GRASSE (Histoire de)
par ABBE S. MASSA

Grasse est une ville vouée aux fleurs et aux fruits : «
une cité fort ancienne, patrie des eaux de senteurs, des pommades
et des parfums de toutes sortes » qui a été élevée
sur le versant méridional d'une colline, d'où l'on aperçoit
la Méditerranée, de la pointe de Théoules au
cap de Villefranche, les îles de Lérins et, çà
et là, des châteaux situés sur des monticules
ou « au fond de délicieuses vallées ». Le
climat y est très sain et tempéré et on peut
« en toute saison la visiter avec intérêt ».
Sensible au charme d'une aussi agréable localité, au
point qu'il nous en décrit tous les édifices - la tour
de la Commune, vestige d'un monument grandiose, la chapelle de Saint-Sauveur
ou de Saint-Hilaire, édifiée sur l'ancien temple dédié
à Jupiter Ammon, Notre-Dame de Podio, jadis cathédrale,
l'église de l'Oratoire, ainsi que l'hôtel de ville et
l'hôpital - l'abbé Massa évoque aussi les hommes
célèbres du lieu : Jean-Honoré Fragonard, qui
fut le peintre du roi, son fils, Alexandre-Évariste, peintre,
lui aussi et sculpteur de renom (Paris lui doit la façade du
Corps Législatif), mais aussi Belaud de la Belaudière,
restaurateur, au XVIe siècle, de la poésie provençale,
le général Guidal qui fut impliqué dans la conspiration
Mallet, le conventionnel Maximin Isnard, dont la vie fut un véritable
roman, Marot Hugolen, chevalier de Rhodes, Louis Canet le juriste...
Toutefois, l'essentiel de son ouvrage est (naturellement) consacré
à l'histoire, riche en drames et en péripéties,
de la ville et de sa région et il la retrace depuis les origines
très anciennes jusqu'à l'époque contemporaine.
Les Celto-Ligures, fondateurs de la cité, n'acceptèrent
jamais réellement le joug de l'envahisseur romain et bien que
vaincus trois fois par leurs adversaires transalpins (en 154, 125
et 118 avant J.-C.), ils reprirent les combats et la ville, plusieurs
fois détruite, pacifiée après la conquête
de Jules César (58-51), qui la fortifia et lui accorda des
privilèges, tomba à nouveau entre leurs mains, avant
d'être dévastée par leurs adversaires. La période
qui suivit fut plus paisible, mais à partir du Ve siècle,
après la chute de l'Empire romain, les invasions se succédèrent
: Ostrogoths et Visigoths, Vandales et Francs, Lombards, puis Sarrasins
ravagent villes et villages... |