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LOUIS XI
(né le 3 juillet 1423, mort le 31 août 1483) Roi de France : règne 1461-1483 Partie 5/7
Mais au milieu de ses chagrins et de sa dévotion vraie ou simulées, il ne perdit pas de vue ses intérêts. Au premier avis du danger de son frère, il fit marcher des troupes vers la Guyenne ; et dès que Charles eut fermé les yeux il prit possession de ses États, pendant que le duc de Bourgogne, en fureur, le proclamait un assassin, et déclarait dans un manifeste qu'après s'être défait de son frère par poisons, maléfices, sortilèges, Louis venait de séduire trois jeunes seigneurs de sa cour pour l'assassiner. Le monarque répondit par des allégations à peu près semblables ; et, pour les appuyer par des faits, il fit arrêter un marchand bourguignon nommé Hardi, que l'on accusa d'avoir cherché à suborner deux valets du roi afin d'empoisonner leur maître, et qui un peu plus tard, fut écartelé en place de Grève. Les invectives si indignes d'aussi grands souverains devaient amener des événements encore plus déplorables.
Pendant ce temps, le roi tenait en échec le duc de Bretagne ; et lorsqu'il eut forcé ce prince d'accepter une trêve, le duc de Bourgogne, dont tout le triomphe se bornait à des ravages et qui n'avait plus à parcourir qu'un pays ruiné, fut obligé de consentir à des conditions semblables. Cette trêve n'était que de trois mois ; mais elle fut prolongée, beaucoup plus par le besoin et l'épuisement des parties que par leur désir de rester en paix. A peine un traité était-il signé qu'on songeait à le rompre ; et lorsqu'on ne pouvait plus combattre, on cherchait à nuire à ses rivaux par d'autres moyens. Telles étaient les mœurs et la politique du XVe siècle. Si la bonne foi fut alors bannie de la terre, on ne peut pas dire qu'elle se fût réfugiée dans le cœur des princes. Le roi d'Aragon n'avait pas été compris dans ces arrangements, quoiqu'il eût pris part aux hostilités contre Louis XI, et qu'il eût voulu se libérer ainsi des trois cent mille écus qu'il devait à ce monarque. Louis, qui désirait, de son côté, recouvrer cette somme, même en gardant le Roussillon, qui en était le gage, dirigea une armée contre Perpignan ; mais ses généraux ne purent enlever cette place. Le monarque aragonais s'y était établi en personne, et lui seul la défendit par son exemple. Louis fit encore, l'année suivante, marcher des troupes de ce côté ; et profitant d'un moment de sécurité qu'il avait su inspirer au roi d'Aragon, il surprit ses frontières sans défense et livra le pays aux plus affreux ravages. Je vous donne la dépouille de tous ces révoltés, écrivait-il à son général Boutile ; et afin que d'ici à vingt ans il n'en retourne nul, faites leur trancher la tête. Heureusement Boutile était un homme de bien ; il demanda grâce pour ces malheureux, et le roi l'écouta. Cette guerre fut terminée par un traité le 17 septembre 1472 : Louis reçut une partie de son argent, et resta maître des provinces engagées. C'est vers la même époque qu'il envoya le cardinal Jouffroy contre le comte d'armagnac, qui, après avoir fait dans Lectoure une vive résistance, périt victime du plus horrible assassinat. Le roi méditait depuis longtemps cette vengeance : mais il n'en avait pas trouvé l'occasion ; car, dit Mézeray, « il n'omettait jamais de se venger, sinon lorsqu'il en appréhendait de dangereuses conséquences ». Il ne faut cependant pas croire, avec cet historien, que Louis XI ne cherchât jamais qu'à satisfaire un vil ressentiment. Il est évident qu'après le règne du trop facile Charles VII, où tous les ressorts de l'autorité s'étaient relâchés, son successeur fut obligé d'user d'une grande rigueur. L'inflexibilité avec laquelle il fit périr un si grand nombre d'ennemis de son pouvoir était sans doute dans son caractère ; mais on doit avouer que la monarchie avait alors besoin d'être soutenue par une main aussi ferme. Ce prince régnait depuis quatorze ans, et il n'avait pas cessé de lutter contre ses vassaux, contre ses sujets, et contre des voisins puissants et ambitieux, prêts à se partager ses dépouilles. Mais son activité et la fermeté de ses résolutions avaient donné à sa puissance, au dedans comme au dehors, une force et une stabilité telles, que désormais rien ne pouvait l'ébranler. Enfin il était, à cette époque, dans la plus heureuse position pour mettre à profit toutes les chances qu'allait lui offrir la fortune, toutes les fautes qu'allaient faire ses ennemis. Il faut avouer qu'à cet égard il fut plus heureux qu'il ne pouvait l'espérer, et que le plus redoutable de ses adversaires, le duc de Bourgogne, fit, par haine pour sa personne, au delà de tout ce qu'il pouvait attendre. Ce prince, entraîné par l'ambition la plus insensée, prétendait ressembler à Annibal, et il s'efforçait en tout point d'imiter ce grand capitaine ; mais au moment où il marchait à la conquête du monde, il fut arrêté, à son passage des Alpes, par des paysans suisses qu'il avait méprisés, et que le roi de France aidait secrètement. Ces braves Helvétiens firent éprouver de sanglantes défaites à leur téméraire agresseur, qui avait déjà essuyé un pareil échec devant la petite ville de Nuyts. Ces expéditions du duc de Bourgogne étaient d'autant plus folles que pendant ce temps le roi d'Angleterre, Édouard IV, son allié, descendait en Picardie avec la plus belle armée que les Anglais eussent encore fait débarquer sur le continent. L'indignation de ce prince fut extrême lorsqu'il vit que le duc ne venait pas se réunir à lui comme ils en étaient convenus ; et le roi de France profita habilement de cette circonstance pour entrer en négociation avec Édouard. Persuadé qu'il arriverait mieux à son but par des séductions que par la force des armes, Louis épuisa ses trésors, fit des emprunts de tous côtés, et combla de ses largesses les ministres, les conseillers, les soldats, et le monarque lui-même, qui reçut un présent de cinquante mille écus. C'était bien peu pour la couronne de France qu'Édouard avait réclamée dans son manifeste. Louis promit de lui payer une pareille somme chaque année, et de marier le Dauphin avec une princesse anglaise : il prit encore beaucoup d'autres engagements, que son intention n'était sans doute pas de tenir ; car son système, bien arrêté par son goût autant que par les avis de Sforce, était qu'en pareil cas il faut donner ce qu'on n'a pas, et promettre ce qu'on ne peut pas donner. Enfin il fit si bien, qu'en moins d'un mois toute cette expédition rentra dans les ports d'Angleterre, et qu'Édouard fut son pensionnaire et son allié. Après avoir éloigné avec tant de bonheur ce redoutable ennemi, Louis eut bon compte du duc de Bretagne, et même du duc de Bourgogne, dont les embarras augmentaient de jour en jour par ses téméraires entreprises. Ces deux princes conclurent encore une trêve à la fin de 1475 ; c'était la septième depuis quatorze ans. Dans celle-ci, comme les triumvirs romains, ils se sacrifièrent réciproquement leurs amis et leurs ennemis. Louis n'y fit pas comprendre le duc de Lorraine, qu'il venait d'exciter à une levée de boucliers dont Charles voulait le punir ; et, de son côté, le prince bourguignon livra le connétable de Saint-Pol, dont le roi cherchait à se venger. Pour satisfaire son ressentiment, ce prince renonça aux places de Saint-Quentin et de Ham. Le sang de cette victime fumait encore, lorsque le duc de Bourgogne, qui l'avait si indignement livrée, périt lui-même devant Nancy le 5 janvier 1477. :: Biographie de Louis XI - Partie 1/7 - Partie 2/7 |
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