Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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LOUIS IX ou SAINT-LOUIS
(né le 25 avril 1214, mort le 25 août 1270)
Roi de France : règne 1226-1270
Partie 3/4

Le monarque déploya dans sa prison toutes les vertus d'un chrétien, et l'excès de l'abaissement et du malheur ne l'empêcha jamais de parler en roi. Lorsque le sultan du Caire offrit de lui rendre sa liberté pour 8 000 besants, il répondit qu'un roi de France ne se rachetait pas pour de l'argent, qu'il donnerait la ville de Damiette pour sa personne, et les 8 000 besants d'or pour son armée.

Enfin, le traité fut conclu ; mais lorsqu'on allait l'exécuter, le sultan Almoadan fut assassiné dans sa tente par les mameluks. De là naquirent de nouveaux troubles pour l'Égypte et de nouveaux dangers pour Louis. Des meurtriers se présentèrent plusieurs fois devant lui ; ils furent près de massacrer ses plus fidèles serviteurs, et ils menacèrent de le tuer lui-même ; ce qui suffirait peur réfuter l'assertion des écrivains qui ont répété de nos jours, d'après un passage mal entendu de Joinville, qu'on avait proposé dans l'assemblée des chefs des mameluks d'offrir à Louis la couronne d'Égypte.

Le monarque français lassa par sa patience la fureur de ses ennemis, et les étonna par son courage ; ceux-ci, à la fin, consentirent à exécuter les traités déjà conclus, en disant qu'ils avaient affaire au plus fier chrétien qu'on eût jamais vu en Orient. Enfin le roi fut libre et s'embarqua pour la Palestine avec la reine Marguerite, ses deux frères Alphonse et Charles, et quelques croisés, reste de 35  000 qu'il avait amenés de France, et de 20 000 autres, qui étaient venus avec le comte de Poitiers.

Il séjourna trois ans et demi dans la terre sainte, attendant de l'Europe des secours qui n'arrivèrent point ; il ranimait le courage des chrétiens, faisait fortifier leurs villes, sollicitait la délivrance des prisonniers demeurés en Égypte, et soignait lui-même ses soldats malades d'une épidémie. Ce fut alors (1252) que, dans l'espérance de répandre la lumière de l'Évangile au centre de l'Asie, il envoya une ambassade au Grand Khan de Tartarie.

La nouvelle de la captivité du roi avait plongé la France dans la consternation. Louis à son départ avait prévenu tous les dangers que pouvait causer l'ambition des grands ; mais il n'avait pas songé aux égarements de la similitude ; une foule de bergers de laboureurs, d'hommes de la lie du peuple, auxquels se joignirent, sous le nom commun de pastoureaux, des vagabonds, des brigands, sous prétexte de voler au secours du roi de France, troublèrent la tranquillité du royaume.

Ces désordres furent apaisés par la régente, qui soupirait après le retour de son fils, le sollicitait sans cesse de revenir, et mourut sans le revoir. Louis IX, en apprenant la mort de sa mère (1252) ne put retenir ses larmes, et se jetant à genoux devant l'autel de sa chapelle : « O mon Dieu, s'écria-t-il, il est bien vrai que j'aimais ma mère plus que toutes les autres créatures ; mais que votre volonté soit faite, et que votre nom soit béni. » Peu de temps après il s'occupa de regagner la France.

S'étant embarqué au port d'Acre le 24 avril 1254, il débarqua aux Iles d'Hyères le 10 juillet, et arriva le 5 septembre à Vincennes. Partout on se réjouissait, on pleurait de joie sur son passage. Il signala son retour par plusieurs ordonnances, au nombre desquelles on doit remarquer celle qui défendait la guerre entre particuliers, celle qu'il fit contre la corruption des juges, et celle enfin par laquelle il organisa les corps de métiers.

Ce fut quelques mois après son retour d'Égypte qu'il reçut dans sa capitale le roi d'Angleterre. Il déploya dans cette circonstance une magnificence royale, et le 25 mars 1259 il conclut amer ce prince un traité par lequel il lui rendit tout ce qui lui restait au delà de la Garonne, le Quercy, le Limousin, l'Agenais et une partie de la Saintonge.

Un tel sacrifice ne fut arraché à Louis IX que par le plus ardent amour de la paix et du bonheur de ses sujets. « Je sais bien, disait-il, au rapport de Joinville, que le roi d'Angleterre a perdu tous ses droits par la conquête que j'ai faite ; mais je ne lui donne cette terre pour autre chose que pour mettre amour entre mes enfants et les siens. »

Sans cesse animé du désir de travailler au bonheur des Français de toutes les classes, Louis s'occupa vers le même temps de secourir les familles dont les chefs s'étaient ruinés en le suivant à la croisade, et ses sollicitudes s'étendirent sur les laboureurs qui avaient souffert par suite de la guerre sainte, ou par les troubles suscités pendant son absence. Ce bon prince avait coutume de dire : « Les serfs appartiennent à Jésus-Christ comme nous ; et dans un royaume chrétien nous ne devons pas oublier qu'ils sont nos frères. »

Louis mettait principalement tous ses soins à réparer les injustices qu'on avait commises en son nom. Il parcourait sans cesse ses États pour entendre toutes plaintes ; on le voyait souvent en été rendre lui-même la justice, soit dans le jardin de son palais, soit dans le bois de Vincennes sous un grand arbre. Un jugement par lequel il condamna le comte d'Anjou son frère ; la sévérité qu'il exerça contre Enguerrand de Coucy ; la ferme résistance qu'il opposa à d'injustes prétentions du clergé annoncent assez que, quelque grandes que fussent sa piété et sa clémence, rien ne pouvait faire fléchir sa suprême équité.

Il fonda plusieurs établissements utiles, tels que les Hôtels-Dieu de Pontoise, de Compiègne, de Vernon, et l'hospice des Quinze-Vingts, non point, comme on l'a dit, pour y recueillir trois cents gentilshommes qui avaient perdu la vue en Égypte, mais trois cents aveugles appartenant aux classes pauvres. Louis IX avait appris en Syrie qu'un prince musulman faisait transcrire des livres et tenait une bibliothèque ouverte à tous les savants ; il suivit cet exemple, ordonna qu'on transcrivit les livres qui se trouvaient dans les monastères, fit ranger ces précieux exemplaires dans une salle voisine de la Sainte-Chapelle, et il allait souvent s'y délasser des travaux du gouvernement.

Enfin c'est à sa munificence que l'on doit la fondation de la Sorbonne. La France fut sous ses sages lois aussi tranquille que l'Europe était agitée ; il fit tous ses efforts pour rétablir la concorde entre les états chrétiens, et ses traités avec l'Aragon, l'Allemagne et l'Angleterre eurent toujours pour but de converser la paix. Sa modération envers le roi d'Angleterre fut vainement blâmée par les politiques du temps, et elle n'a trouvé que peu d'approbateurs parmi les historiens ; il faut dire cependant qu'elle produisit une telle impression sur les seigneurs anglais, qu'en 1264 ils le choisirent pour arbitre des différends qu'ils avaient avec leur souverain.

Louis, n'ayant plus de guerre à redouter ni au dedans ni au dehors, s'occupa de l'éducation et de l'établissement de ses enfants. Il surveillait lui-même leurs études, se faisait accompagner par eux dans ses œuvres de charité, et leur rappelait dans ses entretiens les actions des bons rois. Ce fut vers le même temps (1261), qu'il opéra dans l'administration de la justice des réformes dont les plus importantes sont : la suppression de l'épreuve par le duel en matière civile et criminelle, et l'établissement de la justice du ressort ou d'appel.

Après avoir rempli tous les devoirs d'un monarque, il se dégoûta des grandeurs, et si l'on en croit l'histoire, il songea un moment à ensevelir le reste de sa vie dans un cloître. Sa famille le fit revenir de cette résolution ; il continua d'être roi et se consola des ennuis du trône en faisant régner avec lui la religion et la justice. On tourna quelquefois en ridicule sa tendre piété : un l'appelait le roi des frères mineurs, le roi des frères prêcheurs, le roi des prêtres et des clercs.

Toutes ces satires n'altéraient point sa douceur ; et lorsque les courtisans le blâmaient de donner trop de temps aux exercices de dévotion, il se contentait de dire : « Si j'employais ces moments à la chasse, au jeu, aux tournois, aux spectacles, on ne dirait rien. » Dans le zèle qui l'animait pour le triomphe de la religion, il ne pouvait oublier les revers qu'il avait essuyés en combattant pour elle.

Depuis son retour de la Palestine il n'avait point cessé de porter la croix, et sa plus chère espérance était de combattre encore pour la cause de Jésus-Christ. Vers l'année 1267 on apprit que Bondocdar, sultan des mameluks, ravageait la Palestine, s'emparait des places fortifiées par Saint-Louis, et qu'il menaçait d'anéantir les colonies chrétiennes d'Orient.

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