Personnages célèbres ou méconnus. Biographies. Vie et oeuvre
Une rubrique qui vous invite à découvrir la vie de personnages célèbres ou méconnus ayant marqué l'Histoire de France : biographies pour se plonger dans la vie et l'oeuvre d'écrivains, hommes politiques, philosophes, inventeurs, navigateurs, scientifiques.
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Michel de NOSTREDAME, dit NOSTRADAMUS
(D'après Revue du seizième siècle paru en 1923 et Les vraies
Centuries et prophéties... avec la vie de l'auteur
paru en 1688)
Partie 2/4

Tout ceci est fort curieux, mais peu authentique. Les archives de Lyon ne renferment aucune mention de Nostradamus ni aucune correspondance à son sujet. On passe sous silence sa résidence dans cette ville. La seule référence à son actif qui ait été découverte se trouve dans la Revue du Lyonnais de 1835 et consiste en un article de deux pages. Il ne porte pas de nom d'auteur, il est vrai, ce qui pourrait indiquer quelque hostilité envers Nostradamus. Cet article assure que l'épidémie que vainquit notre médecin n'était qu'une bénigne coqueluche.

D'ailleurs, Jean-Antoine Sarrazin passa son baccalauréat à Montpellier en 1565, nous apprend Astruc, c'est-à-dire quelque vingt ans après l'épidémie dont il est question. Sarrazin est l'auteur d'un traité
Maison de Nostradamus à Salon-de-Provence
Maison de Nostradamus
à Salon-de-Provence
médical typique en latin, De Peste, où les nombreuses citations de Galien et d'Hippocrate ne lui laissent pas de place pour mentionner ni l'épidémie de 1547, ni Nostradamus.

Quelles que fussent les circonstances du départ de Nostradamus, il se peut avérer que sa destination fut Salon ; ainsi il y a du vrai dans le récit des biographes. Cette même année les archives notariales de Salon enregistrèrent deux événements l'intéressant, l'achat d'une maison par Nostradamus et son mariage avec Anne Ponsarde (Gemelle). La maison, qui existe encore, se trouve tout à côté du vieux château, et la petite rue où elle est située porte le nom du prophète (au n° 2, elle abrite aujourd'hui le Musée Nostradamus).

Evidemment, il s'intéressait déjà à l'astrologie, car son premier soin fut de construire un observatoire sur le toit de sa maison. Là il passait une grande partie de la nuit à contempler les astres, et ceci prit bientôt une importance si grande dans son existence qu'il se qualifia de médecin-astrophile dans des documents officiels, rapporte Louis Gimon en 1882 dans ses Chroniques de la ville de Salon, depuis son origine jusqu'en 1792. D'autres activités l'occupèrent aussi. Il était l'arbitre des élégances quand il s'agissait de cérémonies, et ce fut lui qui composa les inscriptions des monuments publics ou des décorations qu'on dressait lorsqu'une célébrité honorait Salon de sa présence. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, on voyait encore au-dessus d'une fontaine une plaque de marbre sur laquelle on lisait l'inscription suivante qui ne manque pas d'une certaine saveur : 1553. Si humano ingenio perpetuo Salonae civib. parari vina potuissent non amœnum quem cernitis fontem. S. P. Q. Salon. Magna impensa non adduxisset ducta. N. Palamede Marco et Anton. Paulo coss. M. Nostradamus diis immortalibus. Ob Salonenses

Mais sa vie à Salon ne se composa pas uniquement d'agréments. L'élite sympathique formait la minorité de la population. Il était plutôt en mauvais termes avec le reste. Dans l'Opuscule il se plaint à deux reprises de la « barbarité » de ses concitoyens. A l'occasion de la visite à Salon de Charles IX et de la reine mère, Catherine de Médicis, qui honorèrent Nostradamus d'une manière signalée en 1564, le prophète s'exclama en s'adressant à la foule béante : « O ingrata patria, velut Abdera Democrito. »

Les raisons de cet état de choses ne sont pas trop claires. Bareste, qui ne se laisse pas contrôler, allègue la jalousie de quelques médecins, parmi lesquels Sarrazin, et dit que ceux-ci avaient répandu le bruit que Nostradamus opérait ses guérisons étonnantes au moyen de la magie. De cette matière ils avaient tellement excité la superstition populaire que le grand homme dut éviter la foule et se retirer chez lui. Dans son Histoire et chronique de Provence parue en 1614, César de Nostredame, fils de Nostradamus, nous apprend que son père fut persécuté par les fanatiques Cabans, surnom donné aux paysans de Salon et de la campagne environnante en raison d'un grand manteau de cadis gris, à manches et à capuchon, dont ils se couvraient en hiver. Sous prétexte de punir les hérétiques, ceux-ci attaquèrent sans distinction protestants et catholiques.

Et pour comble de malheur Nostradamus souffrait de la goutte ; aussi ne peut-on s'étonner s'il fut mécontent de la vie. Faut-il chercher dans cet ensemble d'infortunes la cause qui le poussa à la prophétie ? Il est évident que ce ne fut pas son amour pour le genre humain qui l'inspira. On ignore à quelle date il entra définitivement dans la carrière de la prophétie. Aucun document authentique n'indique qu'il ait exercé son talent prophétique avant 1550. Cette année-là parut le premier de ses almanachs ; il en publia ensuite chaque année jusqu'à sa mort, en 1566.
Nostradamus prédit en 1558 l'avènement de Napoléon Ier qui de simple soldat parvient au sommet du pouvoir
En 1558, Nostradamus prédit l'avènement
de Napoléon Ier qui, de simple soldat,
parvient au sommet du pouvoir
La durée de la série témoigne de sa popularité. Ces almanachs furent vite imités par des individus qui ne possédaient point le don prophétique, et les imitations furent si gauches qu'elles faillirent discréditer Nostradamus.

Encouragé par la faveur populaire, et sûr désormais de son terrain, Nostradamus élargit la portée de son activité. Il se mit sérieusement à l'œuvre pour composer les Centuries, qui par leurs prétentions n'ont pas d'égal dans leur genre. C'est une série de quatrains prophétiques groupés par centaines et écrits dans un langage qui se prête admirablement à l'interprétation, à cause de son obscurité voulue. Le 15 mars 1555, il avait déjà achevé les 353 quatrains qui composent la première édition. L'achevé d'imprimer porte la date du 4 mai. En 1557 le nombre des quatrains fut porté à 642, et en 1558 Nostradamus « paracheva la milliade [bien que connus, ces quatrains ne furent publiés qu'en 1568] ».

Avec la publication des Centuries commence la partie théâtrale de la carrière de cet homme étrange. Leur succès fut instantané et foudroyant. Elles furent lues par tout le monde et quatorze mois après leur première apparition (c'est-à-dire en juillet 1556) l'auteur fut mandé pour être présenté au roi. Il va sans dire qu'il ne perdit pas de temps à obéir au mandat royal. Il arriva à Paris le jour de l'Assomption de Notre-Dame, donc sous les auspices les plus favorables à un homme de son nom.

A peine arrivé et logé chez le cardinal de Sens, il subit une attaque de goutte, maladie qui ne respecte ni personnes ni occasions et qui pendant dix jours se joua de l'inquiétude de leurs majestés Henri II et Catherine de Médicis. Pour alléger la douleur dont souffrait le prophète, le roi lui envoya une bourse de 100 écus et la reine lui en donna presque autant. Aussitôt qu'il put bouger, il fut recherché par toute la cour et consulté sur toutes sortes de questions. L'un s'inquiétait pour des affaires d'État, l'autre pour une affaire personnelle, l'autre pour un chien qu'il avait perdu, et ainsi de suite. Dans toutes ces situations Nostradamus, paraît-il, se conduisait avec une habileté et une exactitude remarquables.

L'épreuve suprême de son talent fut l'horoscope qu'il dut dresser pour les jeunes princes François II, Charles IX et Henri III. On ignore complètement les prédictions qu'il fit à propos de ces derniers Valois. La situation était dangereuse. Eut-il le courage de dire la vérité, ou eut-il tout simplement assez d'habileté pour s'exprimer en termes assez clairs pour satisfaire les souverains, mais en même temps assez élastiques pour dire tout ce qu'on voulut entendre ? Quoi qu'il en soit, toute sa vie Nostradamus retint la faveur de Catherine, et celle-ci ne se plaignit jamais d'aucune inexactitude de sa part. Il y a des légendes fantastiques à ce propos, par exemple celle qui se trouve dans E. Defrance, Catherine de Médicis et ses astrologues.

Cependant il n'est pas impossible qu'il ait pu prévoir l'avenir de la famille royale, mais par des moyens naturels, non par l'astrologie. Il connaissait, comme tout le monde, les difficultés dynastiques qu'avait éprouvées Henri II dans les dix premières années de son mariage. Nous savons également qu'aucun des trois princes fils de Henri II n'engendra d'enfants légitimes. De plus, les enfants naturels qui leur sont attribués sont peu nombreux et leur
Consultation horoscopique du futur Henri IV, selon le peintre Valverane (Louis-Joseph Denis)
Consultation horoscopique du futur Henri IV,
selon le peintre Valverane (Louis-Joseph Denis)
origine princière reste fort douteuse. Vu ces prémices, on peut facilement conclure que les trois princes, nés maladifs, furent également impuissants, et que Nostradamus reconnut cette condition. En 1564, quand il fit la prédiction que Henri de Béarn arriverait au trône de France, ce ne fut qu'après une visite médicale. Il peut y avoir parfois une certaine relation entre l'astrologie et l'anatomie.

Grâce à la faveur royale, Nostradamus était devenu un grand personnage. Bien que les persécutions des Cabans n'eussent pas cessé, il avait gagné le respect de la plupart de ses concitoyens. Chavigny raconte que les étrangers qui venaient en France ne voulaient pas partir sans l'avoir consulté. Une lettre, dont copie se trouve dans les archives d'Arles, témoigne de sa popularité.

On avait volé de l'argenterie à l'église d'Orange. L'évêque écrivit à Nostradamus, priant que celui-ci l'aidât à recouvrer les articles volés. La réponse du prophète est bien habile et typique. En haut de la feuille se trouve un horoscope formidable dont il n'est pas question dans la lettre. Suit la prédiction que le voleur, à moins de rendre au plus vite les articles dérobés, sera frappé de la peste et qu'il mourra d'une mort terrible. Si l'on donnait un peu de publicité à cette menace, Nostradamus était persuadé que l'argenterie serait vite rendue. Malheureusement, le résultat de ces démarches reste inconnu.

L'événement qui mit le comble au bonheur du prophète survint en 1564. Charles IX et la reine mère faisaient le tour de leur royaume, ils s'écartèrent de leur route exprès pour voir Nostradamus. Les affaires pour lesquelles leurs majestés désiraient le consulter étaient des plus importantes, et l'habileté du grand homme ne fut pas en défaut. Deux dépêches témoignent du respect de Catherine pour Nostradamus à cette occasion.

Dans ces dépêches Don Frances de Alava, qui fut de la compagnie royale, parle avec mépris de la « légèreté » de la reine mère et de la confiance qu'elle avait pour les prophéties. En racontant ce que Nostradamus lui avait révélé, dit-il, « elle avait un air aussi confiant que si elle citait saint Jean ou saint Luc ». Selon lui, il fut prédit que Charles devait épouser la reine Elizabeth d'Angleterre. Mais Elizabeth ne put épouser tous les maris qu'on lui avait prédits, et la prédiction ne s'accomplit pas.

Il n'en fut pas de même d'une autre prédiction que fit Nostradamus à cette occasion. Le jeune Henri de Béarn, plus tard Henri IV, accompagnait leurs majestés, et un matin à son lever le prophète demanda à le voir à nu. On accéda sans difficulté à sa requête, et après avoir longuement étudié le jeune prince, l'astrologue annonça que Henri « recevrait tout l'héritage », et à son précepteur il déclara qu'avec la grâce de Dieu son maître serait un jour roi de France. On se souvint plus tard de cette prophétie, et toute sa vie Henri se plut à la rappeler.

Mais les honneurs et les cadeaux ne pouvaient rien contre la mort qui approchait déjà. La santé du prophète s'affaiblissait depuis longtemps, la grande climatérique était sur lui, et le 2 juillet 1566 il finit sa carrière terrestre. Son tombeau a été le but de nombreux pèlerinages. Parmi les visiteurs illustres se trouvent deux rois de France, Louis XIII (en 1622) et Louis XIV (en 1660). Ce dernier était accompagné de sa mère, Anne d'Autriche, de son frère, le duc d'Anjou, de sa cousine, Mlle d'Orléans, et du cardinal Mazarin. Le tombeau eut plus tard des visiteurs moins respectueux. En 1792, les gardes nationaux qui passaient par Salon allèrent à l'église, profanèrent le tombeau du prophète et dispersèrent ses os. On raconte que le soldat qui le premier viola le tombeau fut fusillé quelques jours plus tard pour avoir volé de l'argenterie. Ainsi s'accomplit la vengeance de Nostradamus.

Sur son sépulcre fut gravée l'épitaphe suivante : « Ci reposent les os de Michel Nostredame, duquel la plume presque divine, a été de tous estimée digne de tracer et rapporter aux humains selon l'influence des astres, les événements à venir par dessus tout le rond de la terre. Il est trépassé à Salon de Craux en Provence l'an de grâce 1566, le second juillet, âgé de soixante-deux ans six mois dix-sept jours. O posteres (sic), ne touchez à ses cendres, et n'enviez point le repos d'iceluy ».

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