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LOUIS XIII le Juste
(né le 27 septembre 1601, mort le 14 mai 1643) Roi de France : règne 1610-1643 Partie 3/4
Après la prise de Saint-Jean d'Angely (1621), le duc de Soubise, qui était à la tête des rebelles, vint se jeter à ses pieds et lui faire des protestations de fidélité à venir. « Je serai bien aise, lui dit le roi en lui mettant la main sur l'épaule, que dorénavant vous me donniez lieu d'être plus satisfait de vous que je n'en ai eu de sujet par le passé. Levez-vous, et me servez mieux désormais. » Ainsi qu'il a été observé plus haut, Louis était scrupuleux en matière de religion ; on ne dissipait ses doutes qu'en étayant les arguments qu'on lui opposait d'exemples frappants ou de citations tirées des Écritures. Les habitants de Nègrepelisse, petite ville calviniste du Quercy, s'étant révoltés (1622), et ayant égorgé pendant la nuit un bataillon de troupes du roi, logées dans leurs murs, Louis XIII marcha contre eux pour les punir. Malgré son juste ressentiment, il était disposé à pardonner à ces malheureux, qui, après la vive résistance, lui demandaient grâce, se voyant sur le point d'être forcés par un assaut général : mais l'animosité de l'armée royale était à son comble. Le prince de Condé, qui, dans ces circonstances, se trouvait auprès du roi, prit un bréviaire, l'ouvrit, et lui fit remarquer que, dans les leçons du jour, tirées de l'Ancien Testament, le prophète Samuel reprochait à Saül d'avoir épargné les Amalécites : il n'en fallut pas davantage pour décider du sort de Nègrepelisse. Louis XIII n'aimait pas le cardinal de Richelieu, qui sut étendre et faire respecter le pouvoir du souverain sous le nom duquel il gouvernait l'État comme son chef. Par une connaissance de sa propre faiblesse, bien rare, surtout dans un roi, Louis sentait qu'il ne pouvait se passer de l'appui d'un pareil ministre : c'était un besoin pour le timide monarque d'être dominé ; et trouvant le poids de l'autorité au-dessus de ses forces, il se livrait sans réserve à Richelieu : cependant, il éprouvait souvent le désir de secouer le joug ; mais il n'en eut jamais la force. Enfin, comme le dit Voltaire, il voulait être maître et se donnait toujours un maître. Il ne pardonnait pas intérieurement au cardinal l'impossibilité où il était de régner sans lui. Du reste, tout en le brusquant de temps en temps, comme pour reprendre ses droits, il le soutint dans presque toutes les occasions, malgré l'espèce d'éloignement qu'il éprouvait pour lui, contre les attaques réitérées des courtisans, parce qu'il le croyait utile au bien de L'État. Dans une telle conduite, à laquelle il ne manquait que plus de suite, ne doit-on pas reconnaître de la sagesse, de la grandeur d'âme, beaucoup de jugement et même de générosité ? Et certes, le cardinal, entraîné par l'ascendant d'un caractère impérieux, ne gardait pas toujours avec Louis XIII, au moins de première impulsion, la mesure convenable. Un soir, le roi venait de lever le conseil ; le ministre parlait à quelqu'un devant la porte du cabinet, sans s'apercevoir du mouvement qui se faisait derrière lui. Tout à coup les battants s'ouvrent. Richelieu, averti alors seulement, veut se ranger ; le roi était déjà tout près, et le poussant avec un ton d'humeur : « Eh ! passez, monsieur, passez, lui dit-il ; ne sait-on pas bien que c'est vous qui êtes le maître ici ? » Obéir et désobéir semblait également difficile ; le cardinal n'hésita pas : « Je passerai, sire, puisque votre Majesté me l'ordonne, reprit-il d'un air très soumis, mais ce sera comme le moindre de vos serviteurs ». En même temps, il saisit le flambeau d'un des pages, et marche devant le monarque, comme pour l'éclairer. Cette ingénieuse présence d'esprit, cette preuve de souplesse donnée par un courtisan consommé, finirent, dit-on, par mettre Louis XIII en gaieté. Ce grand homme d'État, sur son lit de mort, entendant le roi se plaindre de perdre son principal appui dans le moment où il en avait le plus besoin, lui dit : « Sire, je vous laisse de bons ministres. Vous ne devez rien appréhender de vos ennemis du dehors, si vous suivez les conseils de ceux que j'ai mis dans les affaires. C'est uniquement votre petit coucher que vous avez à craindre ; il m'a donné plus de peine que tous les étrangers ensemble. » Après la mort du cardinal, on crut que Louis allait ordonner l'élargissement de toutes les personnes que le ministre tout puissant avait fait enfermer ; mais il tint la même conduite que s'il eût été l'auteur de leur emprisonnement ; il fut sourd à toutes les sollicitations, de sorte que pour obtenir la liberté de ces malheureux on fut obligé de le prendre par le faible qu'on lui connaissait pour l'économie : quelques courtisans lui représentèrent qu'il pouvait épargner des sommes considérables en laissant sortir ceux qui étaient détenus à la Bastille. Frappé de ce raisonnement plus que de tout autre, le roi permit qu'on renvoyait les prisonniers, parmi lesquels figuraient Vitry, Cramail et Bassompierre. Tous les auteurs contemporains ont beaucoup parlé de la chasteté de Louis XIII. Il paraît certain que la vue d'une belle femme le ravissait ; il aimait à se trouver avec elle, à la regarder, à l'entendre. On craignait que celle qu'on lui avait donnée pour épouse n'aspirât tôt ou tard à le gouverner, ne fût-ce qu'en gagnant sa confiance : en conséquence, Richelieu, en cela d'accord avec la reine mère, commença par lui inspirer de l'éloignement pour Anne d'Autriche ; et ce prince offrit bientôt le singulier spectacle d'un mari ne se souciant plus de sa femme, sans même penser à lui être infidèle. Trop religieux pour avoir ce qu'on appelle une maîtresse, il voulait au moins se faire une amie. Mademoiselle d'Hautefort n'apprécia pas assez cette distinction : et ses indiscrétions multipliées lui en firent perdre les avantages. Il appartenait à l'aimable et vertueuse la Fayette de captiver le monarque et de fixer son attachement : « mais les amours de Louis XIII, dit un écrivain de cette époque, étaient purement spirituels, d'âme à âme, et les jouissances en étaient vierges. » La reine ayant un jour reçu un billet dont elle avait probablement à faire mystère pour de bonnes raisons, Louis entra dans l'instant même où elle achevait de le lire, et où elle le confiait à la garde de mademoiselle d'Hautefort. Le roi témoigna un vif désir d'avoir ce billet entre ses mains ; mais le refus étant formel, ils se débattirent assez longtemps sur le ton du badinage ; à la fin, mademoiselle d'Hautefort, qui ne pouvait plus se défendre, mit le papier dans son sein, et le jeu en resta là, Louis n'ayant pas osé pousser sa curiosité plus loin. En général, il traitait ses maîtresses comme ses favoris ; il en était jaloux, et c'était là que se bornait la démonstration, peut-être aussi la réalité de ses sentiments. Sa jalousie du pouvoir que lui-même avait donné ou laissé prendre porta principalement sur son premier ministre ; mais il avait éprouvé de bonne heure le même sentiment pour le connétable de Luynes, qu'il regretta fort peu lorsqu'il le perdit, en 1621. Il montra encore moins de regrets de la mort de son cher ami Cinq-Mars. Malheureux par caractère, malheureux au milieu des succès de ses armes, il redouta sa mère, qu'il laissa mourir dans l'exil et dans la pauvreté, n'osant pas à cette occasion essayer de résister au cardinal ; il redouta sa femme, son frère, enfin ceux qui jouissaient plus spécialement de sa confiance et même de sa faveur. :: Biographie de Louis XIII le Juste - Partie 1/4 - Partie 2/4 - Partie 4/4 |
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