SAINT-LYÉ (Histoire des seigneurs et du château
de)
par BERNARD LEBOCEY

Retracer le passé de Saint-Lyé et l'existence des seigneurs
qui l'ont possédé était une véritable
gageure : il s'agissait, en effet, de combiner harmonieusement le
destin de la ville et du château et celui de tous ces prélats
troyens qui du XIIe à la fin du XVIIIe siècle, ont régné
sur les lieux, mais se sont aussi trouvés aux avant-postes
de l'histoire, « hommes d'armes, guerriers conquérants
des croisades et philosophes (qui) se succèdent sans toutefois
se ressembler ». Bernard Lebocey réussit ce tour de force,
même s'il reconnaît que sa démarche l'éloigne
parfois de Saint-Lyé, au bénéfice (il est vrai)
de personnalités et d'événements hors du commun.
C'est ainsi que revivent sous sa plume plus de trente dignitaires
de l'Église, en charge de l'évêché de Troyes
et du domaine de Saint-Lyé, mais aussi la localité elle-même
qui existait au XIe siècle (des éléments architecturaux
de l'église en témoignent) et qui s'était (sans
doute) constituée autour de l'abbaye de Mantenay, détruite
par les soldats saxons de l'empereur Othon en 959. L'évêque
de Troyes était seigneur et décimateur de Saint-Lyé,
avant que le roi Louis VII ne confirme officiellement la possession
de ce fief par les prélats troyens (1177) et nous savons aussi
que le château (de Saint-Lyé) existait en 1180 - année
de la mort de Mathieu, l'un des premiers seigneurs - puisqu'il est
cité dans deux chartes de l'époque, en ces termes :
« Apud Sanctum Leonem, in domo episcopali ».
En suivant, dans un brassage historique constant, la destinée
jumelée de Saint-Lyé (ville et château) et de
ses seigneurs, nous apprenons, par exemple, que l'évêque
Haton (1122-1145) fit vendre ses meubles pour en distribuer le prix
aux pauvres, que Garnier de Traisnel (1193-1205) libéra les
serfs troyens, qu'Hervé (1207-1223) fit construire une nouvelle
cathédrale à Troyes, monument de foi gigantesque face
aux doctrines hérétiques de l'époque et que Guichard
(1298-1314), « une nature brute, ardente et sensuelle »
vécut ruiné à la fin de sa vie dans son hôtel
de Saint-Lyé, d'intrigue et d'usure. Car l'histoire n'oublie
pas notre cité où, le 13 juillet 1315, l'évêque
et seigneur des lieux, Jean II d'Auxois, célèbre le
mariage du roi de France Louis X, dit le Hutin, et de Clémence
de Hongrie, que Jean d'Aubigny y meurt le 6 novembre 1341 et que la
guerre de Cent Ans ne l'épargne pas, puisqu'Henri de Poitiers,
« l'évêque capitaine », chasse les Anglais
de son diocèse en 1358, que Jean VI Braque reçoit à
Saint-Lyé... |