BRANTÔME et sa région
par Jean Secret

Seul un écrivain épris d'histoire, doublé d'un
promeneur impénitent, pouvait élaborer et composer un
ouvrage comme Brantôme et sa région. C'est un écrivain
(en effet) qui évoque avec élégance, au tout
début du livre, la ville en elle-même, « une île
qu'enserrent amoureusement les deux bras frais de la Dronne »
et « le dessin du bourg figure une sorte d'amande flamboyante
dans laquelle s'inscrit le réseau des rues, ruelles et venelles
» ; mais c'est aussi un historien qui nous rappelle d'entrée
que « la villette elle-même remonte à une très
haute antiquité : une voie romaine a justifié l'établissement
d'une mansio ou d'un relais » ; et enfin c'est un promeneur
passionné qui nous entraîne à travers la ville,
en direction de l'abbaye que Charlemagne aurait fondée en 769
(« constituit basilicam juxta fluvium Dronam... »). Par
la suite, plus on avance dans le texte, plus ces trois aspects nous
apparaissent, car l'histoire du site est trop riche pour être
soumise à un éclairage unique. L'écrivain s'amuse
donc du « problème du clocher de Brantôme »
qui a provoqué des querelles d'archéologues (Viollet-le-Duc
le date de 1050, de Lasteyrie de 1140 environ et Lefèvre-Pontalis
entre les deux...), il retrace la vie turbulente de Pierre de Bourdeille,
dit Brantôme, salue avec brio Mme Roy, reine de la gastronomie
périgourdine, dont le livre d'or s'honore des paraphes de François
Mauriac, Auguste Rodin et du général de Gaulle et surtout
donne libre cours à son talent pour décrire ce Périgord
superbe, de Saint-Jean-de-Côle à Saint-Just et de Saint-Pardoux-la-Rivière
à Cressac.
Naturellement, l'historien n'est pas en reste : impossible d'oublier
que les Brantômois subirent, au fil des siècles, l'invasion
des Normands en 975, les luttes entre les comtes de Périgord
et de Limoges au siècle suivant... |