|
|
|
|
|
|||||||||||
MARGUERITE de Provence
(née en 1221, morte le 21 décembre 1295) Épouse Louis IX le 27 mai 1234 Partie 2/4
Les hostilités entre Blanche et Marguerite prirent une véritable ampleur cette même année, à la naissance d'une seconde fille, Isabelle. Jalouse du cœur de son fils, la reine-mère avait dès leur mariage mis un soin étrange à empêcher les époux d'être ensemble. C'est en se cachant de sa mère, que saint Louis pouvait voir sa femme ; quand la sévère Blanche les surprenait : « Que faites-vous ? disait-elle à son fils, vous employez mal le temps, sortez ! » et le roi, accoutumé à obéir aux moindres désirs de sa mère, n'alléguait ni sa puissance ni son autorité : il sortait ; mais, pour tromper cette surveillance importune, il avait accoutumé un petit chien à l'avertir quand la reine-mère arrivait, et dès qu'il entendait le chien japper, il se retirait. Le lieu qu'il préférait habiter était son hôtel de Pontoise, parce que là sa chambre était au-dessus de celle de Marguerite, et toutes deux éloignées de l'appartement de la reine-mère. Des officiers annonçaient, par un bruit de verges, l'arrivée de Blanche, et le roi avait ordinairement le temps de remonter dans son appartement avant d'être surpris ; mais un jour, écrit Joinville, la reine-mère entra subitement, et trouvant le roi assis auprès du lit, les deux mains de la reine dans les siennes, elle se montra fort courroucée, et ordonna à son fils de se retirer ; la jeune reine alors fondit en larmes : « Ah ! s'écria-t-elle, ne me laissera-t-on voir mon seigneur ni en la vie ni en la mort ? » et elle s'évanouit. Le roi rentra aussitôt, plein d'émotion ; car en entendant la voix de la reine et en la voyant retomber sur ses oreillers, il crut qu'elle allait mourir. Il la consola, et, dit l'historien, « on eut bien de la peine à la remettre en point ». Le sire de Joinville peint, avec la même naïveté, ces troubles entre Blanche et Marguerite, la déférence, la tendresse de Louis pour toutes deux, et les sentiments de droiture de la jeune reine qui, sans aimer sa belle-mère, rendait hommage à ses talents, et respectait l'amour que son fils lui portait. Louis, de son côté, avait pour Marguerite une tendresse véritable, et lui faisait rendre, en toute occasion, ce qu'on devait à son rang. Lorsqu'elle l'eut rendu père (par la naissance de Louis, son fils aîné, le 24 février 1244), il donna des fêtes et reçut avec de grands honneurs la comtesse Béatrice de Savoie, mère de Marguerite, venue de Provence pour assister aux couches de sa fille. Béatrice passa l'été tout entier à la cour de France, et se trouva si bien de l'accueil qu'elle y reçut, que les fêtes données par saint Louis à la comtesse devinrent pour Henri III d'Angleterre un motif d'émulation ; et quand il reçut sa belle-mère à son tour (car il avait épousé une sœur de Marguerite), il se crut obligé à lui rendre les mêmes honneurs ; mais il le fit sans mesure, et les dépenses qui en résultèrent déplurent aux Anglais. Le temps devait bientôt venir où Blanche de Castille allait entrer dans une seconde régence, temps de douloureuses épreuves pour son cœur maternel. La santé du roi avait beaucoup souffert depuis l'expédition du Poitou ; dans les premiers jours de l'Avent (1244), il fut atteint d'une maladie qui le mit aux portes du tombeau. Les deux reines, en prières autour de son lit, demandaient à Dieu sa guérison, et, dans toute la France, les églises se remplissaient d'une affluence éplorée qui demandait au Seigneur la vie d'un si bon roi, rapporte Guillaume de Nangis. On avait découvert toutes les châsses, et placé les corps des saints sur les autels, « pour ce que le peuple, qui n'a pas accoutumé à les voir hors de leurs caveaux, priât plus dévotement Notre-Seigneur pour le roi », écrit le chroniqueur. Tant de prières, cependant, n'avaient pas paru exaucées ; tout espoir semblait perdu : « Il fut, si, comme il le disoit, raconte Joinville, à tel méchef, que l'une des dames qui le gardoient lui vouloient traire [tirer] le drap sur le visage, et disoit qu'il étoit mort ; et une autre dame qui étoit à l'autre part du lit, ne le souffrit mie, aimais [mais] disoit qu'il avoit encore l'âme au corps. Comme il ouït le discors [discord, dispute] de ces deux dames, Notre-Seigneur opéra en lui, et lui envoya santé tantôt, car il ne pouvoit parler. Sitôt qu'il fut en état, il requit qu'on lui donnât la croix, et ainsi fit-on. Lors la reine, sa mère, ouïr que la parole lui étoit revenue, et elle en fit si grande joie comme plus elle put ». Le roi lui apprit alors que, tandis qu'on le tenait pour mort il avait conservé toute sa connaissance, et que dans le fond de son cœur, il avait promis à Dieu de se croiser si la santé lui était rendue. Mais la reine-mère se sentit presque défaillir à cette nouvelle, « et quand elle sut qu'il s'étoit croisé, continue Joinville, ainsi, comme lui-même le contoit, elle mena aussi grand deuil comme si elle le vit mort ». Elle embrassa les genoux de son fils, et le supplia avec larmes de renoncer à ce projet : « Dieu ne peut demander que tu quittes ton peuple ; c'est dans la faiblesse de ton mal que tu as fait ce vœu dont l'Église peut te relever ». Mais le roi persista dans son dessein. Les souffrances de ses frères opprimés en Orient, appelaient toute sa sollicitude vers leur délivrance. « J'ai promis au Seigneur, disait-il, et dès l'heure même je me suis senti guéri ; je ne puis manquer à mon Seigneur ». L'évêque de Paris s'approcha de son lit, il lui parla des besoins de son peuple, des difficultés de l'entreprise, et essaya de rassurer sa conscience en lui disant : « Cher sire, le vœu que vous avez fait, comment vous engageroit-il, puisque vous étiez comme mort et anéanti dans la maladie et la souffrance, lorsque, sans le savoir, vous le formâtes. - Je l'ai fait dans mon cœur sans prononciation de parole, mais de mon libre consentement », répondit le roi. Il fallut céder à une volonté si formelle ; mais la reine-mère n'eut plus un moment de bonheur. Avant son départ, Louis célébra en 1246 le mariage de son frère, Charles, comte d'Anjou, avec Béatrice de Provence, la quatrième fille de Raymond Bérenger IV. Béatrice, reconnue par le testament de son père (mort l'année précédente) seule héritière de la Provence, donnait cette riche contrée au frère de saint Louis. L'habileté de Blanche concourut encore à cette alliance : « Jà furent présents à son mariage la mère à la demoiselle et ses nobles oncles... Je ne saurois vous dire ni raconter l'honneur, Près de quatre ans s'étaient écoulés depuis le jour où Louis avait prononcé son vœu ; la reine-mère essaya encore de le détourner de sa résolution ; elle lui représentait la faiblesse de santé, elle le suppliait de ne point la laisser chargée de nouveau du soin de l'État. L'évêque de Paris la secondait : « Ce vœu que vous avez fait, répétait-il au roi, ne peut être valable ; votre esprit était absorbé par le mal quand vous l'avez formé. - Eh bien, dit un jour saint Louis d'une voix ferme, puisque vous croyez que je n'étais pas en moi-même quand j'ai prononcé ce vœu, voilà ma croix : je vous la rends. Mais à présent vous ne pouvez nier que je ne sois dans la pleine jouissance de mes facultés ; rendez-moi donc cette croix, car celui qui sait toutes choses sait qu'aucun aliment n'entrera dans ma bouche jusqu'à ce que j'aie été de nouveau marqué de son signe ». On était à la fin de 1247. Le 12 juin 1248, premier vendredi après la Pentecôte, les préparatifs militaires achevés, les affaires du royaume réglées, tous les seigneurs ayant prêté serment de fidélité, « foi et loyauté au roi et à ses enfants, si aucune chose advenoit dans ce voyage », le roi, entouré de ses frères, alla à Saint-Denis prendre le bourdon, signe du pèlerin ; il emporta l'oriflamme sacrée, se recommanda, lui, son entreprise, et tous les siens, aux prières des religieux, et, dans un équipage solennel et pieux, le cœur plein d'une joie paisible, dans le sentiment qu'il accomplissait un grand devoir, mais accompagné des larmes de tous ceux qui restaient, Louis quitta Paris avec les deux reines. De grandes processions « le convoyèrent jusqu'au bourg Saint-Antoine. De celui jour en avant, dit Joinville, il ne voulut plus vêtir robe d'écarlate, ni de brunette, ni de vair : plutôt vêtait robe de camelin de noire couleur ou de pers [bleu foncé], et il n'eut plus éperons d'or, ni étriers, ni selle dorée, mais simples choses blanches voulut avoir et user dès lors pour sa chevauchure ». Le bon roi cheminait lentement, en la compagnie de sa mère dont la crainte de voir partir son fils en croisade n'avait d'égale que la joie d'un retour aux affaires. Après avoir traversé Corbeil, Saint-Benoît-sur-Loire et Pontigny, le pieux cortège arriva à Cluny, et c'est là qu'eut lieu la séparation. Blanche était tombée dans les bras de son fils, en versant un torrent de larmes ; elle se tenait pour assurée de ne pas le revoir. Il fallut se dire adieu ; et tandis que le roi continuait sa route vers le sud avec la reine Marguerite, Blanche retourna tristement à Paris, où l'attendait son fils Alphonse, qui devait rester quelques mois avec elle, pour consoler sa douleur et l'aider à porter le poids des affaires. :: Biographie de Marguerite de Provence - Partie 1/4 - Partie 3/4 - Partie 4/4 |
|
|
|
|||||||||||
|
:: HAUT DE PAGE :: ACCUEIL |
|
|||||||||||||