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Pierre CHIRAC et son projet de
création de l'Académie de médecine (D'après Commentaires de la Faculté de médecine de Paris : années 1777
à 1786 et Biographie universelle paru vers 1860) Né à Conques-en-Rouergue en 1650 de parents peu fortunés qui le destinèrent à l'état ecclésiastique, il fit ses humanités à Rodez et se rendit en 1678 à Montpellier pour y étudier la théologie. Placé chez un pharmacien en qualité de précepteur, il y puisa le goût de la médecine, et ne tarda pas à s'y distinguer parmi les élèves de l'Université. Michel Chicoyneau, qui en était le chancelier, lui confia l'éducation de ses enfants. Extrêmement laborieux et très assidu aux leçons publiques des professeurs, Chirac fut bientôt en état d'en donner lui-même de particulières. Revêtu du doctorat en 1683, il obtint en 1687 une chaire qu'il remplit avec autant de zèle que de succès, et fut nommé médecin de l'armée de Roussillon en 1692, commandée par le maréchal de Noailles. Une épidémie de dysenterie s'étant mise dans les troupes, et l'ipécacuanha étant resté inefficace, il donna avec succès du lait coupé de lessive de sarment de vigne. Il ne quitta ces fonctions que pour occuper celles de médecin du port de Rochefort, ville alors insalubre où sévissait la Maladie de Siam. Il n'hésita pas à pratiquer plusieurs centaines d'autopsies.
Rentré à Montpellier au bout de deux ans, il y prit les fonctions de professeur et eut alors deux querelles scientifiques retentissantes : l'une sur l'acide du sang, avec Vieussens, de Montpellier ; l'autre sur la structure des cheveux, avec Sorazzi, médecin italien. Il accompagna le duc d'Orléans en Italie en 1706 et en Espagne en 1707, et s'attira l'amitié solide de ce prince en s'opposant à ce qu'on lui amputât le bras après une blessure du poignet reçue au siège de Turin ; il le soigna et le guérit par des bains prolongés d'eau de Balaruc qu'il fit venir spécialement dans ce but. Aussi fut-il ramené à Paris par ce prince qui, devenu régent, le choisit pour son premier médecin en 1715. A ce titre, il jouit d'une influence tout à fait prépondérante ; toutes les faveurs, toutes les dignités se succédèrent rapidement. Honoré en 1716 du titre d'associé libre de l'Académie des sciences, il remplaça Fagon dans la surintendance du Jardin royal des plantes en 1718. Il avait 70 ans lorsqu'en 1720 éclata la peste de Marseille. Les vieux souvenirs de l'épidémie de Rochefort l'excitaient à partir ; le roi l'en empêcha, mais le chargea de l'organisation des secours. En 1728, il reçut des lettres de noblesse. En outre, le registre n° 326 des manuscrits de la Bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris contient plusieurs pièces, projets d'édits, non datés malheureusement, mais où le rôle tout à fait dominateur destiné à Chirac trahit le rédacteur des projets, Chirac lui-même. On pourrait aussi le reconnaître à certaines exagérations... toutes méridionales dirent certains détracteurs qui le décrivirent comme un personnage à l'ambition démesurée et à la vanité ridicule. Dans un Projet pour augmenter le nombre des médecins et les moyens d'en former d'excellents, il affirme que le moyen le plus efficace d'obtenir ce résultat doit être que, « comme en Espagne, le premier médecin du Roy soit le chef de la médecine du royaume ». Il annonce ensuite son projet d'élever les chirurgiens à la médecine, ou les médecins à la chirurgie, et cite à l'appui de sa thèse le cas des corps de troupe qui n'ont que des chirurgiens, souvent illettrés, ne connaissant rien à l'anatomie au grand détriment de la santé des hommes ; et il avance que, dans la dernière guerre, il a péri 200 000 soldats de blessures, mais 1 200 000 de maladies faute d'un secours raisonnable. Des chiffres sans doute exagérés. Les Mémoires de l'Académie de chirurgie de 1819, nous apprennent que l'étroite amitié qui unissait de la Peyronie (premier chirurgien du roi) et Chirac, premier médecin du roi depuis 1731, était la base d'une confidence mutuelle sur les desseins qu'ils avaient conçus pour les progrès respectifs de la médecine et de la chirurgie. Chirac désirait en effet vivement établir à Paris une Académie de médecine, qui devait correspondre avec les médecins de tous les hôpitaux du royaume et des pays étrangers, pour leur proposer des remèdes à éprouver dans les différentes maladies, recueillir soigneusement le résultat de ces expériences, ainsi que les observations fournies par l'ouverture des cadavres, et former, par ce moyen, un corps de médecine fondé sur des faits avérés. Cette Académie ne devait pas être composée des seuls médecins de la Faculté de Paris, qui regarda cet établissement comme contraire à ses droits et privilèges. D'ailleurs, Pierre Chirac et les premiers médecins du roi auraient été présidents perpétuels de cette Académie. La Faculté craignit qu'une telle prérogative ne donnât aux premiers médecins du roi un pied dans les affaires de la Société, et déclara qu'on exclurait tous ceux de son corps qui s'aviseraient d'entrer dans cette Académie et qu'on ne les admettrait plus jamais à la consultation. L'Académie de médecine n'eut pas lieu : elle avait bien eu l'approbation du ministère, puisque les lettres patentes pour son établissement avaient été dressées et scellées. François de la Peyronie profita de la circonstance et obtint dans les corps des chirurgiens de Paris la formation d'une Académie Royale de chirurgie (18 décembre 1731). Le Recueil de pièces manuscrites évoqué plus haut contient plusieurs pages corrigées, sinon écrites, de la main de Chirac, fort intéressantes au point de vue de l'étude de ce personnage ; en voici l'analyse résumée par Varnier. La pièce n°16 ne porte ni date, ni titre. « Nous sommes informés que beaucoup de personnes sans titre et sans capacité, abusant criminellement de la crédulité des peuples aux dépens de la vie des malades, continuent d'exercer la médecine dans
« Il est nécessaire de rappeler chacun à sa place par le présent édit perpétuel et irrévocable, règlement général concernant les études de la médecine et l'obtention des degrés. Chargeons le sieur Chirac, notre premier médecin, de la direction et inspection générale des études et réception des médecins dans toutes les Écoles du royaume en qualité de surintendant des trois corps de la médecine, pour veiller par lui-même ou par ses lieutenants, etc. « Et, dérogeant à l'article de l'édit donné en faveur du sieur Fagon, nous permettons à notre premier médecin et à ses successeurs de nommer des lieutenants également dans les villes où il y a Université de médecine comme dans toutes autres, aux conditions d'y nommer toujours pour son lieutenant le doyen, chancelier et président de chaque Faculté. » Le n°17 est un Projet d'Édit pour l'Académie de médecine. Le n°18 est intitulé Statuts et règlements que Sa Majesté veut estre régulièrement observés dans les Académies Royales de médecine pratique et expérimentale établies à Paris et à Montpellier (les corrections du texte sont toujours de la même écriture). Le n°19 n'a pas de titre. Il est à l'usage de Chirac.
« L'examen des chirurgiens et barbiers de village sera fait par les lieutenants du premier médecin. Les apprentis en apoticairerie et chirurgie seront dégrossis dans les hôpitaux généraux pour être envoyés dans les hôpitaux de guerre où il y a pénurie. Et étant informé que les chirurgiens de campagne tournent à leur usage et vendent les remèdes que nous faisons distribuer charitablement dans les généralités de notre royaume pour le soulagement des pauvres de la campagne, nous ordonnons que lesdits remèdes de charité ne seront remis désormais qu'entre les mains des curés des bourgs et villages et préparés par nos apoticaires du corps sur le choix et la liste qui leur en sera donnée par notre premier médecin, que nous authorisons à les faire distribuer dans toutes les généralités du Royaume sur la demande qui en sera faite par les intendants desdites généralités. « Et, désirant rétablir les 3 corps de la Médecine dans leur ancien lustre, dans la forme et dans l'étendue naturelle que doit avoir chacune des trois professions, suivant les ordonnances et règlements donnés par les Roys nos prédécesseurs, et voulant, à cet effet, être pleinement informé de toutes les altérations arrivées par laps de temps dans lesdites trois professions qui composent le corps de la Médecine et des usurpations réciproques qu'elles ont faites les unes sur les autres, en excédant les limites qui leur avoient été prescrites de toute ancienneté et dans leurs premiers établissements, et connoissant l'attachement du sieur Chirac à notre service, sa droiture, son impartialité et sa capacité en tout ce qui regarde l'étendue desdites trois professions, l'avons créé et érigé en la qualité de Directeur général des Études et Éducation desdites trois professions, et en celle de conservateur de leurs statuts et privilèges, l'authorisons à se les faire représenter et à établir des délégués et lieutenants dans toutes les Facultés et autres corps de médecine de notre royaume pour, sur les informations faites sur les lieux de l'état où sont les Facultés, du relâchement qui sera survenu tant par rapport à l'instruction et éducation de la jeunesse que par rapport à leur réception aux grades et des usurpations réciproques entre les trois professions, être ordonné ce qu'il appartiendra, pour y rétablir le bon ordre à l'avantage des trois professions et de nos sujets, et si, dans l'exécution de notre présente déclaration, il survient quelque contestation, nous nous en réservons la connoissance à notre grand Conseil et l'interdisons à tous autres juges. » Chirac mourut le 1er mars 1732, et l'Académie de médecine voulue par lui ne fut créée que sous Louis XVIII, par ordonnance du 20 décembre 1820, à l'instigation du baron Antoine Portal. Celui-ci avait occupé dès 1777 la chaire d'anatomie humaine au Jardin du Roi et était devenu, avant la Révolution, médecin de Monsieur, frère du roi Louis XVI et futur Louis XVIII qui revenu d'exil le nomma premier médecin du roi. Portal mit à profit l'estime dont l'honorait ce souverain pour reprendre le projet de Chirac. L'article 2 de l'ordonnance définit les missions de l'Académie Royale de médecine : « Cette Académie sera spécialement instituée pour répondre aux demandes du gouvernement sur tout ce qui intéresse la santé publique, et principalement sur les épidémies, les maladies particulières à certains pays, les épizooties, les différents cas de médecine légale, la propagation de la vaccine, l'examen des remèdes nouveaux et des remèdes secrets, tant internes qu'externes, les eaux minérales naturelles ou factices, etc. Elle sera en outre chargée de continuer les travaux de la Société Royale de Médecine et de l'Académie Royale de chirurgie : elle s'occupera de tous les objets d'étude ou de recherches qui peuvent contribuer au progrès des différentes branches de l'art de guérir. En conséquence, tous les registres et papiers ayant appartenu à la Société Royale de médecine ou à l'Académie Royale de chirurgie, et relatifs à leurs travaux, seront remis à la nouvelle Académie et déposés dans ses archives » |
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