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FRANÇOIS Ier
(né le 12 septembre 1494, mort le 31 mars 1547) Roi de France : règne 1515-1547 Partie 2/6
Cet exploit est suivi de la conquête d'une partie du Milanais. Le roi, qui apprend à Lyon les rapides succès de son avant-garde, craint que ses lieutenants ne lui enlèvent toute la gloire de cette conquête ; il fait diligence et passe facilement les Alpes avec son corps d'armée. Les Suisses, qui restaient seuls pour la défense du Milanais, semblent découragés en voyant toujours croître l'ardeur et les forces des Français ; ils offrent de traiter. François Ier fait sans hésiter le sacrifice de sa gloire au bonheur de ses sujets. Lautrec a signé un traité avec les Suisses ; mais le cardinal de Sion est venu ranimer la fureur de ses compatriotes. Il les persuade que tout est légitime, puisqu'ils combattent pour les intérêts du Saint-Siège ; il remplit toutes les âmes de sa haine contre les Français. Les Suisses sont prêts à soutenir par des prodiges de bravoure la trahison la plus odieuse (13 et 14 septembre 1515). Ils voient l'armée française, qui, rangée dans la plaine de Marignan, garde négligemment ses postes ; ils espèrent lui enlever toute son artillerie : leur nombre, leur contenance, étonnent le roi ; il demande ses armes. Les Suisses continuent de s'avancer et l'armée française s'inquiète. Le connétable de Bourbon a fait couvrir son artillerie par des compagnies de lansquenets. Ceux-ci reculent au premier choc : c'est le roi lui-même qui vient les rallier avec deux cents hommes d'armes ; il perce un bataillon fort de quatre mille hommes ; il court à travers leurs rangs, qui se sont rompus : il les force à baisser leurs piques et à crier : France. La victoire est complète sur ce point ; mais ce n'est pas le seul combat qui se livre dans cette plaine : les différentes masses de l'infanterie suisse soutiennent arec vigueur le choc de nos gendarmes, de nos lansquenets, de nos bandes noires. Jamais ils ne sont plus terribles que lorsqu'ils ont feint d'ouvrir leurs rangs ; ils savent bientôt les reformer et alors malheur à ceux qui se trouvent enfermés dans cette forêt de piques. L'approche de la nuit, les tourbillons épais de poussière ajoutent au désordre de la bataille, sans en ralentir la fureur. Les Suisses, comme les Français, portaient l'écharpe blanche. Le roi tombe sur un corps de six mille Suisses, qu'il a pris pour un corps de lansquenets français : averti du danger, il fait éteindre le seul flambeau qui le guide. Le connétable de Bourbon, par un prompt secours, sauve un monarque auquel il devait être si fatal. Ce nouveau corps de Suisses est forcé de reculer : François Ier se porte alors vers son artillerie, pour laquelle il conçoit beaucoup d'inquiétude ; mais Bayard et Louis de la Trémouille n'avaient point quitté ce poste ; toute l'artillerie était sauvée. Enfin les feux s'éteignent par degrés : ce n'est point la nuit, c'est l'extrême lassitude qui a interrompu le combat. Le roi dort sur l'affût d'un canon. On vit au point du jour un spectacle étrange : comme tous les corps suisses et français étaient confondus, les deux armées, après une trêve tacite, viennent reprendre leurs rangs. On se bat avec autant de fureur que la veille ; mais il faut passer sur des monceaux de morts pour se joindre. Bayard, dans la mêlée, est emporté par un cheval fougueux au travers des bataillons suisses : il combat, il renverse tout ce qui s'oppose à son passage, saute de cheval, gagne une vigne qui lui sert de retranchement et joint à pied une compagnie française qui marche à son secours. Le comte de Guise, en ralliant les bandes noires, reçut vingt-deux blessures. Enfin, après cinq heures de combat, le roi, le connétable de Bourbon, le maréchal de Trivulce et Montmorency forcèrent les Suisses à la retraite : ceux-ci la conduisaient avec ordre, lorsque, le troisième jour, Alviano, à la tête de l'armée vénitienne, vint tomber sur leurs derrières. Le roi fit tout ce qu'il put pour sauver des guerriers égarés par leur fanatisme. A force de générosité, il contraignit les Suisses de devenir ses amis. Depuis lors les rois de France n'ont jamais eu d'alliés plus fidèles. La lettre dans laquelle le roi rendit compte à sa mère de la bataille de Marignan peut être considérée comme un des monuments de notre langue. Dans cette description franche, modeste, rapide et brillante, règne une fleur de délicatesse dont nos guerriers et surtout nos rois offraient seuls le modèle à l'Europe. Le roi y récompense tous ses nobles compagnons par des mots du cœur. Lorsque le soir de la troisième journée, Bayard revint au camp, François se jeta dans ses bras, puis mit un genou en terre et voulut recevoir de lui l'ordre de la chevalerie. Le Milanais fut conquis. Léon X fut forcé de traiter avec le roi de France. L'empereur Maximilien fit de vains efforts, l'année suivante, pour reconquérir le Milanais. Le connétable de Bourbon le força de lever ignominieusement le siège de Milan. Peu sûr des dispositions de son armée, Maximilien l'abandonna. Le chagrin abrégea ses jours (en 1519). L'empire devint vacant. Deux principaux compétiteurs se présentèrent. C'étaient les deux rois qui devaient signaler pendant trente ans leur rivalité, Charles-Quint, et François Ier. Charles, déjà maître des Pays-Bas, avait été appelé au trône de l'Espagne par la mort et le testament de Ferdinand le Catholique. Jaloux de la gloire du roi de France, il feignait d'en être le plus sincère admirateur. Il lui écrivait, non comme un frère à son frère, selon l'étiquette des rois, mais comme un fils à son père. Quand il se déclara son compétiteur pour l'empire, ce fut avec les formes hypocrites d'une déférence filiale. François Ier lui répondit avec une délicatesse et une franchise qui étaient dans son âme : « Regardons-nous comme deux amis qui poursuivent les faveurs d'une même maîtresse, et que chacun de nous promette de respecter les droits du plus heureux ! » Ce fut un malheur pour François Ier, dans cette lutte, d'avoir acquis assez de gloire pour faire craindre son ambition. D'un autre côté, la vaste puissance de Charles effrayait les électeurs. Ils déférèrent la couronne à Frédéric, électeur de Saxe. L'Europe avait donné à ce prince le beau surnom de Sage. Il parut le justifier en refusant l'empire ; mais sa modération fut une imprudence. Il crut voir un prince pacifique et réservé dans le jeune Charles, et décida les suffrages de la diète en sa faveur. Il ne prévoyait pas combien le nouvel empereur se montrerait ennemi de l'indépendance de l'empire. Quelque sensible que fût François Ier au chagrin de n'avoir point obtenu un titre qui eût un peu rappelé la puissance de Charlemagne, il avait pour s'en distraire trois ressources qui le suivaient toujours : l'amour, les plaisirs et les lettres. Henri VIII, qui avait aussi brigué l'empire, vint irriter par son ressentiment le dépit de François Ier. Les deux rois se virent auprès de Guines, et leur entrevue fut accompagnée de tant de magnificence, qu'elle fut désignée sous le nom du camp du Drap d'or. François Ier y fit briller une gaieté qui ressemblait à l'étourderie. Il vint un jour surprendre Henri VIII au lit, comme pour le faire son prisonnier. Le roi d'Angleterre prit gaiement cette plaisanterie et se rendit de bonne grâce. Il lui présenta en même temps un collier précieux : « Portez-le aujourd'hui, ajouta-t-il, pour l'amour de votre prisonnier. » Le roi le prit et lui donna un bracelet qui valait le double. Comme Henri Vlll voulait se lever : « Mon frère, lui dit François Ier, vous n'aurez point aujourd'hui d'autre valet de chambre que moi. » Mille autres jeux remplirent cette entrevue. Mais une guerre sérieuse se préparait. Charles-Quint faisait attaquer le duc de Bouillon pour engager des hostilités contre la France. Ce fut là le prétexte et le commencement de la guerre de 1521, qui changea la fortune de François Ier. Cependant le début de cette guerre fut heureux pour la France. Les Impériaux assiégeaient Mézières avec 35 000 hommes ; et cette ville, mal fortifiée, mal pourvue de vivres et de munitions, allait leur ouvrir la Champagne : mais elle avait pour gouverneur le chevalier sans peur et sans reproche. Tout ce que fit Bayard pour la défense de Mézières doit être lu dans la vie de ce héros. Le salut de cette ville fut celui de la France. Mais les Français, l'année suivante, expièrent en Italie les fautes d'une administration vicieuse et plus dure qu'on ne devait l'attendre des lieutenants de François Ier. L'histoire n'a pu encore bien éclaircir ce qui contribua le plus à la perte du Milanais, ou des excessives rigueurs de Lautrec, gouverneur de cette province, ou de la coupable prodigalité de la mère du roi, qui dissipa des fonds réservés pour l'armée d'Italie. Ce monarque fut aveugle sur les torts de l'un et de l'autre. Il aimait la comtesse de Châteaubriant, sœur de Lautrec : mais sa tendresse pour sa mère l'entraîna dans de bien plus grandes fautes. Si Lautrec perdit le Milanais, ce ne fut qu'après des combats obstinés. Il accusa la duchesse d'Angoulême. Celle-ci eut la lâche cruauté de faire tomber sur un habile et intègre surintendant des finances la peine de ses propres concussions : elle accuse Semblançay du retard apporté à l'envoi d'une somme de 400 000 écus qui aurait sauvé la conquête du roi. :: Biographie de François Ier - Partie 1/6 - Partie 3/6 |
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