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LOUIS XI
(né le 3 juillet 1423, mort le 31 août 1483) Roi de France : règne 1461-1483 Partie 4/7
Dès ce moment les deux princes semblèrent vivre en bonne intelligence ; mais le roi était surveillé et environné de gardes, moins chargés de veiller à sa sûreté que d'observer ses démarches. Ce fut ainsi qu'il partit pour Liège au milieu de l'armée bourguignonne, dont il prit les couleurs, ne conduisant avec lui qu'un petit nombre de Français. Le siège fut long et sanglant. Louis XI y courut de grands dangers ; et toujours placé sous les yeux du soupçonneux Bourguignon, il fut près d'être égorgé par les assiégés, qui avaient pénétré pendant la nuit jusque dans le quartier général. Enfin Liège fut pris, ou plutôt les habitants l'abandonnèrent pour se sauver dans les bois ; et le monarque français vit détruire sous ses yeux cette malheureuse cité dont il avait causé la ruine. Lorsqu'il eut ainsi essuyé tous les genres d'humiliation, il lui fut permis de se retirer. Tremblant encore de voir le duc changer d'avis, il lui dit en partant : « Si vous avez affaire de moi, ne m'épargnez pas ; je ne désire partir que pour aller à Paris faire publier notre appointement en cour de parlement. J'espère que nous nous reverrons l'été prochain en Bourgogne, et que nous passerons quelques jours ensemble, faisant bonne chère ». Charles ne se donna même pas la peine de cacher le mépris que ce langage lui inspirait. Mais le roi avait échappé au plus grand danger que son imprudence lui ait jamais fait courir. Il n'avait donné pour s'en tirer que des promesses, des serments, et il trouvait que c'était bien peu. Ce qui l'intéressait davantage, c'est que Chabannes lui avait conservé son armée, malgré un ordre positif de la licencier, ordre que le duc de Bourgogne lui avait fait écrire à Péronne, sous sa dictée. Son premier soin fut de l'augmenter ; et loin de faire publier en parlement son appointement de Péronne, il ne permit pas même qu'on lui en parlât et ne souffrit jamais qu'on prononçât devant lui le nom de cette ville. On raconte que, quelques habitants de Paris ayant instruit des pies et des geais à le répéter, il envoya des gens chargés de tuer ces oiseaux et d'informer contre leurs malins instructeurs. L'article du nouveau traité qui lui tenait le plus à cœur était la cession à son frère des comtés de Brie et de Champagne. Charles l'avait fait souscrire à cet arrangement, non pour l'avantage du duc de Berry, mais parce que, ces provinces touchant aux États de Bourgogne, il lui convenait d'avoir pour voisin un prince faible, qui d'ailleurs lui était dévoué et qui pourrait au besoin lui ouvrir le chemin de la capitale. Le roi, qui avait pénétré ces motifs, cherchait tous les moyens d'éluder sa promesse : n'osant pas d'abord y manquer ouvertement, il mit en usage toutes sortes de ruses pour faire accepter à son frère le duché de Guyenne, qui, en l'éloignant du prince bourguignon, devait le soustraire à son influence. Mais il fut trahi dans cette affaire par le cardinal de la Balue, qu'il avait tiré du néant pour en faire son ministre et qui depuis longtemps trafiquait de ses secrets avec le duc de Berry, le duc de Bourgogne, le pape et tous ceux qui voulaient les acheter. On surprit la correspondance de ce traître, et le roi y vit les preuves d'un grand nombre de perfidies. C'en était assez pour que le coupable fût livré au dernier supplice : mais Louis se crut obligé de montrer quelque déférence au Saint-Siège ; et il envoya au pape un ambassadeur pour le prier de nommer des juges ecclésiastiques. Le pontife, qui avait profité des perfidies de la Balue, éluda cette proposition ; et ces retards sauvèrent le cardinal, qui expia néanmoins ses crimes dans une longue et cruelle captivité. On voit ainsi que Louis XI, quelque soupçonneux et rusé qu'il fût dans sa politique, n'était pas à l'abri de tous les genres de tromperies, et que, malgré sa prétention de porter son conseil dans sa tête, il eut aussi des ministres et des favoris qui abusèrent de sa confiance, et ce furent précisément ceux qu'il osait tirés de la plus basse condition. Il est vrai qu'il leur fit payer bien cher cette témérité et qu'au moindre soupçon personne ne trouvait grâce devant lui. Les intrigues de la Balue avaient beaucoup contribué à tenir le duc de Berry éloigné du roi : dès que ce prince, bon et facile, fut livré à lui-même, le monarque en obtint tout ce qu'il voulut. Les deux frères eurent à Saintes une entrevue dans laquelle, selon l'usage de ce temps, ils se parlèrent d'abord à travers des barreaux de fer. Ce ne fut que le second jour qu'ils s'embrassèrent. Louis fit renoncer son frère à la Brie, à la Champagne et à la Normandie pour accepter la Guyenne ; et ce qui caractérise aussi bien le monarque français que les mœurs de ce siècle, il lui fit jurer sur la croix de Saint-Lô, de n'être consentant ni participant de prendre jamais la personne de Monsieur Louis, son frère, ni le tuer. Le duc promit encore de ne pas épouser la fille du duc de Bourgogne ; et ce dernier la lui ayant fait offrir secrètement quelque temps après, il n'hésita pas à en informer le roi. Son nouveau duché était un peu moins considérable qu'on ne lui avait fait espérer, parce qu'on en avait séparé des villes et des vassaux puissants ; mais rien ne put altérer alors ses résolutions pacifiques. Louis XI était encore sans enfant mâle, et le duc de Berry se trouvait ainsi l'héritier de la couronne : il est probable qu'une aussi belle perspective contribuait beaucoup à lui inspirer du calme et de la patience. Ainsi il paraissait être franchement dans les vues du roi ; et ce prince le fit même consentir à épouser Jeanne de Castille. Il fut fiancé à cette princesse mais la naissance d'un Dauphin vint changer sa position et ses sentiments. Le duc de Bourgogne ayant profité de cette circonstance pour réitérer ses offres, et le duc de Bretagne ayant en même temps insisté pour qu'il acceptât une aussi belle proposition, il ne résista plus, lia secrètement une correspondance avec ces deux princes et s'engagea bientôt par de nouveaux traités. Le roi ne tarda pas à en être informé ; et le hasard lui fit voir près d'éclater le complot le plus vaste et la ligue la plus redoutable qui eût encore été formée contre lui. Dans la frayeur que lui inspira cette découverte, il se hâta de conclure avec le duc de Bourgogne une trêve, à laquelle ce prince dut le salut de son armée, engagée témérairement sur la Somme. Depuis qu'il était sur le trône, Louis n'avait cessé d'avoir les armes à la main ; et, toujours obligé de résister à des ennemis puissants et à des ligues nombreuses, il s'était vu plusieurs fois menacé d'une ruine complète. Son frère avait été la cause ou le prétexte de toutes ces ligues, et dans ce moment il allait encore se placer à la tête d'une coalition plus formidable. C'est dans de telles conjonctures que le duc de Guyenne fut empoisonné : ce crime n'a jamais été mis en doute ; on ne varie que sur le nom de celui qui en fut l'auteur. Le roi s'efforça de paraître extrêmement affligé de cet événement ; il fit faire à son frère un service magnifique, ordonna des prières publiques, et prescrivit à cette occasion la récitation de l'Angélus à genoux, au son de la cloche de midi, ce qu'il observait lui-même très exactement. :: Biographie de Louis XI - Partie 1/7 - Partie 2/7 |
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