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LOUIS XI
(né le 3 juillet 1423, mort le 31 août 1483) Roi de France : règne 1461-1483 Partie 6/7
Dès que Louis XI reçut cette nouvelle, il ne put dissimuler sa joie ; et il l'annonça à ses bonnes villes par un circulaire, donna un grand dîner, partit pour un pèlerinage d'actions de grâces, et voua une balustrade d'argent au tombeau de Saint-Martin, à Tours. De tels soins ne l'empêchèrent pas de tirer parti de l'événement : il mit ses troupes en campagne, et reprit les places de la Somme qui avaient été le prix du sang du connétable ; d'un autre côté, il fit signifier aux états de Bourgogne qu'en sa qualité de seigneur suzerain il était maître de cette province, le feu duc n'ayant pas laissé de postérité masculine. Cette prétention, appuyée par une armée, n'éprouva aucun obstacle. Pendant que l'héritage du duc de Bourgogne était ainsi de toutes parts envahi, sa jeune héritière, environnée de conseillers timides et d'un peuple turbulent, n'osait prendre aucune détermination. Cette princesse avait vingt ans ; on voulait lui faire épouser le Dauphin, qui n'en avait que huit. Quelque répugnance que cette différence d'âge pût lui inspirer, le désir de la paix et l'horreur des divisions qui l'avaient tant affligée sous le règne de son père l'y faisaient consentir. Ainsi l'on ne peut douter qu'une aussi grande affaire fût entièrement à la disposition du roi, mais elle n'entrait pas dans sa politique et sa première pensée fut de diviser cet immense héritage, d'en réunir à son domaine la meilleure partie et de distribuer le reste à ses généraux. Il le déclara positivement, dès le premier instant, à ceux qui l'entouraient ; et tous les ordres qu'il donna ont été la conséquence de cette première résolution. Au reste, on ne saurait nier que ce plan, qui depuis longtemps était le principal but de sa politique, ne fût alors d'une exécution facile. Peut-être que plus tard, lorsqu'il vit le fils de l'empereur prêt à lui ravir une aussi riche proie, éprouva-t-il quelques regrets. Mais il n'était plus temps ; le développement de ses projets ambitieux avait révolté tous les esprits ; et la princesse, qui venait de voir périr deux de ses plus fidèles serviteurs par suite d'une perfidie du roi ne pouvait plus donner sa main qu'à l'archiduc Maximilien. Ainsi Louis XI, par de faux calculs d'ambition ou peut-être de haine contre la maison de Bourgogne, avait lui-même tout fait pour amener cette alliance avec l'Autriche, qui devait causer tant de maux à la France. Il parut s'apercevoir de cette faute lorsqu'il voulut ensuite faire épouser par le Dauphin la fille de Marie ; mais l'occasion n'était plus la même, et Marguerite d'Autriche n'apportait pas en dot la riche succession de Bourgogne. La mort de Charles le Téméraire n'offrit donc à Louis qu'une occasion de s'emparer par la violence de ses vastes domaines. Ses armes firent de grands progrès en Flandre et en Picardie. Beaucoup de places se rendirent sans combattre : d'autres opposèrent quelque résistance ; et, selon sa coutume, il usa envers celles-ci d'une rigueur d'autant plus blâmable que leur tort était de se montrer fidèles au souverain légitime. Il changea jusqu'au nom d'Arras, qu'il nomma Franchise ; et les habitants de cette ville les plus honnêtes et les plus considérables furent livrés au prévôt Tristan qui leur fit trancher la tête ; les autres furent dispersés, et l'on donna leurs biens à des aventuriers. Un peu plus tard, ceux d'Avesne, de Condé et de Mortagne furent traités d'une manière aussi cruelle. Une lettre de l'empereur fit alors connaître au roi que ce prince était décidé à soutenir la cause de son fils ; et Maximilien reçut en effet des renforts, avec lesquels il ne tarda pas à se mettre en campagne. De son côté, Louis n'avait rien négligé pour être en mesure de défendre ses conquêtes ; et tandis qu'il avait cimenté son alliance avec l'Angleterre, il en avait formé de nouvelles en Allemagne, en Suisse et en Italie. En même temps il avait augmenté le nombre de ses troupes, et toutes ses places étaient dans le meilleur état de défense. Actif et vigilant, ses ennemis ne le prirent jamais au dépourvu. Si une telle prudence exigeait beaucoup de soins et d'argent, il faut avouer qu'elle épargna souvent le sang des soldats ; et, comme l'a dit l'historien Molinet, il est bien vrai que Louis aima toujours mieux perdre dix mille écus que de risquer la vie d'un archer ; ou, ce qui est plus probable (car on ne peut pas, de bonne foi, faire honneur d'une pareille réserve à son humanité), il savait que les chances de la guerre sont incertaines, que ses pertes sont irréparables, mais que rien n'est plus facile à un souverain que de recouvrer les sacrifices d'argent. Cependant ses dépenses furent telles, à cette époque, que le parlement crut devoir y mettre une opposition, comme il avait déjà fait en 1470 pour les aliénations du domaine. Cette cour fit une remontrance, dont on ne voit pas que Louis ait tenu beaucoup de compte. Il était alors occupé d'un procès qu'il venait d'intenter à la mémoire de Charles le Téméraire, devant la cour des pairs, pour crime de félonie, offrant des sauf-conduits à son gendre et à sa fille, afin qu'ils pussent venir le défendre en personne, ou envoyer des fondés de pouvoirs. A leur défaut, il nomma d'office des avocats au défunt ; et les siens, remontant jusqu'aux ancêtres de Charles, outragèrent indignement leur mémoire, récapitulèrent tous les torts de ce duc et vantèrent la bonne foi et le désintéressement du roi, dont le seul but dans ce ridicule procès, était évidemment de confisquer à son profit les domaines du défunt. Mais ces domaines étaient désormais dans les mains d'un jeune prince qui pouvait les défendre. Maximilien, après avoir repris Cambrai, venait d'obtenir sur les généraux de Louis XI, à Guinegate, une victoire importante, mais qui ne fut pas décisive. C'est dans cette campagne que, le duc d'Autriche ayant violé les lois de la guerre les plus sacrées en faisant pendre un officier français qui avait eu le courage de résister pendant trois jours à toute son armée avec une seule compagnie, le roi se vengea de cette infamie d'une manière inouïe jusqu'alors. Le prévôt Tristan reçut ordre de choisir cinquante des prisonniers les plus considérables, et il en fit pendre dix sur la place où l'officier avait été exécuté, dix autres devant Douai, dix devant Saint-Omer, dix devant Lille, et dix devant Arras. Cette guerre traîna encore en longueur plusieurs années, et fut mêlée de succès et de revers. Les généraux français, qui d'abord avaient éprouvé des échecs en Franche-Comté, prirent leur revanche l'année suivante (1479), et ils s'emparèrent d'Auxonne, de Dôle, etc. Le roi vint lui-même à Dijon ; et il y établit un parlement, un hôtel des monnaies, y fit de grandes promesses à ses nouveaux sujets, et gagna pour toujours ce pays à la France. D'un autre côté, il conservait en Flandre et en Picardie la plupart de ses conquêtes ; mais craignant de les perdre par la prolongation de la guerre, il aurait voulu se les assurer par un traité de paix. Il essaya de faire entrer dans ses vues le cardinal de la Rovère, envoyé du pape auprès des souverains de l'Europe pour les engager à se réunir contre Mahomet II, qui menaçait d'envahir l'Occident. Il est probable que le roi n'avait aucune envie d'entrer dans une pareille croisade ; mais il s'en servit habilement pour faire déposer les armes à Maximilien, en lui proposant de proroger la trêve tant que les infidèles seraient en Italie, « afin, dit-il, que je puisse servir Dieu et Notre-Dame contre le Turc ». Lorsque cette trêve fut arrêtée, on voulut ouvrir des négociations de paix ; mais la défiance était si grande, que les négociateurs, ne pouvant pas convenir du lieu où ils se réuniraient, communiquèrent par correspondance de Lille à Arras. « Ils vous mentent bien, écrivait aux siens Louis XI, mentez bien aussi ». Tous ces mensonges n'amenèrent rien de décisif. Mais le roi d'Angleterre ayant fait comprendre à Maximilien que, Louis étant près de sa fin, il ferait mieux d'attendre, les opérations militaires cessèrent de part et d'autre. En effet, dès le commencement de 1481, Louis avait éprouvé une attaque d'apoplexie ; et les approches de la mort ajoutant à son caractère inquiet et soupçonneux, il ne s'occupait plus que de ses terreurs. Renfermé dans son château de Plessis-les-Tours, il s'y rendait inaccessible. Un fossé large et profond fut creusé tout autour. On n'arrivait à la porte qu'après avoir passé sur deux ponts-levis, et cette porte ressemblait au guichet d'une prison. Toutes les murailles étaient hérissées de longues pointes de fer ; et quatre cents archers, qui veillaient jour et nuit autour de cette effrayante demeure, avaient ordre de tirer sur tous ceux qui en approchaient sans permission. Ne voulant pas paraître si près de sa fin, et craignant de faire connaître l'altération de son visage, le roi ne se montrait plus au public que de très loin et magnifiquement habillé ; ce qui contrastait singulièrement avec sa simplicité habituelle. C'était dans la même intention qu'il publiait chaque jour de nouveaux règlements, qu'il ôtait ou donnait des emplois, qu'il adressait à ses ministres, à ses ambassadeurs et au parlement des lettres très fermes et très impérieuses. :: Biographie de Louis XI - Partie 1/7 - Partie 2/7 |
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