Biographies et portraits des rois, empereurs et présidents de la France Notices biographiques sur les monarques et souverains. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque roi, monarque, souverain, empereur, président. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer combien les rois, empereurs et présidents ont façonné l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois, Valois-Orléans, Valois-Angoulême.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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FRANÇOIS Ier
(né le 12 septembre 1494, mort le 31 mars 1547)
Roi de France : règne 1515-1547
Partie 3/6

François Ier, trompé par sa mère, fit juger Semblançay par une commission ; et ce règne si doux fut souillé par le supplice d'un ministre intègre, d'un vieillard vertueux. François Ier fut bientôt engagé dans une faute plus funeste, par son excessive déférence pour sa mère.

La duchesse d'Angoulême aimait le connétable de Bourbon avec un emportement que son âge rendait ridicule. Ce prince, enorgueilli de la victoire de Marignan, cessa d'encourager une passion qu'il avait d'abord jugée utile à sa fortune. La duchesse d'Angoulême se vengea de ses mépris en lui faisant ôter, dans deux campagnes, le commandement de l'armée. Elle ne voulait que l'éprouver par cette persécution sourde.

Il s'irrita et répondit par la haine à un dépit tracassier. Il devint veuf : la duchesse d'Angoulême, abjurant sa feinte inimitié, lui fit offrir sa main. François Ier sollicita le connétable de consentir à cette union. Ce dernier, que le roi avait trop justement nommé le prince mal-endurant, mêla l'expression du mépris à son refus. La duchesse d'Angoulême se livra toute à la vengeance. Après avoir fait perdre au connétable la confiance du roi, elle l'attaqua dans sa fortune par un procès injuste, intimida ou suborna les juges et le fit dépouiller d'une grande partie de ses domaines.

Charles-Quint mit à profit le ressentiment du connétable. Bourbon devint en un instant l'ennemi de sa patrie et de son roi. François Ier, instruit des intelligences qu'entretenait Bourbon avec Charles-Quint, refusa d'y croire. Un guerrier renommé jusque-là par sa franchise recourut à ce que le mensonge a de plus vil pour se mettre à l'abri de tout ombrage. Bourbon (en 1523), après avoir en vain cherché à soulever plusieurs provinces, fut réduit à prendre la fuite et abandonna dix-neuf de ses complices à la colère du roi.

On instruisit leur procès et celui de leur chef. Un seul d'entre eux, Saint-Vallier, fut condamné à mort ; mais comme il allait poser sa tête sur le billot, on entendit crier grâce, et le peuple admira la clémence du roi. Saint-Vallier était le père de la célèbre Diane de Poitiers, déjà mariée au sénéchal de Normandie. Il est faux de dire qu'elle acheta la grâce de son père en se livrant aux désirs du roi.

François Ier, dans ses amours, oubliait les devoirs de l'époux, mais non l'honneur du chevalier. Déjà Bourbon commandait en Italie les armées impériales, et le roi ne lui opposait que le plus présomptueux de ses favoris, l'amiral Bonnivet. Bayard était sous les ordres d'un général qui aurait du se présenter comme son modeste élève. Bonnivet, soit par imprudence, soit par perfidie, n'envoya point à Bayard les secours que celui-ci réclamait.

Le chevalier, malgré toute sa vigilance, fut attaqué de nuit au village de Rebec. Il y perdit une partie de sa petite troupe, et quoiqu'il eût sauvé le reste avec autant d'intelligence que d'intrépidité, il crut avoir essuyé le premier affront de sa vie. Il voulait demander raison à l'amiral, et déjà il lui avait envoyé un défi ; mais quand il voit de quel désastre l'armée française est menacée par les mauvaises dispositions du général, il ne songe plus qu'au salut de l'armée.

On battait en retraite. Les Français, arrivés sur les bords de la Sésia, sont attaqués par les Impériaux. Bonnivet croit qu'il suffit de sa bravoure pour réparer ses fautes. Des le commencement de l'action, il est grièvement blessé. C'est Bayard qu'il fait appeler ; il lui confie le sort de l'armée : « II est bien tard, lui répondit le généreux chevalier ; mais n'importe : mon âme est à Dieu et ma vie à l'État. Je sauverai l'armée aux dépens de mes jours. »

Il s'élance, rétablit le combat ; bientôt il est atteint d'un coup mortel. Mais ne nous laissons pas trop entraîner à l'intérêt de cet admirable épisode du règne de François Ier, et laissons nos lecteurs se rappeler et redire la réponse de Bayard mourant au connétable armé contre son roi. Bourbon n'oublia que trop tôt l'impression qu'avaient produite sur son âme les nobles reproches du plus digne chevalier. Les Français avaient encore une fois abandonné l'Italie.

Bourbon se précipite avec fureur sur la Provence, en comptant sur des rébellions que ses intrigues avaient déjà ménagées ; mais nul Français ne vient se joindre au transfuge. La facilité avec laquelle il avait soumis les villes d'Aix et de Toulon lui faisait espérer d'entrer sans peine dans Marseille. Las habitants lui opposèrent une résistance que soutient leur indignation. Les dames surtout se montrent d'une activité infatigable pour le salut de la ville ; une tranchée, ouvrage de leur main, fut nommée la Tranchée des dames.

Le roi arrivait au secours de Marseille : Bourbon est obligé d'en lever le siège. François Ier crut voir dans le succès un retour de la fortune : il passe les Alpes, rentre dans le Milanais. Déjà il est aux portes de la capitale. Milan, qui était en proie au fléau de la peste, ne l'arrêta que peu de jours. Qu'il soumette encore Pavie et Lodi, il sera enfin assuré d'une conquête à laquelle il croit follement son honneur engagé : il marche vers la première de ces villes, il l'assiège ; mais Antoine de Lève y commande.

Son habile et longue résistance a laissé au connétable de Bourbon le temps de réparer les pertes de son armée et de recevoir de puissants secours. Le connétable arrive ; il va fondre sur l'armée française. Les vieux généraux conjurent le roi d'abandonner le siège de Pavie. Mais Bonnivet et Montmorency flattent son ardeur guerrière. On s'est déterminé au parti imprudent de marcher au-devant de l'armée impériale.

Dès la nuit la bataille s'engage. Au point du jour il y a déjà tant de désordre dans les rangs de l'armée française que le roi ne voit plus de salut que dans un coup de désespoir (24 février 1525). Il se place au corps de bataille, appelle sur lui les regards de tous les siens et de tous les ennemis, par un casque orné de longs panaches. Rien ne peut le retirer du fort de la mêlée. Il tue de sa main plusieurs combattants et met en fuite les Italiens qui lui sont opposés.

Mais à quoi tient la chance des combats ! La foule de héros qui entoure le roi se voit arrêtée dans ses progrès par une troupe irrégulière et peu nombreuse, qui ne sait que s'avancer, fuir, revenir à la charge et fuir encore. C'étaient des arquebusiers basques, tireurs adroits qui visaient à la tête et au cœur des officiers les plus distingués et les atteignaient presque toujours.

Chaque balle enlève au roi l'un des appuis de son trône. On se presse au-devant de lui à mesure que le péril redouble. Le duc d'Alençon seul oublie son roi et l'honneur. Chargé du commandement de l'aile gauche de l'armée, il la fait replier précipitamment. Bourbon s'avance avec un corps de réserve pour envelopper le roi : deux héros, la Trémouille et le maréchal de Foix, sont frappés à mort.

Les rangs s'éclaircissent ; la puissante gendarmerie des Français est rompue en six endroits. Bonnivet, à qui l'armée tout entière reproche son désastre, veut du moins mourir avant son roi, s'il ne peut le sauver. Il s'avance en tendant la gorge à toutes les épées, à toutes les piques, et meurt percé de plusieurs coups. Le roi lui seul paraît avoir conservé la force de combattre et de terrasser des ennemis. Il venait d'en faire tomber six sous ses coups, lorsque son cheval, atteint d'une balle, le renverse. Déjà il avait reçu deux blessures. Il combat encore à pied : mille voix lui crient de se rendre. Il voit venir à lui Pompéran, le seul gentilhomme qui eût suivi le connétable de Bourbon dans sa fuite. Ce transfuge se jette à ses pieds et le conjure de se rendre au duc de Bourbon. Le roi, à ce nom, sent ranimer toute sa fureur et proteste qu'il mourra plutôt que de se rendre à un traître. Il demande Lannoy et lui remet son épée. Lannoy la reçut à genoux et lui donna la sienne.

Au sortir de cette bataille, François Ier écrivit à sa mère une lettre non moins admirable que celle où il avait raconté la victoire de Marignan ; elle ne contenait que ces mots : Madame, tout est perdu fors l'honneur. Lannoy, vice-roi de Naples, montra beaucoup d'égard pour son auguste prisonnier ; Charles-Quint n'imita point la générosité de son lieutenant : il fit transporter le roi à Madrid et le fit surveiller avec rigueur dans un appartement incommode ; enfin il ne lui montra plus d'autre perspective que celle de se dépouiller et de s'avilir, ou de finir ses jours dans la captivité.

Voici à quel prix il mettait la rançon du roi : la cession de la Bourgogne, la renonciation à toute suzeraineté sur la Flandre, et pour comble d'ignominie, la réintégration du parjure connétable dans ses biens et dans son rang. François Ier rejeta ces propositions avec fierté. Charles-Quint le tourmenta dans sa prison par de nouveaux raffinements de cruauté.

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