Biographies et portraits des reines, impératrices et régentes Notices biographiques sur les reines et épouses royales. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque reine et régente, impératrice, épouse de monarque, souverain. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer l'importance des reines, impératrices et régentes dans l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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Reines, impératrices, régentes
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BLANCHE de Castille
(née le 4 mars 1188, morte le 27 novembre 1252)
Épouse Louis VIII le 23 mai 1200
Partie 5/6

Blanche vit Marguerite devenir peu à peu une femme éclatante de beauté, cultivée et fort gaie, dont Louis IX était très épris. Cette union fut une des plus heureuses et des plus illustres que célèbrent nos annales : Marguerite de Provence a été la femme respectée et chérie du saint roi ; elle a partagé ses périls ; elle a assisté à ses conseils ; elle s'est instruite à sa vertu et à sa piété ; son courage dans l'adversité a des droits à notre admiration.

L'influence de Blanche de Castille se prolongeait au-delà de sa régence ; dans une occasion où le faible Thibaut se laissait encore entraîner à la révolte, il suffit d'un mot de la reine pour le faire rentrer dans le devoir : « Ah ! comte, lui dit-elle, il est mal à vous de guerroyer contre le roi ; il doit vous souvenir qu'il est venu lui-même pour vous défendre contre vos ennemis ». Le comte répondit : « Ah ! madame, je vous ai dit que ma terre et mon cœur sont à votre commandement, et ne puis faire autrement sinon comme vous voulez » Pierre Mauclerc même se vit forcé de rendre hommage à la reine-mère, et en signant une nouvelle trêve de cinq ans, il s'engagea « à une soumission entière envers le roi, son très cher seigneur, et envers madame Blanche, reine de France ».

La cour de saint Louis, pour être plus sévère que celle de Philippe-Auguste, n'était pas moins splendide. Le mariage de Robert, comte d'Artois, frère du roi, avec Mathilde de Brabant, attira plus de deux cents chevaliers, avec un nombre proportionné d'écuyers et de servants d'armes. A ces fêtes royales, succéda la solennité religieuse qui eut lieu pour la réception de la sainte couronne d'épines qui était alors entre les mains de Baudouin, empereur de Constantinople, et que Louis avait obtenue. C'est un jeudi, 18 août 1239, que le roi, les pieds nus, vêtu d'une simple tunique, alla recevoir la sainte relique à une demi-lieue de Vincennes, au milieu d'un immense concours de peuple, et d'un grand nombre de prélats et de seigneurs qui marchaient la tête découverte et les pieds nus. Le roi et son frère Robert portèrent la précieuse relique, d'abord à Notre-Dame où priaient les reines et le clergé, et de Notre-Dame à la chapelle de Saint-Nicolas, qui depuis, rebâtie et enrichie de dons et d'ornements par les soins de Louis et de sa mère, prit le nom de Sainte-Chapelle.

Douce sécurité ! Heureux règne que celui où les solennités religieuses semblaient être devenues les seules affaires de l'État. Une terreur subite menaça cependant tette paix : le neveu d'Octaï-Khan, Batou, venait de remettre en cendres Moscou et Kiev, de dévaster la Pologne, depuis la Baltique jusqu'à la mer Noire, et on avait vu ses cavaliers courir à travers les plaines de l'Allemagne et de la Hongrie. Dans son effroi, Frédéric II écrivit à tous les rois de l'Europe pour les engager à se réunir à lui, car le péril regardait la chrétienté entière. A la lecture de cette lettre, la reine se jeta dans les bras de Louis IX : « O mon fils ! s'écria-t-elle, voici l'heure où tous les chrétiens vont tomber sous te tranchant du fer !... ». Et le roi de répondre à Blanche en essuyant les larmes de sa mère : « Prends courage, ma mère ; ces Tartares, venus de l'enfer, nous les y renverrons, ou ils nous mettront tous en paradis ».

Mais les conquêtes de Baton et d'Octaï s'arrêtèrent aux rives du Dnièpre, et cette même année 1241, saint Louis, de concert avec sa mère, put s'occuper de soins plus paisibles. Jeanne, comtesse de Toulouse, élevée depuis 1229 sous les yeux de la reine-mère, était fiancée à Alphonse ; la majorité de son frère venue, saint Louis se fit un bonheur de le mettre en possession des états qu'il lui réservait, et tint à cette occasion une magnifique cour plénière à Saumur (juin 1241). C'est après ces fêtes, que le refus que fit le comte de la Marche (Hugues de Lusignan), de prêter hommage au nouveau comte de Poitiers, amena la campagne dans laquelle saint Louis défit, à Taillebourg et à Saintes, le roi Henri III ; on sait aussi quelle fut la modération du roi après la victoire.

Tout ce qui regarde cette expédition (1242), et les deux années qui suivirent, ne laisse paraître le nom de la reine Blanche que dans les actes où son fils s'autorise toujours de l'avis de sa dame et mère chérie, l'illustre reine des François. Ce sont toujours des actes d'équité, une médiation, un règlement utile. Ces éloges sont dus à Blanche de Castille ; mais il faut également rapporter ce que nous dit le bon sénéchal Joinville de son inquiète surveillance sur le couple royal.

Les hostilités entre Blanche et Marguerite prirent une véritable ampleur cette même année, à la naissance d'une seconde fille, Isabelle. Jalouse du cœur de son fils, la reine-mère avait dès leur mariage mis un soin étrange à empêcher les époux d'être ensemble. C'est en se cachant de sa mère, que saint Louis pouvait voir sa femme ; quand la sévère Blanche les surprenait : « Que faites-vous ? disait-elle à son fils, vous employez mal le temps, sortez ! » et le roi, accoutumé à obéir aux moindres désirs de sa mère, n'alléguait ni sa puissance ni son autorité : il sortait ; mais, pour tromper cette surveillance importune, il avait accoutumé un petit chien à l'avertir quand la reine-mère arrivait, et dès qu'il entendait le chien japper, il se retirait.

Le lieu qu'il préférait habiter était son hôtel de Pontoise, parce que là sa chambre était au-dessus de celle de Marguerite, et toutes deux éloignées de l'appartement de la reine-mère. Des officiers annonçaient, par un bruit de verges, l'arrivée de Blanche, et le roi avait ordinairement le temps de remonter dans son appartement avant d'être surpris ; mais un jour, écrit Joinville, la reine-mère entra subitement, et trouvant le roi assis auprès du lit, les deux mains de la reine dans les siennes, elle se montra fort courroucée, et ordonna à son fils de se retirer ; la jeune reine alors fondit en larmes : « Ah ! s'écria-t-elle, ne me laissera-t-on voir mon seigneur ni en la vie ni en la mort ? » et elle s'évanouit. Le roi rentra aussitôt, plein d'émotion ; car en entendant la voix de la reine et en la voyant retomber sur ses oreillers, il crut qu'elle allait mourir. Il la consola, et, dit l'historien, « on eut bien de la peine à la remettre en point ».

Le sire de Joinville peint, avec la même naïveté, ces troubles entre Blanche et Marguerite, la déférence, la tendresse de Louis pour toutes deux, et les sentiments de droiture de la jeune reine qui, sans aimer sa belle-mère, rendait hommage à ses talents, et respectait l'amour que son fils lui portait. Louis, de son côté, avait pour Marguerite une tendresse véritable, et lui faisait rendre, en toute occasion, ce qu'on devait à son rang. Lorsqu'elle l'eut rendu père (par la naissance de Louis, son fils aîné, le 24 février 1244), il donna des fêtes et reçut avec de grands honneurs la comtesse Béatrice de Savoie, mère de Marguerite, venue de Provence pour assister aux couches de sa fille. Béatrice passa l'été tout entier à la cour de France, et se trouva si bien de l'accueil qu'elle y reçut, que les fêtes données par saint Louis à la comtesse devinrent pour Henri III d'Angleterre un motif d'émulation ; et quand il reçut sa belle-mère à son tour (car il avait épousé une sœur de Marguerite), il se crut obligé à lui rendre les mêmes honneurs ; mais il le fit sans mesure, et les dépenses qui en résultèrent déplurent aux Anglais.

Le temps devait bientôt venir où Blanche de Castille allait entrer dans une seconde régence, temps de douloureuses épreuves pour son cœur maternel. La santé du roi avait beaucoup souffert depuis l'expédition du Poitou ; dans les premiers jours de l'Avent (1244), il fut atteint d'une maladie qui le mit aux portes du tombeau. Les deux reines, en prières autour de son lit, demandaient à Dieu sa guérison, et, dans toute la France, les églises se remplissaient d'une affluence éplorée qui demandait au Seigneur la vie d'un si bon roi, rapporte Guillaume de Nangis. On avait découvert toutes les châsses, et placé les corps des saints sur les autels, « pour ce que le peuple, qui n'a pas accoutumé à les voir hors de leurs caveaux, priât plus dévotement Notre-Seigneur pour le roi », écrit le chroniqueur.

Tant de prières, cependant, n'avaient pas paru exaucées ; tout espoir semblait perdu : « Il fut, si, comme il le disoit, raconte Joinville, à tel méchef, que l'une des dames qui le gardoient lui vouloient traire [tirer] le drap sur le visage, et disoit qu'il étoit mort ; et une autre dame qui étoit à l'autre part du lit, ne le souffrit mie, aimais [mais] disoit qu'il avoit encore l'âme au corps. Comme il ouït le discors [discord, dispute] de ces deux dames, Notre-Seigneur opéra en lui, et lui envoya santé tantôt, car il ne pouvoit parler. Sitôt qu'il fut en état, il requit qu'on lui donnât la croix, et ainsi fit-on. Lors la reine, sa mère, ouïr que la parole lui étoit revenue, et elle en fit si grande joie comme plus elle put ». Le roi lui apprit alors que, tandis qu'on le tenait pour mort il avait conservé toute sa connaissance, et que dans le fond de son cœur, il avait promis à Dieu de se croiser si la santé lui était rendue.

Mais la reine-mère se sentit presque défaillir à cette nouvelle, « et quand elle sut qu'il s'étoit croisé, continue Joinville, ainsi, comme lui-même le contoit, elle mena aussi grand deuil comme si elle le vit mort ». Elle embrassa les genoux de son fils, et le supplia avec larmes de renoncer à ce projet : « Dieu ne peut demander que tu quittes ton peuple ; c'est dans la faiblesse de ton mal que tu as fait ce vœu dont l'Église peut te relever ». Mais le roi persista dans son dessein. Les souffrances de ses frères opprimés en Orient, appelaient toute sa sollicitude vers leur délivrance. « J'ai promis au Seigneur, disait-il, et dès l'heure même je me suis senti guéri ; je ne puis manquer à mon Seigneur ».

L'évêque de Paris s'approcha de son lit, il lui parla des besoins de son peuple, des difficultés de l'entreprise, et essaya de rassurer sa conscience en lui disant : « Cher sire, le vœu que vous avez fait, comment vous engageroit-il, puisque vous étiez comme mort et anéanti dans la maladie et la souffrance, lorsque, sans le savoir, vous le formâtes. - Je l'ai fait dans mon cœur sans prononciation de parole, mais de mon libre consentement », répondit le roi. Il fallut céder à une volonté si formelle ; mais la reine-mère n'eut plus un moment de bonheur.

Avant son départ, Louis célébra en 1246 le mariage de son frère, Charles, comte d'Anjou, avec Béatrice de Provence, la quatrième fille de Raymond Bérenger IV. Béatrice, reconnue par le testament de son père (mort l'année précédente) seule héritière de la Provence, donnait cette riche contrée au frère de saint Louis. L'habileté de Blanche concourut encore à cette alliance : « Jà furent présents à son mariage la mère à la demoiselle et ses nobles oncles... Je ne saurois vous dire ni raconter l'honneur, la joie, ni la fête que l'on fit aux noces... Le jour de la Pentecôte en suivant, le roi tint grand cour de barons et de chevaliers et d'autres gens, au château de Melun sur Seine, fit son frère Charles chevalier, et lui donna le comté d'Anjou et du Maine ».

Le temps s'écoulait, près de quatre ans s'étaient écoulés depuis le jour où Louis avait prononcé son vœu ; la reine-mère essaya encore de le détourner de sa résolution ; elle lui représentait la faiblesse de santé, elle le suppliait de ne point la laisser chargée de nouveau du soin de l'État. L'évêque de Paris la secondait : « Ce vœu que vous avez fait, répétait-il au roi, ne peut être valable ; votre esprit était absorbé par le mal quand vous l'avez formé. - Eh bien, dit un jour saint Louis d'une voix ferme, puisque vous croyez que je n'étais pas en moi-même quand j'ai prononcé ce vœu, voilà ma croix : je vous la rends. Mais à présent vous ne pouvez nier que je ne sois dans la pleine jouissance de mes facultés ; rendez-moi donc cette croix, car celui qui sait toutes choses sait qu'aucun aliment n'entrera dans ma bouche jusqu'à ce que j'aie été de nouveau marqué de son signe ». On était à la fin de 1247.

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