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MARGUERITE de Provence
(née en 1221, morte le 21 décembre 1295) Épouse Louis IX le 27 mai 1234 Partie 3/4
Louis IX avait en effet remis à sa mère le gouvernement du royaume avec les pleins pouvoirs, mais avait emporté avec lui le sceau royal, interdisant ainsi toute décision importante. Les lettres patentes datées de Corbeil, au moment du départ du roi, donnaient à la reine plein pouvoir « de distribuer, instituer, déposer, de recevoir les hommages des prélats et des barons, de conférer les dignités et bénéfices, etc. » Ce pouvoir royal était tel, qu'au mois de mai 1249, on donna cours à une nouvelle monnaie qui, sous le nom de Reine d'or, représentait Blanche tenant une couronne. Marguerite suivait son époux qui l'appelait à ses conseils, et sur ce vaisseau où les seigneurs entouraient de plus près leur roi, tant de déférence les étonnait. « Elle est ma dame et ma compagne, leur disait Louis, et elle mérite trop mieux mon estime et ma confiance ». Lorsque le roi débarqua à
Le saint roi dut penser que le Seigneur protégeait son entreprise, lorsque, au bout de quelques jours, il apprit que les Sarrasins, s'abandonnant de plus en plus à leur effroi, avaient quitté Damiette, et que cette place forte, qui avait résisté vingt-deux mois à Jean de Brienne, était abandonnée. Il y entra avec une joie extraordinaire, y établit ses quartiers pour la saison, et y trouva dans le plais une demeure sûre pour lui, pour la reine, et pour ses serviteurs. Lorsque le roi de France fut capturé à Mansourah le 7 avril 1250, la reine était à Damiette, en proie à toutes les terreurs, sachant le souverain malade, ses serviteurs blessés, morts ou prisonniers, et croyant, à toute heure, voir les Sarrasins entrer dans la ville. La nuit on l'entendait s'écrier : « A mon aide ! A mon aide ! » Il lui semblait au plus léger bruit, que l'ennemi pénétrait dans le palais. Elle était tout près du terme d'une grossesse. Pour la rassurer on fit veiller près d'elle un chevalier « moult âgé et ancien qui avoit bien quatre-vingts ans, et quand la reine s'écrioit : Les Sarrasins ! les Sarasins ! - Dame, lui disait-il, n'ayez peur, je suis là ». Un soir (il n'y avait encore que trois jours qu'on savait à Damiette la captivité du roi), la reine fit sortir tous ceux qui étaient dans sa chambre, et, se mettant à genoux auprès du bon chevalier : « Sire chevalier, lui dit-elle, j'ai une grâce et un don à requérir de vous, c'est que si les Sarrasins entrent, vous me coupiez la tête ». Le chevalier lui répondit : « Madame, le cas y échéant je le ferois et jà [déjà] y avois songé ». Le lendemain, la reine mit au monde un enfant qu'elle nomma Jean-Tristan à cause du triste temps où elle se trouvait. Presque aussitôt on vint lui dire que ceux de Pise, de Gênes, et de plusieurs communes parlaient de se retirer. La fermeté qui a mérité à Marguerite le nom de grande Reine ne parut jamais si bien que dans ce moment décisif. Elle voulut parler elle-même aux bourgeois mutinés ; il en entra dans sa chambre jusqu'à ce que l'appartement fût rempli. Alors cette jeune mère se leva sur son séant, son enfant dormant près d'elle en son berceau, et parla ainsi : « Seigneurs, on me dit que vous vous en voulez aller ; pour Dieu, je vous supplie de ne pas laisser cette ville ; car vous voyez que vous êtes seuls pour la défendre et que monseigneur le roi seroit perdu, lui et tous ceux qui sont avec lui, si la ville est perdue ! » Comme leur contenance n'annonçait encore rien de bon, elle voulut essayer du moins de gagner du temps et ajouta d'une voix émue : « S'il vous plaît cependant quitter la ville et que vous ne puissiez y rester, faites-le, mais ayez pitié de cette chétive qui vit ici, et de ce petit enfant qui vient de naître, et attendez que sois-je relevée ». Alors l'un des chefs prit la parole et lui dit : « Dame, comment ferons-nous ? Nous ne pouvons plus longtemps demeurer, car si nous restons nous mourrons de faim en cette ville » ; mais . Marguerite s'écria vivement : « N'est-ce que cela ? Ah ! promettez de rester tant que vous aurez des vivres, et dès à présent vous n'avez point à vous inquiéter de votre nourriture ; car, si vous voulez demeurer, je vous retiens tous au nom du roi et à ses dépens, et je ferai acheter pour vous toutes les viandes en cette ville et hors de cette ville ». Ils sortirent pour se consulter, et revinrent immédiatement promettre à la reine qu'ils resteraient à Damiette tant qu'ils auraient des vivres. Marguerite se hâta de faire acheter à Damiette et hors la ville, tout ce qu'elle put se procurer de vivres ; elle en eut pour trois cent soixante mille livres, et tant que dura la captivité du roi (pendant un mois et plus), il ne manqua de rien dans la place. Du reste, Damiette n'était pas en état de siège : tant que saint Louis n'eut pas traité, Damiette lui resta comme un gage important. Le 6 mai 1250, Geoffroy de Sargines entra à Damiette pour faire appliquer les conditions du traité négocié par Saint-Louis pour sa libération, et engagea la reine à s'embarquer immédiatement : elle n'était pas encore relevée, il fallut la porter jusque sur le vaisseau qui devait l'enlever à un lieu où elle avait tant souffert. Elle arriva à Acre après six jours de navigation, accompagnée des comtesses de Poitiers et d'Anjou ; on ignorait ce qu'était
Cependant, le soir de ce jour d'angoisse, les chefs mirent en liberté le roi, son frère le duc d'Anjou et les principaux seigneurs. Jusqu'à l'entier versement de la somme promise, le roi se rendit à Damiette, et de là s'embarqua, inquiet, à cause de l'absence du comte de Poitiers, qu'on ne voyait pas revenir. Enfin on vit le vaisseau de ce prince. « Allume ! allume ! » cria le bon roi, car il était nuit. Quand il fut bien assuré que c'était son frère et qu'il ne restait plus un seul chrétien à Damiette, il se livra au bonheur de se voir délivré de cette terre de captivité. Saint Louis passa quatre ans en Syrie ; il employa ces quatre années à des soins administratifs qui le conduisirent d'une ville à une autre. Pendant son séjour à Jaffa, la reine mit au monde une fille que le roi nomma Blanche « pour l'amour de la reine Blanche sa mère ». Cependant Marguerite et tous les Croisés désiraient ardemment le départ du roi ; cette terre étrangère leur était importune ; nul n'avait vu Jérusalem, car le bon roi aurait crainte de compromettre l'avenir des croisades, s'il eût accompli son pèlerinage sans délivrer la sainte cité. Aussi Joinville se réjouit-il fort et la reine également de la mission que le roi lui donna un jour d'aller à Damas chercher cent pièces de camelot, afin de faire des présents aux seigneurs de France, quand on serait de retour. Le bon sénéchal courut chercher les camelots du roi, avec dix pièces qu'avait demandées Marguerite. Il raconte plaisamment que le comte de Tripoli, lui ayant donné des reliera qu'il comptait offrir à la reine, les sergents de la cour portèrent des ballots dans l'appartement de cette princesse, qui s'agenouilla avec ses dames, jusqu'à ce qu'un vassal de Joinville entrant : « Madame, dit-il tout ébahi, à quoi pensez-vous de vous agenouiller devant ces ballots ? - Ne sont-ce pas saintes reliques ? dit-elle ». Et le seigneur riant : « Ce sont camelots que vous avez demandés », répondit-il ; la reine se releva : « Mal jour soit à votre seigneur, dit-elle en riant à son tour de tout son cœur, de ce qu'il m'a fait agenouiller devant ces camelots ». Le roi cependant différait encore, mais la nouvelle de la mort de la reine Blanche (1252) ne lui permit plus de délai. En mettant à la voile pour revenir en France, Louis IX jeta un dernier regard sur cette terre sainte où depuis quatre ans il avait fait respecter le nom chrétien et rétabli la paix parmi les princes catholiques ; il ne perdait pas l'espoir d'y revenir de nouveau ; c'est sans quitter la croix qu'il s'éloignait de la Palestine. Les pleurs des populations chrétiennes l'accompagnèrent jusqu'au vaisseau sur lequel il s'embarqua avec la reine, dans le port de Jaffa. :: Biographie de Marguerite de Provence - Partie 1/4 - Partie 2/4 - Partie 4/4 |
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