GALLARGUES-LE-MONTUEUX (Histoire de)
par GEORGES RIVALS

Certaines localités semblent vouées à un destin
exceptionnel : cela tient sans doute, en partie à la configuration
de leur site ou aux irruptions de l'histoire qui peuvent forger une
mentalité collective hors du commun. C'est ce qui apparaît
dans le passé de Gallargues-le-Montueux, dont les habitants
firent preuve de courage et d'indépendance, en maintes occasions.
Issu de la villa gallo-romaine d'un officier de Tibère, Quintus
Statius Gallus, qui devint, en raison de l'afflux de riverains d'Ambrussum,
une véritable bourgade, au moment des invasions des Visigoths,
le village de Gallargues, enfanté ainsi dans la douleur, devint,
autour de l'an mille, une grosse ferme seigneuriale, la Villa Galazanicus,
dont le maître, au XIe siècle, s'appelait Rostaing, ami
des hommes d'Église et fondateur de l'abbaye de Saint-Martin.
La foi était grande dans le pays et des chapelles surgissaient
partout, tandis que l'abbaye devenait un formidable corps monastique.
Le village fut fortifié assez tôt (le Fort Viel et le
Fort Neuf), mais cette châtellenie ne fut, pendant plusieurs
siècles, qu'un objet de négoces pour ses seigneurs (Antoine
du Caïla ou Bertrand de Gange) sans dynastie suivie. Il faudra
attendre le XVIe siècle pour que la petite cité, dure
à la tâche, administrée par des consuls et écrasée
d'impôts, ne révèle sa véritable singularité.
En effet, la Réforme ne fut pas seulement pour elle un renouveau
spirituel, mais aussi une révolte contre l'ordre (catholique)
établi - Gallargues était, d'ailleurs, irrégulièrement
desservi - et un élan populaire enthousiaste dont l'âme
fut Barthélemy de Mandagoût, véritable maître
des lieux. L'engagement des Gallarguois aux côtés des
huguenots se révéla total : un pasteur leur fut envoyé
de Genève, les consuls refusèrent de payer la dîme
au chapitre de Nîmes pendant près de trente ans et un
temple fut construit en 1611. Les révoltes se succédèrent
intra-muros... |