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HENRI IV
(né le 13 décembre 1553, mort le 14 mai 1610) Roi de France : règne 1589-1610 Partie 5/8
En vain on le conjura de profiter de la terreur des habitants pour emporter Paris dans un assaut général : il préféra un succès incomplet à un succès qui l'eût vengé trop cruellement. Après la prise des faubourgs il n'y eut plus de terme à la misère et aux souffrances des Parisiens. On fut obligé de chercher un aliment dans les ossements des morts. Cette exécrable pâture coûta la vie à quinze mille personnes. Les hôpitaux ne servaient qu'à donner une mort plus prompte. Le seuil des églises était jonché de cadavres. Henri IV versait des larmes en apprenant les progrès de la famine : « Faudra-t-il donc, disait-il, que ce soit moi qui les nourrisse ! Il ne faut point que Paris soit un cimetière ; je ne veux point régner sur des morts. » Il sollicitait pour son peuple auprès du duc de Nemours, et ce gouverneur restait insensible. La pitié se fit sentir au cœur de Gondi, archevêque de Paris. Il vint se présenter dans le camp du roi : il le trouva entouré d'une noblesse nombreuse. Comme il avait peine à percer la foule : « Cette noblesse, dit Henri, me preste bien autrement un jour de bataille. » Malheureusement l'archevêque arrivait sans aucun pouvoir de traiter avec un prince hérétique. Cette conférence n'eut d'autre résultat que de montrer la belle âme du roi : « Je ressemble, dit-il, à la vraie mère de Salomon ; j'aimerais mieux n'avoir point de Paris, que de l'avoir déchiré en lambeaux. » Il relâcha la rigueur de ses ordres, et laissa entrer dans Paris d'abord quelques charretées de vivres, ensuite des convois. Ce genre de magnanimité, sans exemple dans l'histoire, fit une profonde impression sur le cœur des Parisiens ; mais ce n'était point encore l'instant où ils pouvaient s'abandonner à leurs sentiments. Farnèse, prince de Parme, le plus heureux et le plus habile des généraux de Philippe II, s'avança de la Flandre avec une forte armée, pour secourir Paris. Henri leva le siège pour marcher à sa rencontre. Le prince de Parme sut éviter le combat ; il surprit la vigilance d'un des lieutenants du roi, se jeta sur Lagny, protégea l'arrivée d'un long train de bateaux qui venait sur la Marne, et entra en libérateur dans la ville affamée (1590). Après ce revers, que Henri ne pouvait imputer qu'à sa clémence, il fut forcé de revenir à des entreprises partielles, qui exerçaient son armée sans augmenter de beaucoup sa puissance. Il négociait au dedans et au dehors, grossissait son parti des gens de bien qui avaient tardé à le rejoindre, montrait aux catholiques le grand respect pour leur culte, trouvait dans sa pauvreté les moyens de récompenser ses plus fidèles serviteurs, ne perdait rien de sa gaieté, n'oubliait la prudence que pour la gloire ou pour l'amour, s'informait du caractère de chacun de ses ennemis, balançait par l'amitié d'Élisabeth d'Angleterre la haine aussi persévérante qu'atroce de Philippe II, et gagnait à sa cause quelques prélats et quelques curés, qui ne concevaient pas que les scandales, l'anarchie et les crimes de la Ligue fussent prescrits par la religion. Jamais il n'avait réuni plus de forces que pour le siège de Rouen. Son armée cette fois s'élevait à 40 000 mille hommes, parmi lesquels étaient 5 000 Anglais, sous le commandement du valeureux comte d'Essex. Villars, gouverneur de la place, opposa la plus habile résistance aux efforts de cette armée. La prise de quelques forts importants annonçait la soumission prochaine de la capitale de la Normandie ; nais le roi apprit que le prince de Parme arrivait en grande diligence pour délivrer Rouen, comme il avait déjà délivré Paris. Henri laisse la conduite du siège au maréchal de Biron, et va chercher le prince de Parme, qui marchait à la tête de 30 000 hommes. Le roi n'en avait avec lui que 7 000. Comme il débouchait d'Aumale, il apprit que l'armée espagnole n'était pas loin : il ne voulut pas abandonner à d'autres le soin d'aller la reconnaître. Il place 500 hommes dans une embuscade, en laisse 300 dans le fort d'Aumale, et vient, avec 100 cavaliers, braver 30 000 combattants, dont la marche était embarrassée par de nombreux équipages. Il ose charger l'avant-garde. Il est bientôt poursuivi, et s'en félicite pour le succès de son stratagème militaire, mais les 500 hommes qu'il avait placés en embuscade s'étaient repliés trop près d'Aumale. Henri bat en retraite en combattant toujours, repasse le dernier de sa troupe sur le pont d'Aumale, reçoit une blessure, ne se retire point de la mêlée, et il est enfin dégagé par les siens. Henri, pour la première fois, se reprocha son excessive bravoure. Il avait l'habitude d'appeler ce combat l'erreur d'Aumale. Pendant ce temps, Biron, chargé du siège de Rouen, éprouvait une défaite. Villars dans une sortie avait détruit les travaux des assiégeants, et encloué leurs canons. Henri voit entrer le prince de Parme dans la ville, et se contente de dire : « Nous verrons comment il en sortira », se retire vers la mer, et prend des villes en passant. Le prince de Parme, qui ne peut endurer cet affront, se met en marche pour reprendre Caudebec. Henri manœuvre avec tant d'habileté, qu'il parvient en peu de jours à couper aux Espagnols toute communication avec Rouen. Il tombe sur leur avant-garde, commandée par le duc de Guise, et lui fait éprouver une sanglante défaite. Il engage une autre action auprès d'Yvetot, contre le prince de Parme. Celui-ci, vivement attaqué dans un bois qui couvrait toute sa position, s'y défend avec autant d'habileté que de valeur ; néanmoins il est obligé de céder à l'impétuosité des royalistes. En se retirant, Farnèse reçoit une blessure dangereuse ; mais, dans la nuit même qui suivit sa défaite, il parvint à faire passer toute son armée sur deux ponts de bateaux formés à la hâte, et il regagna la Flandre. On ne sut qui l'on devait le plus admirer de Henri IV, qui avait réduit à une telle extrémité une année si puissante, ou du prince de Parme, qui avait pu sortir d'un tel danger (1592). Cependant un nouveau cours de choses se préparait. Philippe II avait trahi l'orgueil de ses prétentions : il osait réclamer le trône de France pour l'infante née de son mariage avec l'infortunée Isabelle, sœur des trois derniers rois de France. Plusieurs des seigneurs de la Ligue se souvinrent alors qu'ils étaient Français. Mayenne secondait secrètement leur opposition. Il avait perdu de son crédit sur le peuple en réprimant les Seize au milieu de leurs attentats. La Ligue renfermait dans son sein d'autres éléments de discorde, qui se développèrent au milieu d'une assemblée des états généraux formés par les rebelles. Ce fut alors que le roi manifesta le projet de rentrer dans le sein de l'Église catholique ; il avait réussi à convaincre les protestants qu'en quittant leur religion, il userait toujours de son pouvoir pour leur assurer la liberté de conscience. Cette résolution jeta un nouveau trouble dans l'assemblée des états. Les Espagnols ne purent empêcher que des conférences ne s'ouvrissent à Suresnes, entre les commissaires du roi et des prélats jusque-là dévoués à la Ligue. Henri annonça que son abjuration solennelle serait reçue à Saint-Denis. Plusieurs curés de Paris eurent le courage de s'y trouver, malgré les menaces de la Ligue. La plus grande partie des habitants suivirent cet exemple. La plaine de Saint-Denis offrit un tableau de paix et de cordialité, dont on n'avait pas joui depuis plus de quarante ans. Les Parisiens oubliaient leurs malheurs, et désavouaient les crimes de leur ville. Tous ceux qui voyaient, qui entendaient Henri IV, l'aimaient et croyaient l'avoir toujours aimé. Cependant quelques chefs de la Ligue étaient encore assez aveugles et assez barbares pour vouloir faire supporter aux Parisiens les horreurs d'un nouveau siège. Henri bloquait cette capitale, mais en montrant plus que jamais les ménagements d'un père ; il avait déjà su engager dans ses intérêts Brissac, gouverneur de Paris, la plupart des échevins, et tout ce qui restait du parlement. Ces nouveaux royalistes dissimulaient leur zèle pour le rendre plus utile au roi ; mais les Espagnols étaient vivement alarmés. Le 22 mars avait été choisi pour l'entrée du roi à Paris. Le prévôt des marchands l'Huillier et les échevins Langlois, Néret et Beaurepaire, rassemblant autour d'eux leurs parents et leurs amis, parvinrent pendant la nuit à chasser les Espagnols de leurs corps de garde, et à s'emparer des portes Saint-Denis et Saint-Honoré. Le roi leur avait donné par quelques fusées le signal de son arrivée. Il entre dans le moment où la ville était encore livrée au plus profond sommeil ; son armée s'avance dans le plus bel ordre ; les Parisiens, à leur réveil, sont frappés de stupeur. L'habitude de la crainte fait que les plus fidèles n'osent encore s'abandonner à toute leur joie ; mais bientôt on apprend que le roi et tous ceux qui le suivent répètent ces mots : Pardon général ; la foule devient immense autour de lui ; l'air retentit des cris de Vive le roi !. On le suit à l'église Notre-Dame. Il a peine à s'ouvrir un passage au milieu de son peuple qui le bénit : « Laissez-les tous s'avancer, dit-il ; ils sont affamés de voir un roi. » :: Biographie de Henri IV - Partie 1/8 - Partie 2/8 - Partie 3/8 |
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