ROCHEFORT (Les Pontons de)
par Jacques Herissay

Dès les premiers mois de 1793, la déportation des prêtres
s'organise afin de les envoyer en Guyane ou à Madagascar. Or,
aucun navire n'est en état et les côtes sont assiégées
par la marine anglaise. Les prêtres réfractaires sont
reclus dans l'entrepont de navires à Rochefort : les Deux-Associés
et le Bonhomme Richard abritant alors les galeux et les syphilitiques.
Chaque matin, la désinfection de ces pontons d'à peine
1 mètre 70 de haut est un supplice : on jette des boulets chauffés
dans un tonneau de goudron, d'où émane alors une fumée
jaunâtre et épaisse qui étouffe les prêtres.
La nourriture, rare et infecte, jointe à l'insalubrité
des lieux et à la vermine qui ronge les corps, engendrent en
1794 une épidémie de typhus sur la Cabane carrée,
et les Deux-Associés : 11 confesseurs meurent en mai, 25 en
juin. Deux chaloupes-hôpital sont ancrées près
des pontons : la vision de ces malades à même le sol
dans leurs déjections, couverts de plaies, geignant de fièvre,
est dantesque. En juillet, 100 prêtres succombent.
Le 13 juillet 1794, un comité de Salubrité descend les
premières marches d'un ponton, et repoussé par l'odeur
infecte hurle : « Ce n'est pas ainsi que l'on traite des hommes
!... Si, le soir, on mettait 400 chiens dans cet endroit-là,
ils seraient tous crevés le lendemain ou ils seraient devenus
enragés !... » On transfère les prêtres
sur l'Indien, et les malades à l'Ile Madame, rebaptisée... |