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QUELQUES DANSEURS CÉLÈBRES
(D'après un article paru en 1834)
Néanmoins il ne paraît pas que la nouvelle académie ait eu grande influence sur les seigneurs, tandis qu'au contraire on vit bientôt apparaître une armée de danseurs dont les noms ne sont pas oubliés, et qu'on retrouve dans les mémoires et les écrits du temps, tels que Pécourt, Beauchamps, Blondy, Feuillet, Desaix, Ballon, etc. Pécourt a composé plusieurs danses : la bourrée d'Achille, le rigaudon des vaisseaux et autres, recueillies et écrites par Feuillet et Desaix, dans le Traité de chorégraphie publié au commencement du dernier siècle.
La Camargo, forcée, par la jalousie de mademoiselle Prévot, de rester parmi les figurantes malgré son éclatant début, se lança de nouveau sur la scène dans un moment d'enthousiasme. On figurait une danse de démons ; l'acteur principal manque son entrée en scène ; et cependant l'orchestre faisait ronfler l'air du solo : murmures du parterre, tapage ; embarras des acteurs ! Mais voilà que la jeune débutante, saisie d'une heureuse inspiration, saute au milieu du théâtre, et improvise de verve un pas espagnol qui transporte d'admiration les spectateurs malcontents. La Camargo, entrée à l'Opéra en 1726, âgée de seize ans, le quitta en 1751. Elle a eu l'honneur d'être célébrée par Voltaire, qui la compare à une autre danseuse aussi célèbre :
Mademoiselle Sallé, dont l'histoire n'est point aussi romanesque que celle de mademoiselle de Camargo, qui n'avait point comme elle pour oncle un grand inquisiteur d'Espagne, possédait un genre de danse tout à fait différent de celui de son émule ; c'était un genre noble et gracieux, sans sauts ni entrechats. Elle ne se borna pas à faire les délices des parisiens, et courut la chance du théâtre de Londres. Jamais danseuse ne reçut une marque plus positive de l'admiration du public. Le jour de sa représentation à bénéfice, elle fut accablée d'une grêle de bourses pleines d'or et de guinées enveloppées dans des billets de banque, qui formèrent, dit-on, un total de 200,000 francs. En même temps que ces deux nymphes, brillait sur la scène le grand Dupré ; c'est lui qui a précédé Gaëtan Vestris. Il avait une taille magnifique et un port plein de dignité.
Dupré était de première force dans les chaconnes et passacailles ; Noverre l'appelle quelquefois le Dieu de la danse, à cause du moelleux de ses mouvements. Pendant trente ans, il demeura le premier d'entre les danseurs, et il fut remplacé par Gaëtan Vestris : celui-ci, à son tour, a régné plus d'un demi siècle sur l'Opéra, qu'il n'a abandonné définitivement qu'en 1800. Beaucoup de gens se rappellent encore avoir vu danser Vestris le père, et avoir admiré sa noblesse et sa grâce. On a conservé de lui une foule de reparties qui témoignent de l'importance qu'il attachait à son art. On l'appelait le beau Vestris ; il donna lui-même à son fils Auguste le titre de Diou de la danse. « Si Auguste est plus fort que moi », disait-il, « c'est qu'il a pour père un Gaëtan Vestris, avantage que la nature m'a refusé. » |
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