|
|
|
|
|
|||||||||||
LOUIS XI
(né le 3 juillet 1423, mort le 31 août 1483) Roi de France : règne 1461-1483 Partie 7/7
Enfin il ne semblait occupé que du soin de faire croire son autorité plus active et plus forte ; sa seule crainte était qu'on ne s'aperçût de sa décadence. Une seconde attaque étant venue augmenter ses terreurs, sa défiance devint extrême : il changeait chaque jour ses domestiques, augmentait le nombre de ses gardes, tremblait devant son médecin, et ordonnait d'horribles supplices. Au moment où il prenait des précautions si cruelles contre les hommes, voulant apaiser le ciel par tous les moyens qu'inspire la crainte, il ordonnait des pèlerinages, des processions, faisait recueillir des reliques dans toutes les contrées, prodiguait des biens immenses aux gens d'Église, et se mettait à genoux devant l'ermite François de Paule, qu'il avait fait venir du fond de la Calabre. « Il y a du plaisir, dit Mézeray, à lire dans les historiens tout ce que la crainte de la mort et celle de perdre son autorité faisaient faire au roi Louis dans les dernières années de son règne. » Et Mézeray n'épargne pas les détails ; il en adopte même de fort incertains. Nous ne dirons donc pas avec lui, d'après Robert Gaguin et d'autres chroniqueurs, que Louis XI se plaisait à entendre les gémissements des malheureux auxquels il faisait donner la torture, ni qu'il avait fait construire un cachot sous sa chambre à coucher, de manière qu'aucune plainte des victimes ne pût lui échapper, ni enfin qu'il faisait tirer du sang à des enfants pour le boire : c'est bien assez que les historiens les plus timides n'aient passer sous silence les cages de fer où il enfermait des prisonniers, ni les énormes chaînes appelées les fillettes du roi, destinées à tenir ces malheureux attachés ; ni enfin les noyades exécutées dans des sacs. C'est bien assez que l'on ne puisse contester que le nombre des exécutions dirigées par son prévôt Tristan, qu'il appelait son compère, et qu'il eut le tort ineffaçable d'admettre dans sa familiarité. Mais ce n'est pas seulement sur ces derniers faits, ni sur la fin de sa carrière, que l'histoire doit juger ce monarque ; il est évident qu'il était alors dans une espèce de délire ou de démence, qu'il sentait bien lui-même et que tous ses efforts tendaient à dissimuler. Les historiens ne sont pas d'accord sur la nature de sa maladie ; les uns disent que ce fut l'épilepsie, d'autres l'apoplexie. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle lui laissait quelques bons intervalles, et que c'était alors qu'il demandait à Dieu pardon de ses crimes. Louis XI n'avait pas eu le temps d'accomplir ses projets, et il est évident qu'après avoir obligé tant de grands vassaux à se courber devant l'autorité royale, de telle sorte qu'on a dit avec raison qu'il avait mis les rois hors de page ; après avoir ajouté au royaume plus d'un quart de son étendue, il lui restait encore beaucoup à faire. On sait avec quel soin il cherchait à se rendre populaire en favorisant les bourgeois, qu'il visitait dans leur famille, et qu'il admettait souvent à sa table : il ne s'en tint pas envers eux à ce genre d'encouragement ; il seconda leur commerce, autant qu'il put le faire dans ces temps d'ignorance et de calamités ; il fit venir de Grèce et d'Italie des ouvriers, qui pour la première fois fabriquèrent en France des étoffes de soie, d'or et d'argent. Ce fut aussi Louis XI qui établit la poste, et qui favorisa l'introduction des premiers imprimeurs à Paris. Il avait le projet d'ordonner dans tout son royaume l'uniformité des poids et mesures ; il fit réunir toutes les coutumes et les ordonnances, dont il voulait composer un code universel. Lorsqu'il se vit près de sa fin, une de ses plus grandes inquiétudes fut que son fils ne pût pas achever l'exécution de ses plans ; et il paraît qu'il se repentit de n'avoir pas donné d'autres soins à son éducation. Craignant qu'il n'eût envers lui les torts que lui-même avait à se reprocher envers son père, il l'avait toujours tenu éloigné de la cour ; et ce prince était sans instruction. Le roi ne voulait pas qu'il sût d'autre latin que ces cinq mots, dont il faisait sa maxime favorite : Qui nescis dissimulare nescit regnare. Quelques jours avant sa mort, s'étant rendu à Amboise pour lui faire ses adieux, il lui adressa quelques exhortations vraiment paternelles en faisant noblement l'aveu de ses fautes, et il l'engagea à ne rien changer dans son gouvernement. Depuis cette scène touchante, il ne parla plus de son fils qu'en disant le roi. Louis XI, en effet ne régnait plus : il n'eut que le temps de quelques dispositions pieuses ; le 31 août 1483 il se confessa, reçut les sacrements et mourut en disant : « Notre-Dame d'Embrun, ma bonne maîtresse, aidez-moi ». L'histoire n'offre aucun souverain dont le portrait soit plus difficile à tracer que celui de ce monarque ; et l'on n'a peut-être jamais vu dans le même homme autant de contrastes et de passions opposées. Il ne négligea aucun moyen de se procurer de l'argent ; il établit des impôts considérables, et pourtant il n'avait aucun faste, ni dans sa cour ni dans sa personne : mais quand il ne pouvait pas vaincre ses ennemis par les armes il en triomphait par la corruption. Il aurait eu, plus que Philippe de Macédoine, le droit de dire qu'une place était prise lorsqu'il pouvait y faire entrer un mulet chargé d'argent. C'est ainsi qu'il épargna souvent le sang de ses sujets : car, bien qu'il n'ait pas été une seule année sans faire la guerre, il n'y eut que deux grandes batailles sous son règne, celle de Montlhéry et celle de Guinegate. Mais en admirant une réserve aussi digne d'être louée, on regrette de ne pouvoir l'attribuer à son humanité ; car s'il évita soigneusement de répandre le sang de ses sujets sur le champ de bataille, il le fit couler sur les échafauds avec une profusion jusqu'alors sans exemple dans notre histoire. Cependant, si l'on en excepte les derniers moments de sa vie, il ne manqua jamais de faire observer les formes judiciaires, usitées dans ce temps-là ; ses condamnations ont toujours été prononcées par des juges, même celle du duc de Nemours, où son plus grand tort fut d'ajouter aux horreurs du supplice par un appareil plus affreux que le supplice lui-même, et de partager entre les juges les dépouilles de la victime. Aucun souverain ne fut aussi défiant que Louis XI ; et cependant il en est peu qui aient essuyé plus de trahisons de la part de leurs ministres et de leurs favoris ; il en est peu qui soient tombés dans des pièges plus grossiers. D'une mobilité excessive, ses goûts et ses passions changeaient à chaque instant de direction et d'objet ; et c'est ainsi qu'on le vit successivement confiant et soupçonneux, avare et prodigue, audacieux et timide, clément et cruel. Doué d'une activité incroyable, il voyait tout par lui-même, de peur d'être trompé : et il fit deux ou trois fois le tour de son royaume. L'Europe prit alors une face toute nouvelle ; et c'est à son siècle que l'on doit rapporter l'origine de la politique actuelle des souverains, et surtout leurs communications et leurs rapports diplomatiques, qui, pour être plus polis et moins brusques dans les formes, n'ont pas beaucoup gagné sous le rapport de la bonne foi. Ainsi que l'a remarqué Michelet, Louis XI fut l'écho de cette politique machiavélique italienne dont Venise fit alors le parfait modèle. Mais moins patient que ne l'étaient les rusés diplomates italiens, le roi de France, qui prévoyait tout, ne savait pas différer. Son règne est un des plus curieux de notre histoire, par la prodigieuse quantité d'événements, et par la révolution absolue qu'éprouva la monarchie. Louis XI sut imprimer à l'autorité royale un mouvement de vigueur et de force, qui s'est encore augmenté sous les règnes suivants, malgré la faiblesse de quelques-uns de ses successeurs. Enfin, comme a dit Duclos, ce prince fut également célèbre par ses vices et par ses vertus ; mais, tout mis en balance, c'était un roi. Les grands, dont il s'était fait des ennemis irréconciliables, répandirent contre lui beaucoup de calomnies et de libelles. C'est ainsi que l'apologiste du duc d'Alençon ne trouva pas d'autre moyen de se justifier d'accuser son souverain ; et que de Seyssel, qui, dans son Histoire apologétique de Louis Xll, a voulu faire ressortir davantage les qualités de celui-ci, a exagéré les torts de Louis XI. Toutefois on doit reconnaître que, comme beaucoup de grands politiques, Louis XI fut un homme peu fait pour inspirer l'estime et un attachement désintéressé. Entre autres créations de ce monarque, il faut citer encore l'ordre de Saint-Michel, institué en 1466. L'esprit de ce prince n'était dépourvu ni de finesse ni de culture ; Comines dit qu'il avait « eu nourriture autre que les seigneurs de ce royaume ». On cite de lui beaucoup de mots très piquants. Louis XI laissa de Charlotte de Savoie Charles VIII, qui lui succéda ; Anne, duchesse de Beaujeu ; et Jeanne, première femme de Louis XII. Il eut encore deux filles de madame de Sassenage, sa maîtresse. :: Biographie de Louis XI - Partie 1/7 - Partie 2/7 |
|
|
|
|||||||||||
|
:: HAUT DE PAGE :: ACCUEIL |
|
|||||||||||||