Louis XIV ont donné lieu à bien des commentaires fâcheux, surtout de la part des écrivains protestants. Voici comment s'expliquent à cette occasion quelques historiens. Richelieu, alarmé des entretiens fréquents que le roi avait avec mademoiselle de la Fayette, dont il connaissait l'esprit vif et pénétrant, employa tous les moyens imaginables pour que ce prince se dégoûtât d'elle. A la fin, il en vint à bout. Mademoiselle de la Fayette sollicita et obtint la permission de se retirer au couvent de la Visitation, à Paris.

Louis, qui se défiait de quelque intrigue de la part de son ministre, voulut s'expliquer avec son amie, et convint d'un rendez-vous ; il annonça qu'il irait à la chasse du côté de Grosbois ; mais s'étant dérobé à sa suite, il se dirigea aussitôt vers la Visitation. L'entretien qu'il y eut sans témoins dura quatre heures ; on était alors au mois de décembre, et il n'y avait pas moyen de retourner à Grosbois. Le roi fut donc obligé de passer la nuit à Paris ; et il ne se trouva, dit-on, pour lui, au Louvre, ni table, ni lit ; ce qui paraît assez extraordinaire : la reine lui proposa à souper et à coucher. A ce moment Louis XIII, grâce aux avis de son confesseur, le P. Sirmond, peut-être même à ceux de mademoiselle de la Fayette, et aux sentiments de religion qu'il n'avait jamais cessé d'avoir dans le cœur, était disposé à se rapprocher de sa femme, pour laquelle on avait travaillé de longue main à entretenir son indifférence naturelle.

Cette indifférence s'était même changée en aversion depuis qu'on avait persuadé ce prince crédule et défiant qu'Anne d'Autriche était entrée dans la conjuration de Chalais. L'embarras où il se trouvait fut cause qu'il accepta de bonne grâce la proposition qui lui était faite ; et c'est par cette chaîne d'événements que la reine, après vingt-deux ans de mariage, devint enceinte de Louis XIV, qui naquit dans les neuf mois précis, à compter de cette nuit.

En 1638, Louis XIII choisit le 15 août pour mettre sa personne, sa couronne et la France sous la protection spéciale de la Vierge ; et il ordonna par une déclaration du 10 février suivant que tous les ans on fît une procession solennelle à Notre-Dame de Paris et dans tout le royaume, en mémoire de cette consécration.

L'histoire de son règne n'est le plus souvent que celle du cardinal de Richelieu, qui, rapportant tout à sa personne, exerça comme ministre l'autorité du monarque le plus absolu, et qui éclipse son maître aux yeux de la postérité. On connaît l'inscription relative au monument que Richelieu avait fait ériger sur la place Royale, plutôt à sa propre gloire qu'en l'honneur de Louis XIII. Mais est-il juste d'attribuer exclusivement à ce grand personnage tout ce qui a illustré l'époque pendant laquelle il a tenu les rênes de l'Etat ?

On ne peut pas dire qu'on méconnaissait en tous points dans Louis XIII le fils de Henri IV. Jamais il n'avait cessé entièrement de s'occuper du soin des affaires principales de son royaume ; seulement son imagination et sa conscience étaient trop facilement effrayées des détails du gouvernement. Au surplus, il se montrait parfois avec avantage dans le cabinet et au conseil, quoiqu'il fût encore mieux, c'est-à-dire plus ferme et plus résolu, à la tête de ses armées. Dès qu'il s'agissait de ce qui intéressait véritablement la gloire de la France, il cessait de se laisser conduire par ses favoris.

Lors de la perte de Corbie, en 1636, événement qui consterna Paris et la cour, Louis XIII lutta fortement dans le conseil, et, en donnant d'excellentes raisons contre Richelieu, qui lui proposait de se retirer au delà de la Seine, il commanda qu'on fût prêt à le suivre le lendemain matin. Cette ville ne se rendit, le 14 novembre, qu'après un mois de blocus et huit jours de tranchée ouverte.

Ce qui manquait principalement à ce prince, et qu'on regrette toujours de voir manquer au chef d'un grand royaume, c'était d'avoir autant de courage dans l'esprit qu'il en avait dans le cœur. Cependant rien ne prouverait plus le courage de l'esprit, et même l'élévation de l'âme, que la réponse qu'il fit étant en Savoie, dans une circonstance où l'on voulut l'effrayer d'une maladie qu'on croyait être la peste. Tout à coup on vient lui annoncer que la maîtresse même de la maison où il passait la nuit, est atteinte de cette maladie. « Retirez-vous, dit-il d'un ton calme, et priez Dieu que vos hôtesses ne soient pas attaquées de la peste, comme la mienne. Qu'on tire les rideaux de mon lit : je tâcherai de reposer, et nous partirons demain de bon matin. »

Il a souvent été peint avec une sévérité que la justice de la postérité ne doit pas adopter aveuglément ; le malheur de son caractère et de sa vie privée s'est trop attaché à sa mémoire. On nous l'a montré comme mauvais fils et mauvais frère, comme ami faible et peu sûr, époux inquiet et soupçonneux ; ne pardonnant qu'à regret, dissimulé par faiblesse et par défiance, plutôt que par cette politique fine d'un souverain qui cache ses desseins, afin de les mieux accomplir ; incapable enfin de faire de grandes choses, et ne se sentant pas même l'énergie nécessaire pour envisager d'abord un parti à prendre, s'il était important, loin d'oser l'approfondir et en suivre lui-même l'exécution.

Le président Hénault paraît avoir bien jugé lorsqu'il dit de Louis XIII : « Père et fils de deux grands rois, la Providence l'avait fait naître dans le moment qui lui était propre ; plus tôt il eût été trop faible, plus tard trop circonspect. » La couronne acquit sous son règne une force que celui de Henri IV n'avait pas assez consolidée ; et au moment de sa mort, la France se trouva toute préparée aux merveilles du règne de Louis XIV.

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