Biographies et portraits des reines, impératrices et régentes Notices biographiques sur les reines et épouses royales. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque reine et régente, impératrice, épouse de monarque, souverain. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer l'importance des reines, impératrices et régentes dans l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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Reines, impératrices, régentes
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BLANCHE de Castille
(née le 4 mars 1188, morte le 27 novembre 1252)
Épouse Louis VIII le 23 mai 1200
Partie 6/6

Le 12 juin 1248, premier vendredi après la Pentecôte, les préparatifs militaires achevés, les affaires du royaume réglées, tous les seigneurs ayant prêté serment de fidélité, « foi et loyauté au roi et à ses enfants, si aucune chose advenoit dans ce voyage », le roi, entouré de ses frères, alla à Saint-Denis prendre le bourdon, signe du pèlerin ; il emporta l'oriflamme sacrée, se recommanda, lui, son entreprise, et tous les siens, aux prières des religieux, et, dans un équipage solennel et pieux, le cœur plein d'une joie paisible,
Embarquement de Saint-Louis en 1248 pour la croisade
Embarquement de Saint-Louis pour la croisade en 1248
dans le sentiment qu'il accomplissait un grand devoir, mais accompagné des larmes de tous ceux qui restaient, Louis quitta Paris avec les deux reines.

De grandes processions « le convoyèrent jusqu'au bourg Saint-Antoine. De celui jour en avant, dit Joinville, il ne voulut plus vêtir robe d'écarlate, ni de brunette, ni de vair : plutôt vêtait robe de camelin de noire couleur ou de pers [bleu foncé], et il n'eut plus éperons d'or, ni étriers, ni selle dorée, mais simples choses blanches voulut avoir et user dès lors pour sa chevauchure ». Le bon roi cheminait lentement, en la compagnie de sa mère dont la crainte de voir partir son fils en croisade n'avait d'égale que la joie d'un retour aux affaires. Après avoir traversé Corbeil, Saint-Benoît-sur-Loire et Pontigny, le pieux cortège arriva à Cluny, et c'est là qu'eut lieu la séparation. Blanche était tombée dans les bras de son fils, en versant un torrent de larmes ; elle se tenait pour assurée de ne pas le revoir. Il fallut se dire adieu ; et tandis que le roi continuait sa route vers le sud avec la reine Marguerite, Blanche retourna tristement à Paris, où l'attendait son fils Alphonse, qui devait rester quelques mois avec elle, pour consoler sa douleur et l'aider à porter le poids des affaires.

Louis IX avait en effet remis à sa mère le gouvernement du royaume avec les pleins pouvoirs, mais avait emporté avec lui le sceau royal, interdisant ainsi toute décision importante. Les lettres patentes datées de Corbeil, au moment du départ du roi, donnaient à la reine plein pouvoir « de distribuer, instituer, déposer, de recevoir les hommages des prélats et des barons, de conférer les dignités et bénéfices, etc. » Ce pouvoir royal était tel, qu'au mois de mai 1249, on donna cours à une nouvelle monnaie qui, sous le nom de Reine d'or, représentait Blanche tenant une couronne.

Blanche de Castille gouverna sans inquiétude, défendant les possessions poitevines et l'héritage toulousain. Lorsque le vaisseau portant la nouvelle de la prise de Damiette qui avait eu lieu le 6 juin 1249 arriva en France, ce fut une joie immense : le jour, des chants religieux dans les églises ; le soir, des illuminations dans toutes les rues ; la gaieté, la confiance, la persuasion que le roi protégé de Dieu relèverait la sainte cité, avaient changé l'aspect de toutes les villes qui, depuis le départ du roi, flottaient entre la crainte et l'espérance.

Mais la nouvelle de la capture du roi de France (survenue le 7 avril 1250 à Mansourah) arriva à son tour. La douleur rendit Blanche injuste, car elle accusa le premier courrier d'imposture, et permit qu'il fût pendu ; mais bientôt la vérité se confirmant, la douleur de Blanche devint celle de toute la chrétienté. Alphonse, frère du roi, prit la croix pour aller au secours de Louis ; Blanche mit tout en œuvre pour procurer à son fils des secours d'hommes et d'argent. Un homme dont le nom n'est pas connu, mais qu'on dit Hongrois d'origine et qui se fit appeler Jacob, se dit inspiré, et apparut au peuple sous les dehors de la piété. Ses paroles éloquentes assemblèrent autour de lui les bergers et les laboureurs : « Dieu a été offensé du luxe des prélats, de l'orgueil des chevaliers, et il lui a plu choisir les plus humbles sur la terre pour confondre les plus forts ; c'est pourquoi la Vierge elle-même est apparue à son serviteur (c'était ce même Jacob), et lui a commandé d'appeler à lui les bergers qui délivreront le roi de la captivité, et les lieux saints de la domination sarrasine ».

Cette imposture trouva créance ; on répétait, sur toute la terre de France, que le saint homme avait reçu de la Vierge une lettre qu'il tenait toujours enfermée dans sa main droite ; les bruits populaires enchérirent les uns sur les autres, et les Pastoureaux en foule se pressèrent autour de Jacob. Blanche crut pouvoir tirer parti de ce dévouement ; il ne lui semblait pas impossible que Dieu daignât sauver son fils par un miracle ; elle laissa agir le zèle des Pastoureaux, mais bientôt elle apprit que des bandes d'enfants qui s'étaient jointe à eux avaient péri de fatigue et de misère, et que les Pastoureaux commençaient leur mission par des désordres affreux.

Ce n'étaient plus de simples bergers, c'étaient les ribauds et les vagabonds qui s'assemblaient pour cette nouvelle croisade, et leurs apôtres précisaient des doctrines incendiaires et hérétiques. A Orléans, l'un d'eux s'étant mis à prêcher, un étudiant l'apostropha en lui disant : « Tais-toi, menteur, hérétique et méchant, tu trompes ne peuple et tu as menti par la gorge ». Ce fut le signal d'un massacre : un ribaud frappa de sa hache le malheureux étudiant ; les Pastoureaux coururent aux prêtres et en massacrèrent vingt-cinq. Une excommunication lancée à la fois sur tous les Pastoureaux arrêta l'élan des populations ; leur chef fut tué à Paris au milieu d'une prédication et la reste se dissipa.

Cependant, on avait appris promptement la délivrance du roi ; Blanche n'en était pas restée moins empressée de lui envoyer ce qu'elle put de secours à Césarée où il était. Elle vit avec douleur que, pendant ce temps, le pape Innocent IV, tout entier à son inimitié contre la maison de Souabe, faisait prêcher une croisade contre Conrad, successeur de Frédéric II ; c'est avec empressement qu'elle accueillit la demande des seigneurs français, qui la prièrent de confisquer les biens de ceux qui s'enrôleraient dans cette guerre ; elle rendit cette ordonnance pour ses domaines, et les principaux seigneurs en firent autant pour leurs fiefs ; pas un Français ne prit part à la guerre contre l'Allemagne, mais saint Louis n'en vit presque aucun accourir en Palestine. Parmi les bonnes gens de la campagne que les paroles de Jacob avaient séduits, il s'en serait trouvé que la simplicité de leur zèle aurait conduite auprès de leur roi ; mais il leur manquait une direction.

La fermeté prudente et vigilante de Blanche, qui formait le trait le plus remarquable de son caractère, ne connaissait pas d'obstacle ; en 1252, la reine est avertie que les habitants de la commune de Châtenay, n'ayant pas acquitté leurs redevances envers le chapitre de Notre-Dame dont ils relevaient, ont tous été enfermés dans la prison du chapitre près le cloître Notre-Dame ; on lui dit que les cachots sont si étroits, la nourriture si malsaine, et la multitude de prisonniers si grande, que plusieurs ont péri faute d'air et d'aliments.
Blanche de Castille délivre les serfs de Châtenay
Blanche de Castille délivre
les serfs de Châtenay
La reine, émue à la pensée de leurs souffrances, envoie prier les religieux du Chapitre de relâcher les victimes sur sa parole royale ; mais le Chapitre répond « que personne n'avoit rien à voir sur ses sujets » ; et, comme pour combler l'injustice et l'insolence, il fait enlever les femmes et les enfants des prisonniers, il les entasse avec leurs pères et leurs époux dans ces cachots fétides, où la place et l'air manquaient déjà avant leur arrivée.

A cette nouvelle la reine, entourée de ses gardes, accourt à la prison du Chapitre et ordonne de l'ouvrir ; et comme la crainte de l'excommunication rendait ses serviteurs incertains et timides, elle-même, de la canne d'ivoire qu'elle portait, donna le premier coup. Alors, au milieu des cris d'enthousiasme, c'est à qui disputera de zèle pour achever son œuvre. Les prisons sont ouvertes ; les prisonniers se précipitent aux genoux de la reine, et la supplient de les prendre sous sa protection, pour achever ce qu'elle avait commencé, car il fallait les soustraire à la vengeance du Chapitre. Blanche remplit tous leurs vœux, en contraignant le Chapitre à reconnaître moyennant une redevance l'affranchissement de toutes les terres de Châtenay.

Blanche s'affligeait de l'absence de son fils ; le retour d'Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse, de Charles, comte d'Anjou, ne pouvait la consoler ni de la mort de Robert d'Artois, tué à la Mansourah, ni de l'éloignement du roi ; elle tenait d'une main habile les rênes de l'État, qu'elle voulait remettre à saint Louis comme il le lui avait laissé, mais elle craignait de ne plus le revoir. Toujours ferme, elle sut refuser à Henri III le passage par la Normandie, que ce prince lui demandait pour aller réprimer les troubles de ses provinces de France ; ce refus de la régente préserva les peuples des désordres qui accompagnent la route des armées et qui, au Moyen Age surtout, étaient redoutables.

Ce fut à peu près le dernier acte important de l'administration de Blanche de Castille. Elle fut surprise à Melun d'une fièvre violente, qui lui fit juger que sa dernière heure était venue : il fallut la transporter à Paris. Là elle reçut les derniers sacrements des mains de l'archevêque de Paris ; elle se fit coucher sur un lit de cendres, voulut, selon un usage pieux de ce temps, recevoir l'habit religieux que lui donna l'abbesse de Maubuisson, et, après avoir langui cinq ou six jours, elle mourut le 27 novembre 1252.

Le sire de Joinville raconte ainsi la douleur du roi. « Si grand deuil mena, dit le sénéchal, que de deux jours on ne put oncques parler à lui. Après ce, m'envoya quérir par un valet de sa chambre, là où il étoit tout seul ; quand il me vit, il étendit ses bras et me dit : Ah ! sénéchal, j'ai perdu ma mère ! - Sire, je ne m'en émerveille pas, fis-je, que à mourir avoit-elle, mais je m'émerveille que vous, qui êtes un sage homme, avez mené si grand deuil ; car vous savez que le Sage dit que mésaise que l'homme ait au cœur ne lui doit parer au visage. Car celui qui le fait en fait joyeux ses ennemis et en fait tristes ses amis. Moult de beaux services en fit faire Outremer, et après envoya en France un sommier chargé de lettres de prières aux églises, pour ce qu'elles priassent pour elle. Madame Marie de Vertus, moult bonne dame, et moult sainte femme, me vint dire que la reine [Marguerite] menoit moult grand deuil, et me pria que j'allasse vers elle pour la réconforter. Et quand je vins là je trouvai qu'elle pleuroit, et je lui dis que vrai dit celui qui dit que l'on ne doit femme croire à pleurer ; car c'étoit la femme que plus vous haïssiez, lui dis-je, et vous en menez tel deuil ! et elle me dit que ce n'étoit pas pour elle qu'elle pleuroit, mais pour le mésaise que le roi avoit, et pour sa fille (qui puis fut reine de Navarre), qui étoit demeurée seule en la garde des hommes ».

Ce deuil, si profond et si vrai, ne fut point tel que saint Louis ne donnât l'exemple de la plus haute résignation. Son premier mouvement en apprenant son malheur avait été de se jeter à genoux, en s'écriant : « Seigneur mon Dieu, que votre volonté soit faite ! Vous savez que je n'ai jamais aimé aucune créature plus que cette mère qui étoit si aimable, et il me sembloit qu'elle en étoit digne ; je vous rends grâce, ô mon Dieu ! de me l'avoir conservée si longtemps, et je me soumets à votre volonté ! » Puis, se relevant et demeurant avec son aumônier, il voulut dire à haute voix, au milieu des larmes qui altéraient sa parole, l'office des morts pour le repos de l'âme de sa mère, « et, dit le religieux à qui on doit cette relation, il n'en omit pas un verset ». Après trois jours donnés à sa douleur, il fit faire les préparatifs du départ.

Blanche fut inhumée à l'abbaye de Maubuisson, revêtue des vêtements royaux par dessus l'habit religieux, portée à visage découvert sur un trône d'or soutenu par les premiers seigneurs de la cour. Le tombeau, érigé au milieu du chœur, portait une inscription en huit vers latins. La reine avait fondé cette abbaye en 1241. Une charte de la même année atteste qu'elle a bâti ce monastère de filles de l'ordre de Cîteaux, afin d'y faire prier pour l'âme du roi Alphonse, son père, de la reine de Castille, Aliénor d'Angleterre, sa mère, et de Louis VIII, son époux.

Quatre de ses enfants survécurent à Blanche : saint Louis ; Alphonse, comte de Poitiers, qui lui dut son mariage avec l'héritière de Toulouse, Jeanne, et qui mourut au retour de la dernière croisade, en 1271 ; Charles, duc d'Anjou, devenu, par sa femme Béatrice, comte de Provence ; Isabelle, qui fonda l'abbaye de Longchamp.

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