Biographies et portraits des reines, impératrices et régentes Notices biographiques sur les reines et épouses royales. Vie, histoire, portrait.
Le portrait de chaque reine et régente, impératrice, épouse de monarque, souverain. Biographie, caractère, oeuvre, actions marquantes de leur règne, afin de montrer l'importance des reines, impératrices et régentes dans l'Histoire de France. Dynasties des Mérovingiens, Carolingiens, Capétiens, Bourbons, Valois.
Rois, empereurs, présidents. Date de règne, vie et oeuvre
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Reines, impératrices, régentes
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BLANCHE de Castille
(née le 4 mars 1188, morte le 27 novembre 1252)
Épouse Louis VIII le 23 mai 1200
Partie 2/6

La campagne ne réussit pas moins. Le roi prit Avignon ; Nîmes et Beaucaire lui remirent leurs clefs ; partout on se soumettait, et Louis VIII, après avoir confié le gouvernement de la province à Humbert de Beaujeu, jugea la guerre finie et voulut s'acheminer vers Paris. Blanche l'y avait devancé : elle l'avait suivi au commencement de cette campagne, faisant toujours dresser sa tente à côté de celle du roi. Les germes d'une maladie épidémique, qui avait déjà frappé un grand nombre de victimes au camp d'Avignon, se développèrent dans l'armée à l'entrée de l'Auvergne. Le 29 octobre, en traversant Montpensier, le roi se sentit atteint, et fut forcé de s'arrêter. Le 3 novembre il appela autour de son lit les seigneurs qui l'avaient accompagné.

C'étaient son frère, Philippe dit de Hurepel (que Philippe-Auguste avait eu avec sa troisième épouse, Agnès de Méranie), comte de Boulogne, les archevêques de Bourges, de Senlis, de Noyon et de Chartres, Enguerrand, comte de Blois, Archambaud de Bourbon, le sire de Nesle. Il leur fit jurer qu'ils demeureraient fidèles à son fils ; qu'ils le feraient couronner sans délai et qu'ils lui prêteraient hommage ; par son testament, il laissa la tutelle à sa femme
Siège d'Avignon en 1226
Siège d'Avignon en 1226
Blanche de Castille. Le roi mourant recueillit toutes ses forces et fit les plus pressantes instances pour s'assurer de l'obéissance des seigneurs à sa femme et à son fils.

Il mourut le 8 novembre 1226 avec le courage et la foi d'un héros chrétien. La pureté de ses mœurs l'avait distingué ; la bonté de son cœur jointe à son amour pour la guerre lui mérita le surnom de Lion-Pacifique que ses contemporains lui donnèrent, en voyant dans sa mort la réalisation d'une prophétie de Merlin : « Le lion mourra dans Montpensier ». Une médaille frappée sous son règne représentait un lion paisible, avec cette exergue : Non furit, sed dominatur (Non pas furieux, mais dominateur).

Blanche eut douze enfants avec Louis VIII : une fille, née en 1205, qui vécut quelques jours seulement ; Philippe, né le 9 septembre 1209 et mort en 1218 ; des jumeaux, Alphonse et Jean, le 26 janvier 1213, qui décèdent aussitôt ; Louis, né le 25 avril 1214, qui deviendra roi sous le nom de Louis IX ou Saint-Louis ; Robert, né en 1216 et tué à la bataille de Mansourah en 1250, qui fut comte d'Artois et épousa Mahaut de Brabant ; Jean, né en 1219 et mort en 1232, comte du Maine et d'Anjou ; Alphonse, né en 1220 et mort en 1271, comte de Poitiers et de Toulouse ; Philippe-Dagobert, né en 1222 et mort à l'âge de dix ans ; Isabelle, née en 1224 et morte en 1268, fondatrice du monastère de Longchamp et sœur préférée de saint Louis, qui fut honorée du titre de bienheureuse ; Étienne, né en 1225 vivant seulement quelques jours ; Charles, né en 1227 et mort en 1285, à l'égard duquel Blanche fit preuve de faiblesse, roi de Sicile, roi de Naples, roi de Jérusalem et comte de Provence.

Blanche, après la pompe des obsèques qui eurent lieu le 15 novembre 1226, conduisit son fils à Reims pour y être sacré. Les seigneurs, qui avaient prêté serment au lit de mort de Louis VIII, invitèrent les pairs et le baronnage de France à la solennité du sacre. Le 29 novembre, le dimanche avant la saint André, était le jour fixé pour la solennité. C'était sagesse d'en avoir hâté le terme, car mille réclamations s'élevèrent sur cette lettre de convocation. Il fallait d'abord remettre en liberté les pairs et les barons retenus prisonniers depuis la bataille de Bouvines. On ne pouvait se passer de la présence de Ferrand, comte de Flandre, de Renaud, comte de Boulogne. Il fallait plus de temps pour s'assembler et appeler les seigneurs éloignés. Il fallait, pour chaque baron, une garantie que nul ne pourrait désormais être dépouillé de ses biens, et privé de ses droits, que par jugement des pairs.

Blanche était seule pour faire face à l'orage ; car sa régence n'était encore agréée d'aucun seigneur. Toutefois Philippe de Hurepel, seul fils survivant de Philippe-Auguste et frère du défunt Louis VIII, n'osait la revendiquer ouvertement à cause de l'irrégularité de sa naissance (bien que reconnu fils légitime de Philippe-Auguste par le pape en 1201, il était issu d'un mariage dissous par ce même pape en 1200) ; le comte de Champagne ne parut point ; le comte de Bretagne et le comte d'Angoulême étaient trop loin pour prendre un parti.

La reine n'avait auprès d'elle d'autre conseil que celui du légat du pape le cardinal romain de Saint-Ange ; mais c'était un homme habile et tout dévoué à la reine ; il l'engagea à ne pas se préoccuper des obstacles, et Blanche partit. Elle fit armer son fils chevalier à Soissons, et elle arriva avec lui à Reims le 29 novembre. Quoique incomplète, l'assemblée des seigneurs se trouvait néanmoins nombreuse et imposante, et le sacre se fit avec solennité. On y voyait le roi de Jérusalem, Jean de Brienne, Philippe de Hurepel, oncle du roi, Hugues IV, duc de Bourgogne (il était le seul pair présent et n'avait pas quatorze ans), les comtes de Dreux, de Blois, de Bar, trois frères de l'illustre maison de Coucy, et un nombre considérable d'évêques.

La comtesse de Flandre y représentait son mari prisonnier, et la comtesse douairière de Champagne y était venue à la place de son fils ; car, dans le souvenir de sa résistance à Louis VIII, on avait cru prudent de refuser à ce seigneur l'entrée de Reims ; d'ailleurs un bruit odieux courait sur lui : on l'accusait d'avoir empoisonné le roi. Son absence donna lieu à un débat assez singulier. Sa mère qui le représentait voulait tenir l'épée
Mort de Louis VIII en 1226
Mort de Louis VIII en 1226
devant le roi ; Jeanne de Flandre, présente pour son mari, élevait la même prétention, et on eut beaucoup de peine à faire consentir les deux nobles dames à laisser le comte de Boulogne tenir l'épée à leur place.

Louis IX n'avait que douze ans et demi : tout le temps de la solennité on vit sur son visage l'impression du recueillement le plus profond, et le sire de Joinville nous apprend qu'au fond de son cœur il répétait ces paroles de David : « Mon Dieu ! J'ai élevé mon âme vers vous et c'est en vous que j'ai mis toute ma confiance ». Au sortir du temple, Blanche ayant embrassé tendrement son fils, se prépara à maintenir les droits du nouveau roi.

II fallait déjouer la ligue formidable qui se formait, car le comte de Champagne, doublement aigri et de la calomnie qui le flétrissait et de l'affront qu'il avait reçu au sacre, venait de se joindre à cette ligue : ceux qui y étaient déjà entrés étaient le comte de Bretagne, Pierre Mauclerc ; Lusignan, comte de la Marche, et sa femme Isabelle (veuve de Jean sans Terre), comtesse d'Angoulême ; le vicomte de Thouars et Savary de Mauléon. Dans un si grand embarras, Blanche devait chercher à s'attacher par des bienfaits ceux qui avaient embrassé ses intérêts ; aussi récompensa-t-elle tous les vassaux qui avaient assisté au couronnement ; elle remit le comte Ferrand en liberté et se contenta d'une rançon beaucoup moindre que celle qu'avait refusée Louis VIII.

Pour s'attacher Philippe de Hurepel, elle resserra la prison de Renaud, comte de Boulogne (c'est depuis la captivité de Renaud que le comté de Boulogne avait été donné à Philippe de Hurepel), qui aurait pu disputer son héritage au fils de Philippe-Auguste, et assura à ce même Philippe, son beau-frère, le château de Mortain et de Lillebonne. Tant que la ligue ne donna pas le signal de la guerre, Blanche se borna à donner des témoignages de bienveillance à ceux dont elle espérait se faire des amis ; mais quand elle apprit que Thibaut assemblait des armes et des vivres, elle fit un appel à tous les vassaux de la couronne, leur annonçant que chaque chevalier eût à amener des hommes d'armes à Tours, où le jeune roi se trouverait et les commanderait en personne.

En même temps elle écrivit à tous les seigneurs confédérés pour qu'ils vinssent prêter hommage. Thibaut répondit le premier à cet appel ; le 20 février 1227, il vint à Tours où la reine et son fils étaient avec le légat et les comtes de Boulogne et de Dreux. Elle le reçut avec une bienveillance marquée, comme s'il avait toujours été le sujet le plus fidèle : le roi lui fit aussi un accueil très gracieux. C'est à la passion de Thibaut pour la reine qu'on a attribué ce prompt retour. Voici le gracieux récit du chroniqueur : « A donc, dit-il, le comte, regardant la reine qui tant étoit belle et sage, s'écria, tout ébahi de sa grande beauté : Par ma foi ! Madame, mon cœur et toute ma terre sont à votre commandement ; ce n'est rien qui vous fît plaisir que ne fisse volontiers ; et jamais, si Dieu plaît, contre vous ni les vôtres ne n'irai ».

A une seconde sommation du roi, plusieurs autres seigneurs quittèrent la ligue ; le comte de Bar avait prêté l'hommage, d'autres s'étaient joints à la reine ; enfin, sans qu'on eût combattu, la ligue se trouva dissipée. Le 27 mars 1227, le comte de Bretagne et le comte de la Marche comparurent à Vendôme, et y signèrent un traité. Le duc promit à la reine sa fille Yolande pour un des frères du roi , et la reine eut la satisfaction d'amener son fils à Orléans après avoir triomphé de la mauvaise volonté des seigneurs et les avoir forcés à reconnaître sa régence.

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