TAIN-L'HERMITAGE (Notice historique sur la ville
de)
par ABBE A. VINCENT

Il n'est rien de plus irritant, pour un véritable historien,
que de voir une ville, au passé riche et mouvementé,
oubliée par les chercheurs et injustement occultée.
Ce fut longtemps le cas de Tain-l'Hermitage, une cité aux origines
très anciennes, dont l'abbé Vincent retrace ici l'histoire
et décrit la singularité. « La station de Tegna,
précise-t-il, avait une importance que révèlent
un temple, un taurobole, une tour et les ruines de splendides habitations.
» Le rôle déterminant joué par cette localité
dès l'époque gallo-romaine ne fit que se confirmer par
la suite. Sa position forte et élevée au bord du Rhône,
ses prérogatives militaires et religieuses, son activité
commerciale en ont fait, de tout temps, une place stratégique.
Après les invasions des Barbares et le passage de la province
viennoise aux Burgondes, elle connaît cependant une longue période
de stagnation qui s'interrompt avec la fondation du prieuré
de Sainte-Marie et elle renoue dès le XIe siècle avec
le développement, voit sa population augmenter et ses rapports
avec Tournon se multiplier.
La cohabitation entre les deux villes est parfois tumultueuse, mais
en 1309, la charte accordée par Guy de Tournon, précisant
les droits et les usages et approuvée par le dauphin Jean II,
met fin à ces discordes. Tain connaît alors une véritable
prospérité, interrompue, en 1348, par une épidémie
de peste de quelques semaines, qui semble oubliée, l'année
suivante, lors du passage de Charles V, accompagné de fêtes
et de réjouissances. Le bien-être matériel n'exclut
pas la vie spirituelle, bien au contraire : l'hôpital et la
confrérie du Saint-Esprit ne laissent personne dans le besoin
et on parle encore du noble chevalier de Stérimberg qui se
retira du monde en 1225 et mena une vie d'ascète sur le coteau
(d'où le nom de Tain l'Hermitage).
L'octroi des grandes gabelles, au XVe siècle, favorise encore
la cité et les ravages exercés par les routiers, les
passages de troupes et le pillage de la ville par le baron des Adrets
(en 1562) seront suivis par une période d'ordre et de paix... |