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LOUIS IX ou SAINT-LOUIS
(né le 25 avril 1214, mort le 25 août 1270) Roi de France : règne 1226-1270 Partie 4/4
Ces nouvelles répandirent la consternation en Europe ; le pape fit prêcher une nouvelle croisade. Louis, ayant convoqué un parlement à Paris, s'y présenta portant dans ses mains la couronne d'épines de Jésus-Christ, et il retraça le tableau des malheurs de la terre sainte. Le pieux monarque prononça de nouveau le serment d'aller combattre les infidèles. Plusieurs princes de sa famille, plusieurs seigneurs suivirent son exemple ; mais les souvenirs de la croisade précédente vivaient encore dans les esprits et réveillaient plus de tristesse que d'enthousiasme. Joinville va jusqu'à dire que ceux qui conseillèrent au roi de se croiser une seconde fois « péchèrent mortellement » ; et, quelque attaché qu'il fût à la personne du monarque, il refusa de le suivre dans cette nouvelle expédition, aimant mieux, dit-il, rester dans ses domaines pour y réparer les malheurs causés par son éloignement. Cependant Louis se disposait à partir, et s'occupa d'assurer la tranquillité de son royaume pendant son absence. Il voulut surtout compléter la législation qu'il avait donnée à ses peuples, et ce fut alors, si l'on en croit certains historiens, qu'il publia l'ordonnance connue sous le non de pragmatique sanction, par laquelle il rendit aux abbayes et aux cathédrales le droit d'élire leurs évêques ou abbés, réprima les entreprises du clergé sur l'autorité séculière, et le droit que s'arrogeaient les papes d'établir des impôts sur les églises de France. Bossuet trouve dans celle célèbre ordonnance les vrais principes des libertés gallicanes. On croit que Louis IX publia dans le même temps le recueil d'ordonnances que nous avons sous le nom des Établissements de Saint-Louis. C'est un monument précieux, dont l'idée lui avait été suggérée par les Assises de Jérusalem, qu'il avait connues pendant son séjour en Palestine, et d'où il en avait apporté les premières copies. Les préparatifs de la croisade étant achevés, Louis IX fixa les droits de ses enfants à son héritage, nomma pour gouverner pendant son absence l'abbé de Saint-Denis et le comte de Nesle ; leur substitua en cas de mort l'évêque d'Évreux et le comte de Ponthieu, et s'embarqua de nouveau à Aigues-Mortes en 1270, accompagné de ses trois fils, avec une armée de 60 000 hommes et une flotte de 1 800 vaisseaux. Charles d'Anjou, roi de Naples, qui devait réunir ses forces à celles du roi de France, avait fait décider qu'on attaquerait le royaume de Tunis. La flotte se dirigea vers les côtes d'Afrique, et aborda près de l'ancienne Carthage ; l'armée débarquée sur ce point attaqua d'abord les troupes de Tunis ; mais comme on résolut d'attendre l'arrivée de Charles d'Anjou, l'ardeur du climat et la contagion eurent le temps de faire de grands ravages parmi les croisés. Louis tomba malade, et les progrès du mal furent si rapides que l'on désespéra bientôt de sa vie. Ce fut alors que ce prince traça pour son successeur cette belle instruction sur les devoirs des rois, rapportée tout entière par Joinville. Cette pièce mémorable est d'un chrétien austère et du plus sage des monarques ; les philosophes n'ont rien exigé de plus de ceux qui gouvernent ; mais quelle différence entre des écrivains sans autorité et le souverain qui ne conseillait que ce qu'il avait lui-même pratiqué ? Au milieu de ses souffrances, Louis IX songeait surtout aux dangers de son armée : « O Dieu, s'écriait-il, ayez pitié de ce peuple qui m'a suivi sur ce rivage ; conduisez-le dans sa patrie ; faites qu'il ne tombe pas entre les mains de vos ennemis, et qu'il ne soit pas contraint de renier votre saint nom. » Lorsqu'il sentit que sa fin approchait, il se fit mettre sur un lit de cendres, et les bras croisés sur la poitrine, les yeux levés au ciel, il expira le 25 août 1270, après avoir fait entendre ces paroles : « Seigneur, j'entrerai dans votre maison ; je vous adorerai dans notre saint temple, et je glorifierai votre nom. » Au moment où il rendait le dernier soupir, Charles d'Anjou arrivait devant Carthage ; il traversa l'armée, qui dans un morne silence pleurait la mort de son chef. Après avoir remporté quelques avantages sur les musulmans, on fit la paix avec le roi de Tunis, et l'armée rapporta en France les tristes restes d'un monarque regretté de l'Europe entière : ils furent d'abord déposés à Notre-Dame de Paris ; le roi Philippe le Hardi les porta ensuite lui-même sur ses épaules jusqu'à Saint-Denis. On croit que son cœur fut déposé à la Sainte-Chapelle de Paris, où on a cru l'avoir retrouvé en 1844. Cette découverte donna lieu à une vive discussion parmi les érudits français. Louis IX avait eu de Marguerite, qui lui survécut, onze enfants, dont huit seulement parvinrent jusqu'à l'âge de majorité, quatre filles et quatre fils : Philippe le Hardi, son successeur, Jean Tristan, comte de Nevers, qui mourut en Afrique ; Pierre, comte d'Alençon ; Robert, comte de Clermont, duquel descendent les Bourbons, qui, plus de trois siècles après montèrent sur le trône dans la personne de Henri IV. Louis IX fut canonisé en 1297 par le pape Boniface VIII. Louis XIII obtint de la cour de Rome qu'on célébrerait sa tête dans toute l'Église le 25 août. La vie de Saint-Louis a été écrite par son fidèle ami le sénéchal de Champagne, et par Guillaume de Nangis, son confesseur. Avant la Révolution, l'Académie française faisait prononcer chaque année, au 25 août, un panégyrique de Saint-Louis, et cet usage avait été repris sous la restauration. Louis IX est celui des rois de France qu'on a le plus loué et qui méritait le plus de l'être. Parmi ses vertus on doit surtout remarquer cette passion pour la justice qui l'anima constamment, ce respect pour la vie des hommes dont il donna tant d'exemples au milieu des dangers, et qu'on trouve si rarement chez les maîtres de la terre. Joinville, le compagnon de ses travaux et le confident de ses pensées, dit, en commençant son histoire : « Ainsi comme Dieu est mort pour tout son peuple, aussi semblablement a mis le bon roi Saint-Louis, son corps en danger et aventure de mort pour le peuple de son royaume. » Ce qui n'intéressait que lui ne pouvait l'émouvoir ; ce qui intéressait la religion et le bonheur des peuples l'élevait au-dessus de toute crainte et de toute considération. Dans les circonstances où la justice ordinaire cède aux intérêts de l'État, il ne consulta jamais que sa conscience, et cette probité scrupuleuse a frappé le monde d'une si profonde admiration, que les publicistes les plus hardis n'ont pas encore osé juger ses actions par des règles contraires à l'équité qui les lui inspira. « Louis IX, dit Voltaire, paraissait un prince destiné à réformer l'Europe, si elle avait pu l'être ; il a rendu la France triomphante et policée, et il a été en tout le modèle des hommes. Sa piété, qui était celle d'un anachorète, ne lui ôta point les vertes royales ; sa libéralité ne déroba rien à une sage économie ; il sut accorder une politique profonde avec une justice exacte ; et peut-être est-il le seul souverain qui mérite cette louange. Prudent et ferme dans le conseil, intrépide dans les combats sans être emporté, compatissant conne s'il n'avait jamais été que malheureux, il n'est guère donné à l'homme de pousser la vertu plus loin. » On a reproché à Saint-Louis les deux croisades dont il fut victime. Les revers dont ces expéditions furent accompagnées n'ont point permis à la postérité d'apprécier les vues politiques qui, dans ces guerres lointaines, se trouvent mêlées aux idées religieuses. Si ces entreprises avaient réussi, l'Égypte serait devenue une colonie française et chrétienne ; on aurait vu s'établir une communication facile entre l'Europe et l'Asie, et le nom de Saint-Louis serait peut-être de nos jours béni sur les côtes d'Afrique, comme il l'est chez tous les peuples chrétiens. :: Biographie de Louis IX - Partie 1/4 - Partie 2/4 - Partie 3/4 |
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