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LOUIS XI
(né le 3 juillet 1423, mort le 31 août 1483) Roi de France : règne 1461-1483 Partie 3/7
Aussitôt après son arrivée, la défense prit le caractère de vigueur et d'activité qu'il savait imprimer à ses opérations ; mais tout son royaume était livré a d'affreux ravages : la Normandie s'était soulevée, et Rouen venait d'être livré aux confédérés. Cependant, voyant que la monarchie pouvait être perdue par une imprudence, et ne voulant pas l'exposer aux hasards d'une bataille, il aima mieux négocier ; et, après quelques démarches inutiles, il résolut d'être lui-même son négociateur. Tout à coup on le voit entrer dans un bateau ; il aborde sur la rive opposée, où le comte de Charolais vient le recevoir, entre en pourparler avec ce prince, et consent à tout ce qu'on exige de lui. « Lorsqu'il était le plus faible, dit l'historien Chalon, il savait sur toutes choses s'accommoder au temps, faire des traités selon la volonté de ses ennemis, leur céder ses droits et ses prétentions afin de les désunir : mais quand une fois il avait rompu leur ligue et leur union, il reprenait ce qu'il avait cédé, et ne tenait rien de ce qu'il avait promis. » Louis XI recevait à cette époque de fréquents avis de F. Sforce, duc de Milan, en qui il avait une grande confiance, et qui lui avait envoyé des troupes sous les ordres de son fils. Ce duc lui conseilla positivement, dans cette conjoncture, de tout accorder pour dissiper la ligue, « sauf à ne consulter ensuite que les circonstances. » De tels principes s'accordaient trop avec le caractère de Louis pour qu'il ne se hâtat pas de les adopter. Il signa donc, le 30 octobre 1465, les traités de Conflans et de Saint-Maur, par lesquels il céda la Normandie à son frère, une partie de la Picardie au duc de Bourgogne, le comté d'Étampes au duc de Bretagne, et donna l'épée de connétable au comte de Saint-Pol. Enfin, il fit plus de concessions en tout genre que ses ennemis n'auraient osé l'espérer. Mais à peine étaient-ils séparés, qu'il protesta contre un traité arraché par la force ; profitant de quelques difficultés que le parlement fit pour l'enregistrer, il déclara hautement qu'il ne consentirait jamais que la Normandie fût démembrée du royaume ; et il fit marcher une armée vers cette province. Quelques places essayèrent en vain de fermer leurs portes, il pénétra partout de vive force ; et contre sa coutume, il se montra généreux envers ceux qui avaient tenté de lui résister ; mais afin que sa clémence ne pût pas être prise pour de la faiblesse ou de la crainte, il y mêla quelques actes de rigueur. Son frère, incapable de se défendre, s'adressa vainement au duc de Bretagne et au duc de Bourgogne, tous deux garants du traité de Conflans. Le premier avait peu de moyens de le seconder, et tout ce qu'il osa fut de le recevoir dans ses États. Le second était trop occupé contre les Liégeois que Louis aidait secrètement. Ce fut dans cette circonstance que le roi assembla dans Tours les états généraux, auxquels il exposa les torts de son frère. Ces états, qu'il avait su composer selon ses vues et devant lesquels il vint lui-même développer ses motifs, les approuvèrent tous. Après avoir déclaré que la Normandie ne pouvait pas être séparée de la France, ils offrirent pour conserver cette province toutes les ressources du royaume. Peu après la séparation des états de Tours, Louis offrit à ses peuples un leurre du même genre en créant une commission de vingt réformateurs des abus, à laquelle durent être adressées toutes les plaintes et toutes les réclamations. Mais, dit un auteur contemporain, « la plus grande œuvre de cette commission fut de soi assembler, car de toute icelle assemblée ne vint aucun profit à la chose publique ». Le duc de Bretagne, jugeant qu'il ne pourrait lutter longtemps seul contre toutes les forces du roi, signa une espèce de capitulation au moment où le duc de Bourgogne venait à son secours avec une armée. Louis XI pouvait lui livrer bataille : mais les chances en étaient douteuses ; et, en pareil cas, il aima toujours mieux se servir d'autres moyens. Cette fois il lui en coûta 120 000 écus d'or ; pour cette somme le duc lui accorda une trêve. On s'occupa ensuite d'un traité de paix. Mais Charles venait de débuter dans la carrière, et Louis avait besoin d'abaisser des vassaux trop puissants. Ainsi personne ne voulait la paix ; et les conférences se prolongèrent sans résultat. Cependant le roi, plein de confiance dans ses talents, et se laissant d'ailleurs entraîner par les flatteries de Jean de la Balue, résolut de profiter de sa supériorité sur son jeune rival, et persuadé qu'il le ferait aisément tomber dans ses pièges, il se rendit à Péronne avec un sauf-conduit et une suite peu nombreuse. On ne peut supposer que l'intention du duc fût dès lors d'abuser d'une marque de confiance aussi grande : mais le roi n'avait pas cessé d'exciter et d'aider les Liégeois dans leurs attaques contre la Bourgogne ; il envoya bien à ses agents, en partant de Paris, l'ordre de retarder une explosion, mais cet ordre vint trop tard ; et peu de temps après son arrivée à Péronne, Charles apprit que les Liégeois avaient fait une sortie et qu'ils annonçaient hautement leur alliance avec le roi de France. A cette nouvelle, le duc entre dans une extrême fureur ; il s'emporte contre le roi dans les termes les plus injurieux, le menace, l'enferme dans la citadelle, et le laisse pendant trois jours incertain du sort qu'il lui préparait. Ce fut en vain que Louis jura par la pâque-Dieu, son juron ordinaire, qu'il n'était pour rien dans cet événement ; qu'il ne portait aucun intérêt aux Liégeois, et que si Monsieur de Bourgogne le voulait, il irait volontiers avec lui mettre le siège devant leur cité. Le respect qu'inspire la royauté, l'horreur d'un meurtre qui eût révolté l'Europe entière, purent seuls lui sauver la vie. Livré à mille projets divers, Charles était dans la plus vive agitation. Marchant dans son appartement, ne se déshabillant pas même pendant la nuit, tantôt il voulait mettre le duc de Berry sur le trône de France, tantôt il voulait s'y placer lui-même. Le roi, qui connaissait tout le danger de sa position, conservait le calme dont il avait besoin. Ne pouvant parler au duc, et ne voyant que les personnes qui lui venaient de sa part, il n'oublia rien pour les mettre dans ses intérêts. Ce fut par elles, et surtout par Comines, qu'il apprit ce qui se passait chez ce prince, et qu'il fit dire ce qu'il lui importait de communiquer. Enfin, le quatrième jour, Charles se rend dans la prison du monarque, et l'abordant d'un air brusque il lui demande si son intention est encore de l'accompagner à Liège. Le roi n'hésite pas ; et les deux souverains entrent en conférence sur la paix. C'était bien le cas pour Louis de se rappeler les conseils de Sforce. Il consentit à tout ; on rédigea un traité, et il jura de s'y soumettre sur la croix de Charlemagne. Les conditions en étaient telles que, malgré sa résignation, il ne put s'empêcher de se récrier sur quelques-unes ; à quoi les agents du duc répondaient : Monseigneur le veut, ainsi l'a ordonné ; et il signait. Il offrit même des otages qui « acceptèrent hautement », dit Comines ; « mais je ne sais, ajoute cet historien, s'ils disoient ainsi à part ; je me doute que non ; car il les y eût laissés ». :: Biographie de Louis XI - Partie 1/7 - Partie 2/7 |
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