Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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HENRI IV
(né le 13 décembre 1553, mort le 14 mai 1610)
Roi de France : règne 1589-1610
Partie 8/8

Henri ne connut point l'amour pour sa première épouse, pour la belle et méprisable Marguerite de Valois ; mais il la vengea noblement d'un affront cruel que lui fit éprouver le roi son frère : il lui procura, dans la petite cour de Nérac, mille plaisirs dont elle abusa ; et lorsqu'elle eut l'imprudence de s'armer contre lui, il usa envers elle de clémence, mais sans pouvoir s'abstenir d'un trop juste dédain.

Depuis, il parut toujours ressentir pour elle une pitié mêlée de quelque tendresse. Sa passion pour la comtesse de Guiche eut longtemps le caractère le plus chevaleresque : amant infidèle, lorsqu'elle eut perdu ses charmes, il essaya de la dédommager par tous les soins de l'amitié ; mais elle ne voulut pas les accepter.

Il aima dix ans Gabrielle d'Estrées, tenta beaucoup d'aventures périlleuses pour la voir, lorsqu'elle était sous la surveillance d'un père, en fit la confidente de toutes ses pensées, goûta toujours auprès d'elle l'oubli de ses plus rudes traverses, eut le bonheur de la trouver bonne et simple, lorsqu'elle partagea sa prospérité ; il honora en elle la mère de ses enfants, et se résolut à braver les conseils de la politique, les murmures de sa cour et la censure de ses amis pour l'élever au rang de son épouse et de reine.

La mort vint frapper Gabrielle, duchesse de Beaufort, lorsque son amant allait combler tous ses vœux. Les regrets de Henri IV furent déchirants : mais il connut trop tôt l'artificieuse Henriette d'Entragues. Cette femme, qui était à la fois coquette, hypocrite, infidèle, jalouse et vindicative, fit connaître à Henri toutes les tortures d'un amour suranné et d'un lien adultère.

Il épousa, en 1600, Marie de Médicis, nièce du grand-duc de Toscane. Cette princesse ne sut point lui faire oublier ses penchants infidèles, et ne les lui pardonna jamais. Henri IV, après avoir pardonné à Henriette d'Entragues, qui fut deux fois coupable du crime de haute trahison, eut le malheur de connaître encore l'amour. Après avoir uni la fille du connétable de Montmorency au prince de Gondé, il troubla la tranquillité de son parent par les soins d'une galanterie trop empressée.

L'éclat que fit le prince de Condé, en quittant la cour et se retirant avec sa femme à Bruxelles, fournit des prétextes aux ennemis de la France et du roi, pour décrier une guerre que des griefs légitimes allaient faire entreprendre à Henri IV : il avait ménagé, pour cette grande entreprise, un trésor considérable, une belle armée ; il en avait préparé le succès par les plus grands ressorts que la politique ait jamais mis en jeu ; enfin elle devait être suivie des plus heureux résultats que la philosophie ait jamais implorés mais les ennemis de ce grand roi employèrent bientôt contre lui d'autres armes que la calomnie.

Henri IV était près de partir pour son armée ; il avait résolu de déclarer la reine Marie de Médicis régente pendant son absence, et avait formé un conseil composé d'hommes d'une foi et d'un talent éprouvés. La reine obtint de lui, par les plus fâcheuses importunités, qu'avant de partir il la fit sacrer et couronner à Saint-Denis. Le roi, pendant cette cérémonie, avait montré une tristesse que le peuple semblait partager.

Il était revenu à Paris pour y préparer l'entrée de la reine, qui devait avoir lieu le lendemain 15 mai 1610. De noirs pressentiments le poursuivaient depuis plusieurs jours. Ou lui avait souvent entendu dire : « Mes ennemis n'ont plus qu'une ressource contre moi ; ils me tueront. » En s'entretenant avec Bassompierre et le duc de Guise, qui tâchaient de dissiper sa tristesse et lui faisaient l'énumération de tous les genres de bonheur qu'il était parvenu à réunir : « Mes amis, leur dit-il, il faudra bientôt quitter tout cela : Linquenda tellus et domus. »

Après avoir passé la matinée dans un profond accablement, il annonça, vers quatre heures, la résolution d'aller voir à l'Arsenal le duc de Sully. Il monta en voiture, accompagné des ducs d'Epernon et de Monbaron, du maréchal de Lavardin, de Roquelaure, de la Fare, de Mirabeau et de Liancourt. Le duc d'Épernon était auprès de la portière ; le roi, au milieu du carrosse, dont les mantelets étaient levés.

Comme on était arrivé à la rue de la Ferronerie, le carrosse fut arrêté par deux voitures, l'une de vin et l'autre de foin ; les valets de pied travaillent à débarrasser le passage. Un assassin monte sur une roue de derrière, et frappe le roi d'un coup de couteau entre les côtes. Le roi s'écrie : « Je suis blessé ! » L'assassin redouble, porte un second coup dans la poitrine, et perce le cœur.

On cache sa mort au peuple ; on annonce seulement que le roi est blessé ; on le ramène au Louvre. La reine s'occupe de se faire décerner la régence. Le duc d'Épernon assemble le parlement, et environne de troupes le lieu de ses séances. Le corps inanimé du roi n'est gardé au Louvre que par un petit nombre de serviteurs fidèles. Cependant le peuple, encore trompé, croit que Henri existe toujours, se fait ouvrir les églises, et ne cesse, pendant toute la nuit, d'intercéder le ciel pour la conservation des jours du bon roi.

Au point du jour, les alarmes redoublent. On voit se former au parlement l'appareil d'un lit de justice. Des officiers du roi paraissaient couverts de deuil : à cet aspect, les sanglots éclatent ; les femmes courent échevelées ; la douleur s'exprime tantôt par des hurlements, et tantôt par un affreux silence.

On accuse les Espagnols ; on soupçonne la cour. Ravaillac, avant de subir le supplice dû au régicide, dicte au greffier Voisin des déclarations qu'on ne put ou qu'on ne voulut pas déchiffrer. Paris, d'un autre côté, maudissait la Ligue. Un grand nombre de personnes, en apprenant la mort du roi, éprouvèrent un saisissement qui mit leur vie en danger ; d'autres moururent subitement. Le brave de Vic, passant quelques jours après dans la rue de la Ferronerie, tomba en défaillance, en regardant la place où son roi avait été frappé, et expira le lendemain.

Henri IV mourut le 14 mai 1610, âgé de 57 ans, dans la 21e année de son règne. L'armée l'appela le Roi des braves ; l'Europe lui donna le surnom de Grand ; le peuple a coutume de le nommer le bon Henri. Son nom dit tout ce qu'un Français, tout ce qu'un guerrier, tout ce qu'un administrateur, tout ce qu'un roi doit être ; il semble qu'on lui sache gré d'avoir eu quelques faiblesses qui le rapprochent de nous : avec une perfection plus entière, on l'eût peut-être moins aimé.

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