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Révolte des Croquants On donne ordinairement au mot croquant une autre étymologie ; on le fait dériver de la petite ville de Crocq (Creuse), qui fut, dit-on, le berceau de l'insurrection, mais dont néanmoins il n'est pas une seule fois question dans la relation fort détaillée de Cayet. La révolte gagna bientôt les provinces voisines ; et les insurgés, bien qu'ils eussent été battus plusieurs fois, cherchèrent à former une confédération. On a retrouvé une circulaire adressée par eux aux officiers commandant les châtellenies des provinces nommées plus haut. Dans cette circulaire, il est enjoint à ces derniers de s'armer et de se tenir prêts à se joindre aux insurgés lors de leur passage ; autrement, y est-il dit, vous nous aurez sur les bras dans trois jours, après la réception de ces présentes, pour y être contraints par la rigueur des armes. La noblesse comprit vite de quel péril elle était menacée. Malgré les dissensions qui la divisaient alors, elle forma à son tour une ligue à laquelle furent tenus d'adhérer tous les gentilshommes du pays. La convention qu'ils signèrent à ce sujet renferme des passages curieux : « Attendu que les peuples ont voulu renverser la monarchie, et établir une démocratie à l'exemple des Suisses ; qu'ils ont conspiré contre nos vies, et se sont voulu ôter de la subjection en laquelle Dieu les a ordonnés, etc. » Les croquants ne furent soumis qu'au bout de deux ans. Ils se révoltèrent de nouveau en 1637, et prirent un gentilhomme nommé La Motte-la-Forêt, qu'ils forcèrent de se mettre à leur tête, en le menaçant, s'il refusait, de le tuer, lui, sa femme et ses enfants. Le cardinal de La Valette accourut bien vite, et, grâce à la trahison de leur général, reprit sur eux les villes de Sauvetat et de Bergerac, dont ils s'étaient emparés. Une amnistie accordée par le roi acheva de pacifier la contrée. Pendant tout le dix-septième siècle, comme on peut le voir dans les fables de La Fontaine, le nom de croquant fut synonyme de paysan. Ce même nom avait été donné, sous Henri IV, aux traitants et financiers. On prétend que ce roi dit un jour en mettant dans son chapeau une somme d'argent qu'il venait de gagner à la paume : « Mes croquants ne me la prendront point. » Paix des Dames Guerre de la Dévolution Il alléguait la loi civile des Pays-Bas, connue sous le nom du Droit de dévolution, par laquelle, en effet, sa femme, fille aînée de Philippe, devait succéder dans ces Etats de préférence au fils cadet, si toutefois l'on pouvait détourner une loi de son application civile pour lui donner une application politique. Louis XIV entra en campagne en 1667, et conquit successivement en peu de semaines la Flandre française et la Franche-Comté. A la paix, il ne garda que la première de ces deux provinces. Dragonnades Après de tels ordres, Marillac, qui d'abord avait montré quelque modération, ne garda plus aucune mesure. Lorsque les dragons arrivèrent, il les fit passer par les bourgs et les villes où il y avait le plus de huguenots, et ne les logeait que chez eux quatre à quatre, cinq à cinq, même chez les plus pauvres et chez les veuves. Les curés les suivaient dans les rues en criant : « Courage, messieurs , c'est l'intention du roi que ces chiens de huguenots soient pillés et saccagés. » Ainsi stimulés, les dragons entraient dans les maisons l'épée haute, en criant : Tue ! Tue ! afin d'effrayer les femmes, devant lesquelles ils tenaient les propos les plus infâmes. Ils se faisaient livrer par de mauvais traitements tout ce qui avait quelque valeur, et détruisaient ce qu'ils ne pouvaient emporter. Les plaintes que ces excès soulevèrent partout parvinrent jusqu'au roi, qui eut honte d'avoir été si bien servi, et les dragonnades furent suspendues pendant quelques années. Elles recommencèrent en 1684, et eurent surtout pour théâtre le Béarn qui était presque entièrement protestant ; là elles dépassèrent tout ce qui s'était fait jusqu'alors. Nous en empruntons les détails à une histoire contemporaine de l'Edit de Nantes. « Parmi les secrets que l'intendant du Béarn, Foucaut, apprit aux gens de guerre pour dompter leurs hôtes, il leur commanda de faire veiller ceux qui ne voudraient pas se rendre à d'autres tourments. Les soldats se relayaient pour ne pas succomber eux-mêmes au supplice qu'ils faisaient souffrir aux autres. Le bruit des tambours, les blasphèmes, les cris, les fracas des meubles qu'ils brisaient ou qu'ils jetaient d'un côté à l'autre, l'agitation où ils tenaient ces pauvres gens pour les forcer à demeurer debout et à ouvrir les yeux, étaient les moyens dont ils se servaient pour les priver de repos. Les pincer, les piquer, les tenailler, les suspendre avec des cordes, leur souffler dans le nez la fumée du tabac, et autres cruautés, étaient le jouet de ces bourreaux, qui réduisaient par là leurs hôtes à ne savoir ce qu'ils faisaient, et à promettre tout ce qu'on voulait pour se tirer de ces mains barbares. Encore que le plus fort de leur étude et de leur application fût de trouver des tourments qui fussent douloureux sans être mortels, bien des malheureux succombèrent. » Ces persécutions, qui s'étendirent dans tout le Midi, eurent d'abord pour résultat la conversion en masse du Béarn, puis bientôt après, des révoltes sans cesse renaissantes suivies d'amnisties et de supplices. Pas une voix à la cour, hormis celle de Fénelon, ne s'éleva en faveur des malheureux protestants ; et madame de Sévigné elle-même écrivait à sa fille cette phrase étrange, écho fidèle de l'aveuglement et de la passion qui égarait les meilleurs esprits : « Les dragons ont été de bons missionnaires jusqu'ici. Les prédicateurs qu'on envoie rendront l'ouvrage parfait » (voir à ce sujet les Camisards). |
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