CABANNES (Histoire de)
par LEOPOLD VIDAU

Quand un poète et paysan cabannais décide de se faire
l'historien de sa ville, à la suite d'une conversation entre
amis, consacrée à l'origine de la cité, il n'y
va pas par quatre chemins : là où on attendait du folklore
et mille bavardages, des contes et de la couleur locale, on trouve
un ouvrage dense et structuré, étayé par des
documents d'archives et par une étude comparative des travaux
de ses prédécesseurs, qui retrace plus de vingt siècles
de l'histoire de la localité. Certes, la saveur méridionale
et le sens du pittoresque ne manquent pas dans ce livre où
l'histoire de Cabannes défile devant nos yeux, avec son bruit
et sa fureur, son fracas de faits d'armes, ses catastrophes naturelles
- en juillet 1364, une invasion de sauterelles - ses réalisations
grandioses, artistiques et religieuses, - des oeuvres des poètes
occitaniques, ancêtres des félibres, à l'église
locale de style roman, édifiée à la fin du XIIIe
siècle -, ses anecdotes extraites du registre des délibérations
de la commune, mais tout y est marqué au coin de la justesse
de ton et de l'authenticité.
Chroniqueur scrupuleux d'un XVe siècle batailleur, il évoque
cependant Antoine de Ponteves qui règne autoritairement sur
les Cabannais, mate brutalement les révoltes de ses sujets
et dont la femme (la plus jolie de Provence), au cours d'un tournoi,
en 1449, « fâchée sans doute, précise Vidau,
que la faiblesse de son sexe ne lui permît pas d'aller sur un
coursier fougueux, couverte d'acier et une lourde lance à la
main, défier son adversaire, voulut du moins avoir le mérite
de l'adresse (en se tenant en croupe derrière l'écuyer
Tanneguy du Châtel), obligé d'être en mouvement
pour attaquer et se défendre. » Rien de tel qu'un épisode
pris sur le vif, comme celui-ci, pour comprendre une époque
ou une mentalité. De même, la description de la visite
de l'église de la paroisse, en 1708, par le tatillon et procédurier
Mgr de Gontery, archevêque d'Avignon, qui est un bref, mais
très éloquent, tableau de moeurs.
Complet et très précis dans la dernière partie
de son ouvrage consacrée aux activités des Cabannais
au cours des âges et plus particulièrement au XIXe siècle,
aux monuments de la cité et à ses voies de communication,
à la vie financière et administrative... |