Mots d'histoire, vocabulaire, expressions pittoresques
Aux différentes époques de notre histoire, on rencontre des dénominations particulières appliquées à l'usage des événements, à des partis, ou à certaines classes d'individus. Cette rubrique vous en révèle l'origine ou la signification, choisissant les plus pittoresques de ces mots curieux et bizarres.
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Journée des Épinards
En 1562, à l'époque des guerres civiles en Provence, le comte de Sommerive, qui venait d'être fait lieutenant du roi en cette province, cherchait à s'emparer d'Aix, lorsqu'il fut servi par un heureux hasard. Le seigneur de Carces (voir Carcistes) allant le rejoindre, trouva auprès de la chapelle de Saint-Marc, lieu de pèlerinage très révéré dans le pays, plusieurs habitants d'Aix qui se plaignirent à lui qu'étant venus à cette chapelle, suivant l'antique usage, en chemise, pieds nus et sans parler, ils avaient fait la rencontre d'un parti de huguenots, et que de ces derniers les uns s'étaient amusés à jeter sur leur chemin des graines d'épinards qui leur avaient mis les pieds en sang, tandis que d'autres leur lançaient des coups de fouet dans les jambes pour les faire parler et leur faire rompre leur vœu. Animés par la vengeance, ils offrirent au seigneur de Carces de l'introduire dans la ville, ce qui fut accepté de suite, et ne tarda pas à être exécuté.

Escambarlats
On nommait ainsi en Languedoc, pendant les guerres de religion, ceux qui n'osaient se prononcer entre les huguenots et les catholiques. A Paris on les nommait politiques.

Vœu du Faisan
La nouvelle de la prise de Constantinople par les Turcs excita une grande fermentation en Europe. Une nouvelle croisade fut résolue, et le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, donna à cette occasion une fête magnifique à Lille, au mois de février 1454. Voici un court extrait de la longue description qui nous en a été laissée par Matthieu de Coussy.

Après la représentation d'un mystère et l'apparition d'un géant qui escortait une dame représentant sainte Eglise, on vit venir dans la salle du banquet « Toison-d'Or, roy d'armes, lequel portoit en ses mains un phaisant (faisan) en vie, orné d'un riche collier d'or, garny de pierres fines et de perles ; et après iceluy Toison-d'Or, vinrent deux damoiselles adextrées de deux chevaliers de la Toison-d'Or. Ils s'avancèrent jusques devant le duc, où après avoir fait la révérence, ledit Toison-d'Or parla à icelui duc en ceste manière :

« Très haut et très puissant prince, et mon très redoutable seigneur, voyez ici les dames qui très humblement se recommandent à vous ; et pour ce que c'est la coutume qui a esté anciennement instituée, après grandes festes et nobles assemblées, on présente aux princes et seigneurs et aux nobles hommes le paon ou quelque autre noble oiseau pour faire des vœux utiles et valables, pour ce sujet on m'a ci envoyé avec ces deux damoiselles pour vous présenter ce noble phaisant, vous priant que le veuillez avoir en souvenance.

« Ces paroles estant dites, icelui duc print un bref escript, lequel il bailla à Toison-d'Or, et dit tout haut : Je voue à Dieu, mon Créateur, à la glorieuse Vierge Marie, aux dames et au phaisant, que je feray et entretiendray ce que je baille par escript. » Toison-d'Or ayant pris l'écrit en fit lecture à haute voix. C'était le vœu que faisait le prince « d'entreprendre et d'exposer son corps pour la défense de la foi chrétienne, et pour résister à la dampnable entreprinse du Grand-Turc et des infidelles... Et, ajouta-t-il, si je puis, par quelque voye ou manière que ce soit, sçavoir ou cognoistre que ledit Grand-Turc eût volonté d'avoir affaire à moy corps à corps, je, pour ladite foy chrestienne soustenir, le combattray à l'ayde de Dieu tout-puissant et de sa très douce mère, lesquels j'appelle toujours à mon ayde. »

L'exemple du duc fut suivi par un grand nombre de nobles et de seigneurs ; et le chroniqueur nous a conservé la formule de quatre-vingt-quatorze vœux prononcés dans cette fête. Mais aucun d'eux ne fut accompli.

Journée des Farines
Peu de jours après la mort du chevalier d'Aumale, tué dans une attaque infructueuse contre Saint-Denis, Henri IV essaya de surprendre la capitale. Dans la nuit du 20 janvier 1591, de Vic, à la tête de quatre-vingts soldats déguisés en paysans, conduisant chacun un mulet chargé de farine, se présenta à la porte Saint-Honoré en demandant qu'elle lui fût ouverte. Il espérait s'en saisir et s'y maintenir jusqu'à l'arrivée du roi, qui avait échelonné une partie de ses troupes à une courte distance.

Malheureusement les ligueurs avaient été avertis, et lorsqu'à trois heures après minuit les royalistes se présentèrent à la porte Saint-Honoré, on leur répondit que, d'après un nouvel ordre, des barques étaient préparées pour embarquer les farines à Chaillot, et qu'ils devaient gagner le bord de la rivière. Les assiégés comptaient, à l'aide de ce contretemps, faire une sortie et attaquer le roi. Mais de Vic, qui commandait le convoi, s'étant aperçu que l'on sonnait le tocsin dans plusieurs quartiers de Paris, et ayant entendu des bruits inaccoutumés, en donna aussitôt avis à Henri IV, qui fit battre en retraite.

« Voilà, dit Palma Gayet, ce qui se passa en cette entreprise, en laquelle les Parisiens n'ayans receus qu'un alarme, ne laissèrent d'en faire chanter le Te Deum, et ordonnèrent qu'à perpétuité, en un tel jour, ils en feraient une feste qui s'appellerait la journée des Farines. Ceste feste estoit la cinquième qu'ils inventoient, car ils en avoient fait auparavant quatre autres, savoir : la journée des Barricades, la journée du Pain ou la Paix, de la Levée du siège et de l'Escalade. Toutes ces festes furent depuis abolies à la réduction de Paris. »

Faux visages
C'est le nom que donne Jean Chartier aux brigands anglais qui, malgré les trèves, désolaient les routes de France en 1449 ; « et ils se nommoient ainsi, dit-il, à cause qu'ils se déguisoient d'habits dissolus. »

Paix des Financiers
On appela ainsi l'abolition de la Chambre royale, qui avait été instituée par Henri III pour faire rendre compte aux maltôtiers italiens de leurs nombreuses malversations. Ceux-ci achetèrent cette abolition en 1581, moyennant la somme de 200 000 écus.

Foire de Lincoln
Au mois de mai 1217, les Français et les barons anglais, partisans du fils de Philippe-Auguste, Louis, que les Anglais avaient appelé en 1215 pour l'opposer à Jean-sans-Terre, occupaient Lincoln et assiégeaient le château qui était au pouvoir des soldats de Henri III, successeur de Jean-sans-Terre. Une armée anglaise vint au secours des assiégés, qui parvinrent à l'introduire dans la ville.

Les Français, surpris, ne purent résister à cette attaque imprévue, et s'enfuirent de Lincoln, qui fut livrée au plus affreux pillage. « Elle fut pillée jusqu'à la dernière pièce de monnaie, dit Matthieu Paris, sans qu'on respectât aucune des églises. On brisa à coups de hache et de maillet tous les coffres et toutes les armoires ; l'église cathédrale elle-même ne put échapper au sort que les autres avaient subi. Le combat, à cause de la richesse du butin, fut appelé, en dérision de Louis et des barons, la foire de Lincoln. » Cette journée, pendant laquelle il ne périt que trois chevaliers, ruina pourtant le parti du prince français.


 

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