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CHARLES V le Sage
(né le 21 janvier 1338, mort le 16 septembre 1380) Roi de France : règne 1364-1380 Partie 2/2
En 1372, Edouard, voulant rétablir ses affaires et soutenir sa vieille réputation, envoya deux armées, l'une en Poitou, l'autre sous la conduite de Montfort, duc de Bretagne ; la première fut défaite à la vue de la Rochelle par la flotte du roi de Castille, qui devait sa couronne à Du Guesclin ; et les Rochelois se donnèrent à la France à des conditions qui assuraient leurs libertés ; la seconde armée anglaise n'osa descendre en Bretagne, parce que les barons de ce pays, loin d'approuver la conduite de leur duc, voulaient se maintenir en paix avec un roi à la cour duquel ils trouvaient de l'emploi, des honneurs et de la fortune. Après avoir parcouru quelques provinces de France, cette armée de 30 000 combattants se trouva réduite à 6 000, qui furent trop heureux de pouvoir se sauver à Bordeaux. Il serait impossible de trouver un règne moins célèbre par ses victoires, et plus heureux contre ses ennemis. Sur les instances du pape, il fut conclu, en 1373, une trêve, dans laquelle le duc de Bretagne n'étant pas compris, il se vit réduit à rentrer dans ses Etats, en se mettant pour ainsi dire à la merci de ses barons. Edouard, déjà avancé en âge, averti par la mort récente du prince de Galles, qui ne laissait qu'un fils en bas âge, des dangers qui menaçaient l'Angleterre sous une minorité, pensa dès lors à traiter de la paix. Mais le souvenir de ses anciens succès l'arrêtant sur les sacrifices nécessaires pour en assurer la durée, il mourut avant qu'elle fût conclue ; et Charles V, déjà plus fort que ce monarque, qui depuis un demi-siècle avait causé tant de maux à la France, acquit un ascendant qui ne se démentit pas, réunit à la couronne le Poitou, la Saintonge, le Rouergue, une partie du Limousin, le comté de Ponthieu, et la Guyenne, à l'exception de Bordeaux. Le duc de Bretagne s'étant de nouveau révolté en 1379, et ayant cherché un asile en Angleterre, Charles crut devoir le traiter avec rigueur ; mais les Bretons, qui, quelques années auparavant, avaient pris parti pour la France contre leur duc, le soutinrent quand la France parut vouloir attenter à leur liberté. Cette guerre ne fut pas heureuse pour le roi ; il en eut tant de dépit qu'il ordonna à tous les Bretons qui refuseraient de le servir de quitter le royaume, quoiqu'il sentît assez l'injustice de ce procédé pour n'oser confier le soin de réduire la Bretagne à Du Guesclin, qui y était né. Cet illustre guerrier mourut le 13 juillet 1380 ; Charles le Sage ne lui survécut pas longtemps, étant mort à Vincennes, le 16 septembre de la même année, la 43e de son âge, et la 17e de son règne. Il laissa de son mariage avec Jeanne de Bourbon, deux fils mineurs, Charles VI, qui lui succéda, et Louis, qui fut duc d'Orléans. Jusqu'alors la minorité des rois, non seulement se prolongeait jusqu'à leur vingtième année, mais tous les actes du gouvernement se faisaient au nom du régent, ce qui donnait une autorité dangereuse. En 1374, Charles V avait assemblé les prélats, les seigneurs, les bourgeois notables et l'université, et, après avoir pris leurs conseils, il avait fixé, par une ordonnance, la majorité de ses successeurs à quatorze ans ; c'est-à-dire qu'il décida qu'à cet âge ils seraient capables d'être sacrés, et de recevoir directement les hommages et les serments de fidélité de leurs sujets. Il confirma cette ordonnance à l'article de la mort, nomma pour régent Louis, duc d'Anjou, l'aîné de ses frères, et confia la garde de ses enfants aux ducs de Bourgogne et de Bourbon, leur recommandant de faire la paix avec la Bretagne, et de marier son fils dans quelque puissante maison d'Allemagne. Egalement occupé de ses sujets et de sa famille, il supprima formellement la plupart des impôts auxquels les peuples avaient consenti pendant son règne. On trouva dans ses coffres 17 millions, somme considérable, si l'on se reporte au prix de l'argent à cette époque. Les historiens modernes ont blâmé dans les princes cette prévoyance si rare qui les engage à thésauriser, prétendant que la seule richesse des rois doit se trouver dans la richesse publique, et que l'or qu'ils amassent arrête les progrès du commerce et de l'agriculture ; mais il y a des temps où ceux qui gouvernent ne sont maîtres que de l'argent qu'ils possèdent, et où la possibilité de suivre des projets grands et utiles repose pour eux uniquement sur les trésors qu'ils ont amassés. Charles V n'avait que 43 ans lorsqu'il mourut ; ses armées étaient nombreuses, mais les Anglais possédaient encore Bordeaux, Calais, Cherbourg, Bayonne et plusieurs forteresses considérables ; il est permis de croire que ses économies étaient une conséquence nécessaire des projets qu'il méditait. La prévoyance active de ce monarque a empêché de remarquer jusqu'à quel point il craignait de compromettre son autorité. Mais, pour connaître combien il en était jaloux, il suffit d'observer les précautions qu'il prit pour que l'empereur Charles IV ne pût s'attribuer aucune préséance dans le voyage qu'il fit en France en 1378 : il le reçut avec magnificence, lui témoigna les plus grands égards, l'accabla d'honneurs, et se tint cependant toujours au-dessus de lui, afin que les Français ne pussent douter un instant que, dans leur patrie, il n'y a point de titre supérieur à celui de roi. Le surnom donné à Charles V par ses contemporains l'emporte sur les éloges emphatiques prononcés en son honneur dans nos académies : en effet, que peut-on ajouter à l'idée de la sagesse réunie au pouvoir souverain ? Chartes V aimait les lettres et les protégeait ; la bibliothèque du roi lui doit son origine ; il était parvenu, à force de soins, à rassembler neuf cents volumes. Paris lui dut plusieurs édifices ; il fit construire la forteresse de la Bastille. :: Biographie de Charles V le Sage - Partie 1/2 |
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