BROUAGE. Ville forte du XVIe et du XVIIe siècles
par Lucien Plédy

Certains sites semblent faits pour la réalisation de destins
grandioses : cela tient sans doute à leur configuration dans
l'espace, mais aussi à la qualité des hommes qui les
habitent, qui les modèlent et les administrent. Ainsi en fut-il
de Brouage, qui ne fut sans doute pas le Portus Santonum de l'Antiquité
(les avis divergent à ce sujet), mais pour le moins un lieu
de mouillage, car dès le VIIe siècle on exploitait les
salines dans la région et aux VIIIe et IXe siècles on
exportait de grandes quantités de sel. C'est ainsi que le village,
constitué autour de la tour de Broue (XIe siècle, édifiée
à l'emplacement du Promontorium Santonum), devint un port de
sel et sur ses quais « on entendait toutes les langues d'Europe
». Par la suite, sa vocation militaire s'affirma aussi et le
bourg devint une cité fortifiée, grâce à
Jacques de Pons (Jacopolis) en 1550 et à Charles IX en 1565.
Plusieurs fois assiégée pendant les guerres de Religion
(1562, 1570, 1577), la ville de Brouage se développa encore
quand Richelieu en fut le gouverneur (1630).
Cet avènement politique, militaire et commercial se maintint
pendant une bonne partie du XVIIe siècle, puis la localité
connut un déclin progressif, Colbert choisissant Rochefort
pour en faire un nouveau port militaire, Brouage s'ensablant, les
marais salants disparaissant et la forteresse perdant son intérêt
stratégique. Pourtant, en 1659, la ville accueillit une... |