|
|
|
|
|
|||||||||||
HENRI IV
(né le 13 décembre 1553, mort le 14 mai 1610) Roi de France : règne 1589-1610 Partie 7/8
Déjà Rosny était à la tête de ses finances : l'ordre commençait à renaître : voici un nouveau genre de prodiges. Les concussions des grands sont réprimées, les taxes militaires supprimées ; des administrateurs pleins de vigilance et d'activité succèdent à des usuriers italiens, auxquels toutes les branches de revenu du trésor royal avaient été déléguées ; d'année en année, les bons des fermes de l'État s'améliorent, les arriérés se soldent. Le roi abolit plusieurs impôts, adoucit celui de la gabelle, et remet a son peuple plusieurs million sur les tailles. Les soins principaux de Henri IV et de Sully sont dirigés vers l'agriculture. Des récoltes favorables permettent l'exportation des blés du royaume. La France, par son industrie agricole, lève sur l'Espagne des tributs plus abondants qu'elle n'en avait auparavant obtenu de Philippe II, pour prix de ses discordes, de ses fureurs et de ses crimes. « Je veux, disait Henri, que chaque laboureur de mon royaume puisse mettre la poule au pot le dimanche. » Et ce vœu est bientôt réalisé. Olivier de Serres, par les plus sages leçons que l'agriculture ait encore reçues, seconde les travaux d'un roi agriculteur. Les routes, dévastées par quarante ans de guerres civiles, sont réparées ; on en construit de nouvelles : elles sont plantées d'ormes et d'arbres fruitiers. Henri conçoit, et bientôt exécute la magnifique entreprise du canal de Briare. Il introduit dans le royaume la culture du mûrier, et prépare ainsi l'établissement de nos grandes soieries. Il crée la manufacture des Gobelins, encourage toute espèce d'industrie, et se montre pourtant ennemi du luxe. Deux colonies françaises s'établissent avec plus de sagesse que d'éclat : l'une, dans le Canada ; l'autre, dans la Guyane. Henri achève les travaux du pont Neuf, commencés par Catherine de Médicis ; bâtit le château de Saint-Germain ; embellit celui de Fontainebleau ; continue le Louvre, et commence la galerie qui joint ce palais aux Tuileries. Il fonde le collège de la Flèche, l'hôpital Saint-Louis, rétablit le collège de France, augmente de moitié les honoraires des professeurs, et fonde une chaire de mathématiques en faveur du Flamand Bertius. Il fait transporter dans la capitale la bibliothèque des rois, confinée auparavant à Fontainebleau, l'enrichit de la précieuse collection des manuscrits grecs de Médicis, et la rend publique. Il attire en France le fameux Casaubon, et veut y retenir le jeune Grotius. Juste-Lipse fut étonné de recevoir en Hollande une lettre d'invitation de ce prince, qui lui proposait une place honorable et 600 écus d'or d'appointements. Henri IV alla jusqu'à offrir, pour les fixer dans ses États, le chapeau de cardinal à Saint-François de Sales, et une charge de premier président à Antoine Favre, nés sujets du duc de Savoie. Il y fit venir, et y retint, en l'élevant à l'épiscopat, leur compatriote Pierre Fenolliet, le premier des orateurs français qui firent entendre dans la chaire une éloquence douce et insinuante. Au milieu de tant de soins bienfaisants, Henri IV garnit son arsenal, fortifie toutes ses places, et les couvre de la plus puissante artillerie qui fût alors. Quel usage fait-il d'une si vaste puissance ? Il se rend médiateur entre tous les États de l'Europe, et recommence, à cet égard, le noble rôle de Saint-Louis. C'est lui qui termine la longue guerre entre l'Espagne et les Provinces-Unies ; et il a le bonheur d'assurer l'indépendance d'une république qui, dans ses malheurs, lui avait procuré de généreux secours. Il réconcilie le pape avec une autre république (celle de Venise), et prévient une guerre qui eût pu être aussi fatale au saint siège que le schisme de Luther. La paix du royaume ne fut un moment troublée que par une imprudente attaque du duc de Savoie. Ce prince comptait sur des trahisons que lui-même avait ourdies à la cour de France, et dans lesquelles il avait engagé des seigneurs jusque-là distingués par leur amour pour le roi. Henri, par la vivacité de ses attaques, déconcerta les traîtres. Il s'empara de Montmélian, qu'on avait cru imprenable ; et bientôt la Savoie presque tout entière devint sa conquête. Fidèle à sa magnanimité, il parla de paix, lorsqu'il pouvait porter sa vengeance jusque sur le Piémont : mais il me fit céder par le duc de Savoie la Brosse, le Bugey et le pays de Gex. Peu de temps après, sa conduite fut encore plus généreuse envers le duc de Bouillon, qui lui devait tout : il entra dans Sedan, plutôt pour humilier ce prince que pour le punir, et lui rendit sa principauté. Il faut mettre au rang des titres de gloire de Henri IV les harangues aussi familières qu'éloquentes qu'il prononça dans diverses occasions, et qui produisirent autant d'effet que ses plus brillants exploita. Tout bon Français doit savoir par cœur celle qu'il prononça dans l'assemblée des notables de Rouen. Plusieurs de ses réponses au parlement de Paris, au clergé, différents seigneurs, ont le même caractère de franchise et d'énergie. Ses lettres brillent d'esprit, de sentiment et de cette fleur de chevalerie le seul genre de grâce dont les anciens ne nous aient laissé aucun modèle. Il aimait les savants, conversait avec eux moins comme un protecteur que comme un ami. Le peuple français répète et répétera toujours avec idolâtrie la chanson que ce roi si sensible composa pour Gabrielle. Nul des héros les plus vantés n'eut autant d'occasions d'exercer sa clémence ; nul ne rendit plus aimable une si haute vertu. Il avait coutume de dire : « La satisfaction qu'on tire de la vengeance ne dure qu'un moment, mais celle qu'on tire de la clémence est éternelle. » Il dit un jour au maréchal d'Estrées, en lui montrant un de ses gardes du corps : « Voilà le soldat qui me blessa, à la journée d'Aumale. En bon roi, ajouta-t-il, est comme un habile pharmacien qui compose d'excellents antidotes, avec des poisons. » Dès sa jeunesse Henri avait visité les chaumières ; et il ne s'abstint de ce plaisir ni dans ses plus rudes traverses, ni dans ses prospérités. A une époque où Philippe II et la Ligue l'environnaient d'assassins, on lui représentait le danger d'entrer sans escorte chez les paysans : « Je n'ai jamais entendu dire, reprit-il, qu'aucun roi ait été assassiné dans une chaumière. » L'on a vu l'amitié affectueuse que montra et cultiva Henri ; sa reconnaissance pour Duplessis-Mornay, qui se dévoua noblement à lui dans toutes ses traverses, l'aida de la sage sévérité de ses conseils, du puissant secours de sa plume, de la vigueur de son bras ; sa tendresse pour Givri, pour Saint-Luc ; la rançon qu'il paya, pendant sa plus grande détresse, pour délivrer Lanoue ; sa déférence pour le premier des Biron ; tous ses efforts pour arracher le fils de ce héros à de coupables intrigues ; les mots tendres et magnanimes par lesquels il tacha d'exciter en lui un repentir sincère ; les grâces dont il le combla, même après un premier crime ; les nouvelles et inutiles instances qu'il lui fit à Fontainebleau avant de le livrer à la trop juste rigueur des magistrats ; mille scènes touchantes avec Rosny ; leurs paisibles entretiens à l'Arsenal ; la force de caractère avec laquelle le roi défendit Rosny du ressentiment et des caprices d'une femme qu'il aimait éperdument ; les courtes froideurs de ces deux amis, suivies de réconciliations si cordiales, et ce mot sublime : « Relevez-vous, Rosny, on croirait que je vous pardonne. » :: Biographie de Henri IV - Partie 1/8 - Partie 2/8 - Partie 3/8 |
|
|
|
|||||||||||
|
:: HAUT DE PAGE :: ACCUEIL |
|
|||||||||||||