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BLANCHE de Castille
(née le 4 mars 1188, morte le 27 novembre 1252) Épouse Louis VIII le 23 mai 1200 Partie 4/6
Blanche sut déjouer ses desseins. Elle porta la guerre en Bretagne avant que le roi d'Angleterre y pût venir ; au printemps de 1230, elle prit les deux châteaux d'Adon et de Chantoceaux ; elle ne chercha pas à retenir les seigneurs quand le temps de leur service féodal fut achevé, mais quand elle apprit que Henri III, débarqué à Saint-Malo, était reçu à la cour de Bretagne avec une grande somptuosité, elle convoqua de nouveau les seigneurs à Angers, pour les y engager à prendre la défense du roi. Le jeune monarque à leur tête s'empara d'Ancenis, et, de là, somma le comte de Bretagne de comparaître devant ses pairs ; sur son refus, les seigneurs assemblés pour le juger le déclarèrent privé de son fief de Bretagne. La sentence rendue maintenait le droit du roi, mais la guerre n'eut pas lieu. Henri se contenta d'attaquer Saintes (ce qu'il fit sans succès) et de prendre la petite ville de Mirebeau. Content de ce facile avantage, il se reposa à Nantes, où il passa l'hiver en fêtes. Encore cette année, les vassaux ne finirent leur temps de service que pour se jeter sur la Champagne et la ravager de manière à n'y plus laisser ni vignes, ni vergers. Thibaut, qui avait été obligé de chercher un refuge à Paris, finit par donner une sorte de satisfaction à ses ennemis en promettant de se croiser avec cent chevaliers pour la Terre-Sainte. C'était une expiation brillante qui satisfaisait à tout : Philippe de Hurepel, qui prétendait n'avoir à cœur que la vengeance de la mort du roi, son frère, promettait, à ce prix, de rester tranquille ; tous les seigneurs jurèrent de respecter désormais l'autorité du roi, et se contentèrent de la promesse de la reine et de son fils, qu'ils observeraient les droits et les privilèges du royaume, droits et privilèges qu'on ne spécifia même pas ; mais tous les troubles de la régence de Blanche furent apaisés par cette paix, jurée en septembre 1230. Le roi d'Angleterre quitta la France n'ayant ni la volonté, ni le pouvoir de porter le poids de la guerre. Pierre Mauclerc était le seul qui ne fût pas entré dans la pacification ; mais enfin le roi étant parvenu à l'âge de seize ans, la résistance ayant été jusque là onéreuse, Pierre consentit à négocier. Les plénipotentiaires de Henri III et de Louis IX réglèrent, à Saint-Aubin des Cormiers, la trêve qui consomma tous les travaux de Blanche. Cette trêve, conclue pour trois ans avec la clause de la renouveler, fut signée 4 juillet 1231. Philippe de Hurepel en fut nommé conservateur. La reine s'attacha ensuite à contenter par des dons les seigneurs qui l'avaient le mieux servie, et, tranquille à Paris, ou dans les divers domaines royaux, elle administra en paix le royaume. Cinq années de bonheur s'écoulèrent sous la fin paisible de sa régence ; car nous n'appellerons pas du nom de troubles une reprise d'armes à l'expiration de la trêve de Saint-Aubin, reprise qui fut suivie immédiatement d'un traité de paix définitif, signé à Paris, entre le comte de Bretagne et la reine, et qui mit fin à toutes les guerres que la régente avait eu à soutenir contre les vassaux de la couronne. Son administration éclairée et vigilante s'étendit à tout, autant que le pouvait la royauté faible encore du Moyen Age ; car trop souvent, dans ce temps de force brutale, où le sang coulait sur de frivoles prétextes, la répression du désordre devenait un autre mal. En 1229, à la fin du carnaval, quelques écoliers de l'Université prirent querelle avec un marchand de vin du faubourg Saint-Marcel. Les bourgeois ayant donné raison au marchand, des ouvriers de leur parti maltraitèrent les écoliers. L'Université se composait alors de quarante-deux mille étudiants de tout âge ; car les hommes faits venaient y suivre des cours, et il s'en trouvait depuis l'âge de quinze ans, jusqu'à l'âge de cinquante ans. La querelle avait eu lieu le lundi gras ; le lendemain les écoliers revinrent en force, faisant main-basse sur tous les cabarets, enfonçant les portes, brisant les tonneaux, et ne jugeant leur vengeance satisfaite que lorsqu'ils eurent frappé tous les bourgeois qu'ils rencontrèrent. Plainte fut portée à la reine par tout le faubourg Saint-Marcel. Les rois n'avaient point encore de milice réglée, ils attachaient à leur service des hommes de bonne volonté qui, sous le nom de routiers, obéissaient, pour un temps, à celui qui voulait les employer; mais ces routiers étaient pour la plupart des hommes sans aveu,
Or, il se trouvait que ceux-ci, en congé pour les vacances du carnaval, n'avaient aucune connaissance de ce qui s'était passé au faubourg Saint-Marcel. L'Université était trop jalouse de ses privilèges, pour laisser passer sans réparation un outrage aussi grand : elle déclara qu'elle ne resterait pas dans un lieu où ses écoliers n'étaient pas en sûreté, et, se dispersant, les professeurs emmenèrent leurs écoliers à Angers, à Poitiers, et dans d'autres villes où ils recommencèrent leurs cours. Il fallut la médiation du pape Grégoire IX pour apaiser ce différend. Encore la reine se vit-elle obligée de faire les premières avances pour obtenir le retour de l'Université, qui ne consentit à rentrer à Paris qu'après avoir obtenu réparation des habitants du faubourg Saint-Marcel, où s'était passée la première querelle. Si l'on excepte cet incident, aucun événement ne vint troubler l'État. Les chroniqueurs ne nous parlent en détail que de l'inquiétude causée à la cour et parmi le peuple par la disparition du clou miraculeux, relique déposée à Saint-Denis, et dont la perte fut pleurée comme un malheur public ; quand, au bout de cinq jours, on eut retrouvé la sainte relique, le roi lui-même voulut la porter processionnellement, et la joie fut égale à la douleur. Saint Louis avait presque vingt ans ; aucune faute n'était échappée à ses jeunes années ; on citait les traits de sa charité, son aptitude à étudier tout ce qui est utile à un roi ; le temps était venu où il allait tenir les rênes du gouvernement. Pourtant des accusateurs calomnieux lui prêtaient des maîtresses, l'accusant « de s'abandonner avec elles aux plaisirs les plus criminels », écrit dom Bévy dans son Histoire des inaugurations des rois. Quelques personnes se prétendant bien renseignées fournirent amples détails, déclenchant un scandale, tout Paris ne parlant que des orgies du roi. On raconta que Blanche, non seulement approuvait ces désordres, mais encore en était l'instigatrice. Un religieux faisant de vives réprimandes à la reine à ce sujet, s'entendit répondre qu'elle aimerait mieux voir mourir son fils, malgré toute la tendresse qu'elle avait pour lui, que de le voir encourir la disgrâce de son Créateur par un seul péché mortel ; paroles répétées de siècle en siècle à la louange de Blanche de Castille. Blanche résolut de marier son fils, et envoya des religieux à la recherche de princesses nubiles qui devaient, écrit Guy Breton, remplir deux conditions : être vertueuses et n'être point trop jolies. Blanche, en effet, désirait que le jeune roi ne s'attachât pas excessivement à sa nouvelle épouse et qu'il ne tombât pas, à cause d'un minois trop gentil, dans les pièges de l'amour sensuel, c'est-à-dire dans le péché... La reine craignait en outre qu'une jolie femme ne prît sur le roi trop d'ascendant. Or elle voulait continuer à régner sur le cœur et l'esprit de son fils comme par le passé. Elle jeta les yeux sur Marguerite, l'aînée des quatre filles de Raymond Bérenger IV, comte de Provence. Son ambassadeur Flagens put lui dire ce que déjà la renommée racontait du mérite et de la modestie de la jeune princesse. Un poète provençal ayant composé, en l'honneur de celle-ci, des vers trop passionnés qu'il avait osé lire devant elle, elle s'était montrée sévère et avait demandé à son père l'exil du poète, qui avait été relégué à Hyères (il ne fut rappelé qu'après le mariage de Marguerite). Ce fait, raconté à la cour de France, n'y déplut pas. Blanche fit faire la demande en mariage par l'archevêque de Sens, Gautier, qui amena Marguerite en France et bénit l'union des époux dans la cathédrale de Sens, le 27 mai 1234. La jeune reine, âgée de treize ans et que Blanche trouvait trop ravissante, avait pris pour devise une guirlande entrelacée de lys et de marguerites, guirlande qui se retrouvait sur l'anneau nuptial, avec ces mots gravés sur la pierre en saphir : Hors Dieu et cest anel, n'ay point aultre amor ! La même devise était répétée sur l'agrafe du manteau royal. Ce mariage mit fin aux malheurs de Raymond, comte de Toulouse, car la reine-mère prit à tâche de le réconcilier à la fois avec Raymond Bérenger, qui lui faisait la guerre, et avec le pape Grégoire IX, qui consentit à rendre à Raymond VII le comtat Venaissin et le marquisat de Provence. Guy Breton rapporte les surprenantes premières nuits de noces des mariés. Conduite en grande pompe jusqu'à sa chambre, Marguerite de Provence se coucha et attendit son époux avec une impatience non dissimulée. Louis n'étant pas encore là deux heures plus tard, la jeune reine envoya une dame de sa suite s'enquérir de cette absence, qui lui apprit que le roi était à la chapelle, en prière. A l'aube, Louis n'étant pas venu, Marguerite s'endormit en pleurant. Le lendemain soir, nouvelle attente vaine. Le roi priait toujours. Le surlendemain, même chose. Enfin, le quatrième soir, Louis reçut de Blanche l'autorisation d'aller remplir ses devoirs d'époux : « Allez, dit-elle d'un ton aigre, et songez à votre descendance ! » Puis elle se plaça dans le couloir et attendit en faisant les cent pas. Quand les choses lui semblèrent terminées, elle entra dans la chambre nuptiale. « En voilà assez pour ce soir ! dit-elle. Maintenant, Louis, relevez-vous ! ». Et, sans un mot pour Marguerite, elle ordonna au roi d'aller finir la nuit tout seul dans une pièce voisine. :: Biographie de Blanche de Castille - Partie 1/6 - Partie 2/6 |
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