Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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LOUIS XI
(né le 3 juillet 1423, mort le 31 août 1483)
Roi de France : règne 1461-1483
Partie 2/7

Louis venait à peine de jurer à son sacre de ne point augmenter les impôts, qu'il en établit de très considérables : les habitants de Reims, qui avaient été témoins de sa promesse, furent les premiers à se révolter ; il fit écarteler le chef de la rébellion, et l'on trancha la tête à six de ses complices. Angers, Alençon, Aurillac, où s'étaient manifestés de semblables troubles, virent de pareilles exécutions ; et la paix fut rétablie. Le roi visita ensuite le midi de son royaume ; et, en passant à Tours, il reçut l'hommage du duc de Bretagne, qui vint dans cette ville avec une suite brillante.

Ce fut alors que Louis institua le parlement de Bordeaux. S'étant avancé sur la frontière d'Espagne, il prit la défense du roi d'Aragon, usurpateur du royaume de Navarre, lui prêta cent mille écus, reçut de lui une cession du Roussillon et de la Cerdagne, et fit marcher ses troupes contre les peuples de la Catalogne, qui furent réduits après de sanglants combats.

L'année suivante, il entra en négociation avec Henri IV, roi de Castille, qui le prit pour arbitre de ses différends avec le roi d'Aragon et ses peuples révoltés. La décision de Louis ne satisfit aucun parti ; et les troubles se renouvelèrent, comme l'avait probablement prévu ce prince ; car c'est dans son siècle, et surtout par lui, qu'a commencé en Europe cette cruelle politique qui consiste à prolonger les haines des partis opposés pour qu'ils puissent se combattre plus longtemps et s'affaiblir davantage.

Les deux monarques avaient conclu leurs arrangements ; et tous deux étaient également décidés à ne pas les tenir, lorsqu'ils eurent une entrevue sur la Bidassoa. Henri s'efforça d'y paraître de la manière la plus brillante ; et Louis s'y montra fort négligé, selon sa coutume : « car il se mettait si mal, dit Comines, que pis ne pouvait. » Le Castillan lui inspira une sorte de mépris par sa figure ignoble et son peu d'esprit ; et tous deux se séparèrent mécontents l'un de l'autre.

Mais si le roi de Castille fut peu satisfait du monarque français, il n'en fut pas de même de ses ministres et de ses courtisans ; Louis les combla de présents, et gagna par ses largesses tous ceux qui pouvaient le servir dans ses projets. C'est ainsi qu'il ne manqua jamais une occasion de se ménager dans toutes les cours des créatures et des agents qu'il payait fort cher, auxquels il donnait lui-même des instructions, et dont il suivait la correspondance, de peur d'être trahi.

Son séjour dans les États du duc de Bourgogne l'avait mis à portée de gagner quelques serviteurs de ce prince ; et il fit longtemps des pensions à plusieurs d'entre eux, entre autres à Jean de Croy, favori de Philippe le Bon, qui le servit à merveille dans son acquisition des places de la Somme. Toutes ces prodigalités, ostensibles ou secrètes, étaient fort onéreuses pour l'État ; mais, d'un autre côté, le roi se montrait dans sa personne et dans sa maison le plus simple et le moins prodigue des souverains. Cependant il avait doublé les impôts, et il voulut même établir à son profit, dans les domaines du duc de Bourgogne, une gabelle semblable à celle qui se percevait dans ses propres États.

C'est à cette occasion que Philippe lui envoya le sire de Chimay, qui lui dit hautement qu'un prince aussi puissant que l'était son maître devait être traité avec plus de considération. « Eh ! quel homme est-ce donc que ce duc ? demanda le roi. Est-il d'un autre métal que les autres princes de mon royaume ? - Oui, sire, répliqua Chimay ; s'il n'avait été de meilleur acier et plus dur que les autres, il ne vous eût pas retiré et défendu cinq ans contre les menaces d'un grand roi, la terreur de l'univers, tel qu'était monseigneur votre père. » Louis s'éloigna sans rien dire, et il ne fut plus question de la gabelle.

Dans le même temps, François II, duc de Bretagne, se voyait de plus en plus harcelé par les prétentions du roi. Après l'avoir fait juger par une espèce de commission, Louis, s'étant rendu avec une armée sur la frontière de Bretagne, lui intima défense de s'intituler duc par la grâce de Dieu, de frapper monnaie en son nom, de faire des levées d'hommes, et enfin d'exiger un serment de ses sujets.

C'était lui déclarer la guerre : François n'y était point préparé. Selon l'usage de la faiblesse, il eut recours à une soumission apparente, et redoubla en secret d'efforts pour soulever contre le roi toutes les haines et tous les intérêts. D'après l'inquiétude que les projets de Louis XI avaient déjà fait naître chez la plupart des grands vassaux et des souverains, le duc n'eut pas de peine à leur faire comprendre qu'ils devaient prévenir par une attaque simultanée les projets de leur ennemi commun, et que sans cela ils ne pouvaient manquer d'être ses victimes.

Il parvint ainsi à former une ligue dans laquelle entrèrent successivement les ducs de Calabre, de Bourbon, de Lorraine, d'Alençon, de Nemours, de Bourgogne, et enfin le duc de Berry, frère du roi, dont celui-ci avait semblé prendre à tâche de faire un mécontent en lui refusant un apanage, et en le tenant auprès de lui dans une espèce de captivité. Ce jeune prince, d'accord avec les confédérés, réussit à s'évader au moment de l'explosion ; et il devint le prétexte et le chef apparent de cette redoutable confédération qui prit le nom de ligue du bien public.

Louis recevait depuis longtemps des avis sur ces menées et ces projets ; et il chercha vainement à conjurer l'orage. Redoutant surtout le duc de Bourgogne, il lui envoya son chancelier Morvilliers, qu'il chargea de repousser une accusation dont toute l'Europe avait retenti, et selon laquelle le roi aurait tenté de faire enlever le duc de Bourgogne et le duc de Charolais par un certain Rubempré, que ces princes tenaient en prison. Les explications de Morvilliers furent loin de les satisfaire ; et le ton d'aigreur et de menace qu'il prit ne fit qu'ajouter au ressentiment de Philippe, qui depuis longtemps résistait avec peine à son fils, impatient de combattre ; dès lors il n'hésita plus à se joindre à la coalition, et fut le premier à faire marcher des troupes sous les ordres du comte de Charolais.

Louis XI était à Poitiers lorsqu'il apprit que ce prince s'approchait de Saint-Denis, rendez-vous général. Il envoie aussitôt des ordres à Paris pour que l'on y fasse une bonne défense, et il entre dans le Berry avec 14 000 hommes. Après avoir soumis cette province, il réduit l'Auvergne, le Bourbonnais, et se dirige vers la capitale.
Louis XI et son armee
Louis XI et son armée, par Martial d'Auvergne
Les Bourguignons, repoussés par les habitants dans plusieurs attaques, impatients de ne pas voir le duc de Bretagne, venaient de passer la Seine pour aller au-devant de lui, lorsque le roi les rencontra dans la plaine de Montlhéry, et leur livra bataille le 16 juillet 1465.

On combattit avec un acharnement qui rendit la perte considérable de part et d'autre. Les deux chefs se montrèrent très braves ; le Bourguignon, impétueux et téméraire, fut grièvement blessé ; le roi le fut légèrement ; il donna ses ordres avec calme et présence d'esprit, et contribua beaucoup au succès de cette journée ; car ce fut bien pour lui une victoire, puisqu'il n'avait d'autre but que d'arriver à Paris, et qu'il entra le lendemain dans cette ville, tandis que le comte de Charolais ne quitta pas le champ de bataille, faute de pouvoir faire un seul mouvement.

L'entrée du roi dans sa capitale se fit aux acclamations de tout un peuple, non moins ivre de ses succès que de ceux du monarque. Louis récompensa un si grand zèle par une légère diminution d'impôts, et en prenant parmi les bourgeois un conseil par lequel il est assez probable qu'il n'avait aucune envie de se laisser conduire. Cependant, les confédérés avaient réuni leurs forces ; et ils menaçaient encore Paris, avec une armée qui devenait tous les jours plus nombreuse. Ils repassèrent la Seine ; déjà ils s'étaient emparés de Charenton et ils avaient porté l'effroi dans l'âme des Parisiens, lorsque Louis, toujours actif et infatigable revint de la Normandie, ou il était allé chercher des vivres et du renfort.

Déjà l'on était en négociation avec les ennemis pour leur ouvrir les portes de la ville. Le roi frémit du danger qu'il avait couru ; il rompit les conférences, et punit ceux dont la faiblesse ou la perfidie avait exposé sa couronne à un si grand danger. On l'a entendu dire depuis que, si les princes fussent entrés dans Paris, il ne lui serait resté d'autre ressource que de passer en Suisse ou à Milan.

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