| ISIGNY
(Histoire civile, religieuse et commerciale d')
par ABBE HUET

Isigny est l'exemple de ces petites localités qui traversent
toutes les périodes historiques comme des enrichissements
successifs. L'ancienneté de sa fondation l'érige,
par les traces qu'elle porte depuis lors, comme un témoin
précieux pour ses habitants.
La place est enviée : les de Bricqueville élirent
domicile à Isigny et y « vivaient avec le faste que
leur permettaient d'avoir leur fortune, les hautes charges qu'ils
remplissaient à la cour et à l'armée, les riches
alliances qu'ils avaient contractées », rappelle l'abbé
Huet. C'est seulement près de deux cents ans après
leur installation que cette prestigieuse famille, représentée
par le marquis d'alors, prend possession de la seigneurie par concordat
signé le 2 mai 1770.
La population est exemplaire : dans le cadre des hostilités
avec l'Angleterre, elle défend sa ville, un des cinquante-six
forts du bailliage de Caen ; dans la campagne de 1418, elle s'illustre
par une vaillance sans faille, sous la conduite de Roger Suhart,
écuyer, de Jean Suhart et de son fils Roger. Les représailles
anglaises ne se font pas attendre : sitôt Isigny investie,
le pillage des lieux et l'incendie des voûtes de l'église
sont menés en règle.
Aux XVIe et XVIIe siècles, à côté de
la considérable famille de Bricqueville, une petite noblesse
coule des jours paisibles, lorsqu'elle ne se bat pas sur les divers
fronts. Elle porte le titre d'Écuyer, acquis à la
pointe de l'épée, ou simplement de Sieur. Elle vit
dans de « confortables gentilhommières qui sont aujourd'hui
de grandes fermes...
|