Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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HENRI III
(né le 19 septembre 1551, mort le 2 août 1589)
Roi de France : règne 1574-1589
Partie 2/3

Henri III, qui n'avait pas su profiter de son avènement au trône pour ramener les rebelles, loin de tirer parti de leurs divisions pour les soumettre, se laissa entraîner dans des négociations qui se terminèrent au mois de mai 1576 par un nouvel édit de pacification, si favorable aux huguenots qu'ils en conçurent eux-mêmes des alarmes et que les catholiques prirent enfin la terrible résolution de sauver la religion de l'État, indépendamment des projets ultérieurs de la cour.

Toutes les ligues des catholiques se confondirent dans une ligue générale dont Paris fut le centre et régla tous les mouvements : le pape la soutint, dans la crainte de voir la France rompre l'unité de l'Église, et l'Espagne, pour empêcher les nouveaux religionnaires français de s'unir au parti que dans les Pays-Bas on appelait les gueux.

Les princes et les grands se servirent des opinions religieuses comme d'un moyen politique : les peuples seuls combattirent de bonne foi pour défendre leur croyance, et ce qui mérite d'être remarqué dans ces sanglants débats, c'est que la force aveugle mais persévérante des peuples atteignit le but marqué, tandis que les vastes projets des grands politiques furent trompés par l'événement. L'Espagne perdit les Pays-Bas et ne put dominer la France ; les Guise sauvèrent la religion catholique et ruinèrent leur maison, et Henri IV ne parvint à la couronne qui lui était due qu'en embrassant la religion au nom de laquelle ou voulait le détrôner.

Les huguenots, forts du traité de pacification qu'ils venaient de dicter, avaient insisté sur la convocation des états généraux, dans l'espérance de s'y montrer triomphants. L'assemblée fut réunie à Blois, et s'ouvrit à la fin de 1576 ; mais les catholiques avaient repris un tel ascendant, depuis la Sainte-Union, que le roi, prévoyant qu'ils lui demanderaient hautement d'approuver la ligne qu'ils avaient formée, prit la résolution de s'en déclarer lui-même le chef : politique excellente, s'il s'était montré lui-même à la tête des armées et s'il avait su profiter de l'exaltation naturelle aux partis pour tout entraîner.

C'est ce que fit Henri IV lorsque les huguenots quittèrent l'assemblée de Blois, où l'on adoptait contre eux des mesures sévères ; la chaleur qui régnait dans ce parti fut le moyen qu'il employa pour s'en faire déclarer le chef, et l'on ne voit pas qu'il en soit devenu l'esclave. Mais Henri III voulait tout à la fois être le chef des catholiques, proscrire les calvinistes et jouir en repos dans son palais de tous les plaisirs qui flattaient son imagination déréglée : ce n'était pas le moyen de déconcerter la politique du duc de Guise ; c'était au contraire prendre les livrées de sa faction et se mettre dans sa dépendance.

La cour leva deux armées : l'une fut confiée au duc d'Alençon, devenu duc d'Anjou ; l'autre au duc de Mayenne, frère du Balafré. Il ne se fit rien de considérable, quoique la division se mit dans le parti des huguenots ; mais elle régnait aussi dans le parti du roi, qui, de même que son frère, ne pouvait cacher la jalousie que lui inspirait le duc de Guise, jalousie que les favoris entretenaient avec d'autant plus de soin qu'ils la partageaient et dès l'année 1577 on signe à Bergerac un nouveau traité qu'on ne se mit guère en peine de faire exécuter.

C'est alors que les huguenots formèrent le plan d'une république fédérative, dans l'intention de ne plus dépendre des caprices de leurs chefs, comme les catholiques avaient formé la Ligue pour se soustraire aux irrésolutions de la cour. Le duc d'Anjou, malgré les ordres du roi, partit pour les Pays-Bas, où il était appelé par les habitants, qui, voulant secouer la domination espagnole, lui promettaient de le reconnaître pour souverain ; promesse qu'ils n'avaient pas l'intention de tenir.

Cette désobéissance qu'osa se permettre le duc d'Anjou fit tort à Henri III dans l'esprit des Français, et les prodigalités, l'amour du roi pour ses favoris, sa dévotion minutieuse, et toute en pratiques extérieures, son libertinage, qui allait souvent jusqu'au scandale, ses amusements frivoles, le ridicule de ses ajustements efféminés, achevèrent de le rendre pour ses sujets un objet de mépris : car le peuple, qui ne juge les rois que par leurs actions publiques, ignorait tout ce qu'il y avait d'ailleurs de grand et de généreux dans l'âme de ce prince : « caractère d'esprit, incompréhensible, dit M. de Thou ; en certaines choses au-dessus de sa dignité, en d'autres au-dessous même de l'enfance. »

Sur la fin de l'année 1578, Henri créa l'ordre du Saint-Esprit en mémoire de ce qu'il avait été élu roi de Pologne et était parvenu au trône de France le jour de la Pentecôte : mais cette institution cachait le projet sage de réunir les grands de tous les partis par le serment auquel s'engageaient les chevaliers de l'ordre. Les bonnes intentions manquaient moins à ce monarque que la persévérance nécessaire pour en obtenir un résultat.

Le roi de Navarre ayant repris les armes sous prétexte qu'on n'observait pas les conditions accordées à son parti, le duc d'Anjou fit signer un nouveau traité en 1580, dans l'espérance qu'on lui laisserait lever des troupes pour aller défendre le parti qu'il servait, ou plutôt qui se servait de lui, dans les Pays-Bas ; en effet, cette paix dura près de cinq ans, soit que le nombre des guerriers emmenés par le duc d'Anjou eût diminué les moyens et affaibli la manie de recourir sans cesse aux armes, soit que les maladies pestilentielles qui ravageaient la France eussent frappé les esprits de terreur.

Le duc d'Anjou, trahi dans les Pays-Bas, obligé de fuir d'un pays qu'il croyait gouverner, revint dans le sien cacher sa honte et son dépit, et mourut sans s'être marié le 10 juin 1584. Sa mort fixa l'attention des partis sur la succession au trône. Henri III n'ayant pas d'enfants, les huguenots voyaient dans le roi de Navarre l'héritier présomptif de la couronne : les catholiques ne purent voir en lui qu'un hérétique armé pour renverser la religion de l'État.

Le duc de Guise saisit l'occasion pour se déclarer chef de le Ligue et pour traiter avec l'Espagne : dans le fond de sa pensée il conçut dès lors l'espérance de monter sur le trône, quoiqu'il parût appuyer les projets de Catherine de Médicis en faveur de la branche aînée de Lorraine.

On a peine à concevoir comment, au milieu de tant d'intrigues et de troubles, la France jouissait au dehors de la plus haute considération ; mais le fait est digne d'être remarqué. Les jalousies réciproques des partis et les divisions dans chacun d'eux avaient beaucoup affaibli les hostilités : la cour paraissait elle-même ne pas attendre de grands avantages de ces dispositions, et n'en appréhender aucune suite fâcheuse, puisqu'elle continuait à dépenser en fêtes scandaleuses un argent si nécessaire à l'entretien des armées.

Ce ne fut qu'en 1587 que la guerre civile prit un caractère sérieux. Henri IV gagna le 20 octobre la bataille de Coutras, dans laquelle le duc de Joyeuse fut tué ; mais loin de profiter de la victoire, il retourna en Béarn, attiré par l'amour : aussi le succès qu'il obtint tourna-t-il contre lui, en révélant aux chefs de la Ligue ce qu'ils devaient appréhender de ces talents militaires.

Paris appela le duc de Cuise, qui, de son côté, reçut de Henri III l'ordre formel de ne pas entrer dans la capitale. Le duc ne tint aucun compte de cette défense, et fut accueilli par les Parisiens avec une joie impossible à décrire : suivi d'une foule qui augmentait sans cesse, il alla au Louvre présenter ses respects au roi.

On se contraignit également des deux côtés, dans la crainte de faire éclater la guerre civile ; mais Henri III ayant fait venir des troupes le lendemain 12 mai 1588 avec l'intention de se saisir des principales places de la ville, le peuple tendit des chaînes et chassa les soldats de tous les postes ; c'est ce qu'on appelle la journée des barricades.

Le duc de Guise pouvait en ce moment s'emparer de la personne du roi : il se laissa séduire par Catherine de Médicis, toujours prête à négocier, et tandis qu'elle l'arrêtait par des propositions qui n'ont jamais été connues, Henri III quittait Paris à la hâte, il fuyait vers Chartres, d'où il se rendit à Rouen. C'est dans cette ville que sa mère lui fit signer l'édit de réunion qui avait pour but d'éloigner de la couronne tout prince protestant, et qui semblait remettre en faveur le duc de Guise, comme s'il était possible qu'une pareille offense fût oubliée par celui qui l'avait faite et par celui qui l'avait reçue.

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