Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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LOUIS XIII le Juste
(né le 27 septembre 1601, mort le 14 mai 1643)
Roi de France : règne 1610-1643
Partie 2/4

Ce traité acquit au monarque français le titre de libérateur de l'Italie. Revenu dans sa capitale avec Richelieu, il y trouva plus d'intrigues qu'il n'en avait laissé au delà des Alpes entre l'Empire, l'Espagne, Venise, la Savoie, Rome et la France. Gaston, duc d'Orléans, frère du roi, s'étant révolté par jalousie de l'autorité du cardinal, plusieurs seigneurs embrassèrent son parti, notamment le duc de Montmorency, qui aspirait à en devenir le chef : celui-ci souleva le bas Languedoc, dont il était gouverneur ; mais il fut pris les armes à la main au combat de Castelnaudary, et Richelieu lui fit trancher la tête à Toulouse le 30 octobre 1632.

En vain les Espagnols et les Allemands, irrités de nos succès guerriers, s'unirent-ils pour en arrêter le cours : leur ligue fut dissipée, grâce à l'alliance contractée par Louis XIII avec Gustave-Adolphe, roi de Suède, et plus encore grâce au courage de nos troupes. Les ennemis battus sur plusieurs points, l'orgueil de la maison d'Autriche abaissé, la conquête de la Lorraine effectuée, ainsi que celle d'une grande partie de la Catalogne, la réduction du Roussillon, tels furent pour la France les fruits de cette coalition formée contre elle.

Louis XIII ne jouit pas longtemps de ses triomphes, troublés par des murmures de l'intérieur de la France, qui à la vérité, n'arrivaient pas toujours jusqu'à lui : il n'eut même pas la satisfaction de voir la guerre terminée ; il mourut à Saint-Germain en Laye le 14 mai 1643, dans le moment où il espérait conclure une paix avantageuse ; il était alors âgé de 42 ans. Richelieu l'avait précédé de quelques mois au tombeau.

Nous avons un Mémoire fidèle des choses qui se sont passées à la mort de Louis XIII, par Dubois, l'un des valets de chambre de Sa Majesté. L'exactitude de ce journal, écrit d'un style naïf et vraiment touchant, ne permet pas d'admettre les récits qu'une foule d'écrivains ont copiés, les uns d'après les autres, sur les derniers moments de ce monarque. Dubois passe sous silence le dialogue qui est supposé avoir eu lieu, trois semaines avant la mort du roi entre lui et le Dauphin, âgé de quatre ans et demi, à la suite de la cérémonie du baptême de ce prince, qui eut pour parrain le cardinal Mazarin et pour marraine la mère du grand Condé.

Certes, il n'a pas dû répondre à son père qui lui demandait quel nom il portait maintenant : Je m'appelle Louis XIV ; mais Louis XIII aurait eu raison de repartir : Pas encore, mon fils ; au surplus, ce sera bientôt si telle est la volonté de Dieu. Le jeune Dauphin témoigna au contraire, dans les derniers jours de la vie du roi, une vive douleur à l'idée seule de le perdre. Il est également prouvé que Louis XIII mourant ne fut point abandonné ; qu'il reçut même pendant sa maladie, de la reine et de toute sa maison, les soins les plus assidus ; enfin, que, s'il exprima, une fois entre autres, le désir que l'on se dérangeât afin qu'il pût voir le jour par les fenêtres de sa chambre à coucher, c'est parce qu'il y avait toujours trop de monde autour de lui.

On a remarqué que ce prince termina sa carrière le même jour (14 mai) où il était monté sur le trône et presque à la même heure où avait eu lieu l'assassinat de son père. Il n'avait pas été aimé pendant sa vie : il ne fut pas regretté après sa mort. Louis XIII ne possédait aucune des qualités brillantes qui distinguent les grands rois ; il était d'un caractère timide et un peu sauvage. Naturellement triste, se défiant toujours de lui-même, et presque continuellement malade, il ne goûta ni les plaisirs de la grandeur ni les douceurs de la vie privée. Il craignait la représentation, excepté dans les cérémonies, qu'il aimait beaucoup. Il était essentiellement juste et religieux ; ses intentions étaient pures, son esprit droit, et il ne manquait pas de discernement. Quand il jugeait d'après lui, il jugeait bien ; et on ne le gouvernait guère qu'en le persuadant.

Les hommes, plutôt que les femmes, eurent de l'empire sur lui, et sous son règne, le titre de favori, selon l'expression du président Hénault, fut comme une charge dans l'État : mais ses favoris le trahissaient. Bassompierre, le voyant un jour fort en colère contre celui que lui-même appelait le roi Luynes, lui dit : « Sire, vous êtes bien à plaindre de vous mettre toutes ces fantaisies dans la tête. Le connétable l'est bien aussi de ce que vous prenez ces ombrages de lui ; et moi, je le suis encore plus de ce que vous me les avez découverts, car un de ces jours vous vous querellerez ensemble ; ensuite vous vous apaiserez, et c'est moi qui serai sacrifié, de même que les maris et femmes chassent les valets auxquels ils ont confié la mauvaise volonté qu'ils avaient l'un contre l'autre. » Le roi lui promit un secret inviolable vis-à-vis de Luynes, et l'assura qu'il n'en avait encore parlé qu'à son confesseur, le P. Arnoux.

Si Louis XIII avait eu des vertus éminentes, il aurait manqué de moyens pour les faire paraître au grand jour. Il n'était ni assez éclairé ni d'un caractère assez ferme pour opérer par lui-même le bien de son peuple ; mais il le désirait de bonne foi. Incapable de vastes projets, il en connaissait du moins le prix, et il les appuyait de toute son autorité. Du reste, dégoûté de la lecture dès sa plus tendre jeunesse, il ne perfectionna point par l'étude ce que la nature avait commencé en lui. Il ne montra aucun goût pour les lettres, quoique Corneille eût déjà enfanté sa tragédie du Cid, et quoique Richelieu, sous le nom de son maître, établît, en 1637, l'Académie française, en triomphant de la résistance du parlement de Paris.

Ce prince ne contribua en rien aux progrès que commençaient à faire, depuis qu'il était sur le trône, la politesse et les arts. Sobre, chaste, ennemi du faste, il ne se permettait guère d'autres amusements que la chasse, pour laquelle il était passionné, sans que cependant elle l'entraînât jamais à oublier ses devoirs de roi. Il tirait au vol si parfaitement, qu'un plaisant, faisant allusion au surnom de Juste, disait : « Juste... à tirer de l'arquebuse. »

Il cultivait aussi avec succès la musique et la peinture. Sa piété sincère n'était pas exempte de scrupules excessifs, qui décelaient en lui la faiblesse de l'âme plus encore qu'un défaut de lumières. Les obstacles le rebutaient ; et il abandonnait aisément, si ce n'est sur le champ de bataille, les entreprises pour lesquelles il avait montré d'abord le plus d'empressement.

Peu semblable à son père, qui, dans les temps de détresse, payait ses officiers de bonnes paroles, Louis XIII avait avec eux, et il en convenait lui-même, une sécheresse qu'il semblait tenir de sa mère. Malgré l'assertion de quelques écrivains du temps, il est constant que ce monarque aimait la guerre, et l'entendait bien, surtout pour ce qui concerne le commandement de l'infanterie, les fortifications et l'artillerie. Il se plaisait aux travaux d'un siège ; et, quoique son faible tempérament ne lui permît pas d'être constamment à la tête de ses armées, il donna des preuves non équivoques d'un grand courage dans toutes les occasions où il se trouva en personne. « Et cependant, dit l'auteur de l'Abrégé chronologique de l'histoire de France, sa valeur était sans chaleur et sans éclat ; elle n'eût pas été bonne, comme celle de Henri IV, pour conquérir un royaume. »

Au siège de Royan (1622) il s'exposa plus d'une fois de manière à faire craindre pour sa vie. Un jour, plusieurs des chefs de l'armée confièrent leur sollicitude à Lachau, premier aumônier du roi, qui lui dit : « Tous vos officiers, sire, seront enfin obligés de vous adresser la même prière que les capitaines de David lui firent autrefois : Vous ne viendrez plus à la guerre avec nous, de peur que la lumière d'Israël ne s'éteigne avec vous ». Louis XIII, presque toujours victorieux, se montra clément, par calcul peut-être plus que par sentiment ; il le fut surtout dans la guerre qu'il fit à ses sujets de la religion réformée.

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